Abdelkrim Ghezali
12 Novembre 2003
opinion
Manifestement, les pouvoirs publics ont décidé de faire fi du CNAPEST et du CLA tout en traitant leurs revendications avec la FNTE.
Cette option, pour le moins paradoxale, n'est pas de nature à aboutir à un apaisement si l'on se réfère aux réactions du CNAPEST qui fait désormais de sa reconnaissance son cheval de bataille, quand bien même sa plate-forme de revendications serait satisfaite entièrement. Autrement dit, la menace de grève lancée par la FNTE n'est qu'une parade pour justifier «les négociations» prochaines que le gouvernement entend mener avec qui il veut et non avec la partie concernée et déléguée par la majorité des enseignants en grève depuis la rentrée scolaire. Les négociations avec la FNTE peuvent en effet aboutir à la satisfaction de certaines revendications salariales des enseignants du secondaire, voire celles de tous les travailleurs de l'éducation. Cependant, la FNTE a-t-elle assez de crédit auprès de toutes les catégories de la corporation pour mettre un terme à la grève qui risque de connaître d'autres formes d'autant plus que si le recours du CNAPEST à la justice, en raison des déclarations du ministère du Travail, venait à être défavorable aux enseignants, il ne resterait à ces derniers que la rue pour exister et exprimer leurs droits.
Les arguments présentés par le ministère du Travail pour justifier le refus d'agrément pour le CNAPEST sont si fragiles, si ridicules, si secondaires par rapport à l'enjeu fondamental qu'est l'assainissement de la scène syndicale, de la représentativité et de l'avènement d'organisations et de partis réellement enracinés dans la société, qu'on a l'impression que le gouvernement agit dans un sens diamétralement opposé à celui qui tend vers l'Etat de droit. Les pouvoirs publics ne sont pas disposés à favoriser un réel pluralisme syndical, tout comme ils ne font rien pour promouvoir le pluralisme politique à travers la promotion de la citoyenneté, des droits citoyens et des libertés sociales, politiques et culturelles. Aucune leçon n'est tirée. On a l'impression que des forces refusent de voir la société se structurer autour de ses intérêts, de ses convictions. Car une réelle société civile agissante, utile pour la stabilité du pays ne peut être que l'expression de la volonté des citoyens et non celle des pouvoirs publics. La dernière mise en scène consistant à faire sortir la FNTE de sa léthargie pour en faire un interlocuteur docile dans des «négociations» est assez grotesque pour calmer une protesta d'enseignants qui aurait pu être gérée sans tous ces stratagèmes dignes des années de plomb.
Il est possible que «l'accord» FNTE-ministère de l'Education brise la grève du CLA et du CNAPEST mais pour combien de temps. Mais au-delà de ce temps qu'aura gagné la tutelle, est-il dans l'intérêt de la nation de castrer à chaque fois les velléités d'émancipation sociale ? La liberté d'une société se mesure à la liberté de ses actions, des structures autonomes des pouvoirs publics, de son degré de conscience et d'organisation sans tutelle. Les pouvoirs publics peuvent «gagner» la partie parce que leurs représentants ne vivent pas dans les mêmes conditions que les enseignants ou que les autres catégories socioprofessionnelles qui protestent. Mais c'est toute la nation qui perdra encore une autre bataille devant l'inscrire dans le troisième millénaire, dans la modernité, dans le processus d'émancipation nécessaire pour faire face aux défis multiples qu'impose la globalisation.
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