Hasna Yacoub
12 Novembre 2003
Vitrine du pays ou du moins censée l'être, Alger n'est en réalité qu'un énorme chantier à ciel ouvert. Des projets pour son embellissement, il y en a eu beaucoup, mais très peu ont été menés à terme.
Dans leur majorité, les travaux qu'Alger a connus se résument à un changement des trottoirs ou dans le meilleur des cas à un badigeonnage avec de la peinture à l'eau ! Pourtant en 1997 et avec l'instauration du gouvernorat du Grand Alger (GGA), le Grand projet urbain (GRU) a vu le jour. Cherif Rahmani, nommé à cette époque gouverneur, annoncera en grande pompe de grands projets urbains pour Alger afin que cette wilaya devienne une métropole digne de la capitale du pays. L'ex-gouverneur, après les trottoirs, les lampadaires et les pots de fleurs, avait décidé de commémorer le millénaire de Béni Mezghena en lançant le carrefour du millénaire, la passerelle du millénaire et aussi le port de plaisance. Des projets qui seront vite mis en veilleuse après la dissolution du GGA. Ainsi, l'ancien département de Cherif Rahmani, dissous fin février 2000 en vertu de la décision du Conseil constitutionnel sur l'initiative du président de la République, laisse derrière lui un conglomérat de projets urbanistiques accumulés depuis sa création le 31 mai 1997. Pourtant, l'actuel wali d'Alger, M. Nourani, qui a succédé à Cherif Rahmani, avait bien déclaré, quelque temps après son installation, que «certains projets lancés par l'ex-gouvernorat du Grand Alger méritent l'encouragement et le renforcement mais il faut des études approfondies pour que cela soit fait dans la transparence et la légalité». Qu'en est-il des encouragements ? Des études ? Ou encore de la transparence ?
Située au centre d'Alger sous la Grande Mosquée et en face de la Pêcherie, la passerelle du millénaire, après quatre ans d'arrêt des travaux, est aujourd'hui dans un état de détérioration avancée. Suspendue, certes, elle reste d'aucune utilité puisque toujours fermée. Initialement, cette passerelle devait relier l'arrêt de bus de la Pêcherie à la place El Hadj M'rizek attenante à la Grande Mosquée. Actuellement, l'endroit qui sert d'urinoir est devenu un véritable repaire de mendiants, SDF et autres délinquants. Avec des odeurs aussi putrides, aucune chance pour les restaurants et les rôtisseries du coin d'avoir de la clientèle. Non loin de là, le carrefour du millénaire «crie» à l'abandon. Il devait voir le jour avant même la célébration du millénaire de la fondation de la capitale et le passage au troisième millénaire. Après un lancement pompeux en 1999, le projet se figera en 2000, date de la dissolution du GGA. Désolant de constater que les voûtes, récupérées à 80%, restent vides alors qu'elles devaient accueillir boutiques, cafés-théâtres, cafés-concerts et autres symboles d'une capitale qui vit. Sur l'esplanade de la place des Martyrs, rebaptisée place du 8 Mai 1945, qui devait abriter dans ses deux niveaux de sous-sol réalisés, un centre des arts et métiers et un musée de l'automobile, des centaines de jeunes s'adonnent à l'art du «tbezniz» (commerce informel).
Ce carrefour, il faut le dire, demeure un exemple de la mauvaise gestion tant par rapport aux moyens financiers engagés à cette fin que par rapport à la finalisation des travaux. Le port de plaisance a nourri également et pendant quelques années le rêve des familles algéroises. Celui de pouvoir se promener le long de la plage, de la Sablette jusqu'à Bab El oued. Et tout au long de cette partie de la côte, les autres tranches du projet dit carrefour du millénaire allant de la place des Martyrs au boulevard Mira à Bab El Oued ne manqueront pas d'être poursuivies des mêmes questionnements : où en est-on avec ce plan appelé à mettre en place une longue esplanade touristique longeant cette partie du littoral ? Les projets de l'ex-gouverneur étaient encore plus «mégalo». Au point où il pensera à créer une nouvelle ville. C'est dans le cadre de la loi n°87.03 du 27 janvier 1987 portant aménagement du territoire, que l'arrêté 1336 du 06 septembre 1997 de Monsieur le ministre gouverneur du Grand Alger, a porté création de l'Etablissement public d'aménagement de l'agglomération nouvelle de Sidi Abdellah (EPA - ANSA). C'est sur un plan, un papier, des sorties médiatiques et des visites officielles qu'une ville est créée.
Que devient cette ville ? A-t-elle vu le jour ? Combien d'années encore pour que le chantier prenne fin ? Combien d'argent a été englouti dans ce projet ? Pour la transparence, il reste encore à faire ! Trois ans après cette multitude de projets lancés puis abandonnés, quel constat reste-t-il à faire ? Sûrement un seul : il s'agit là bien d'un «crime» économique. Et cela eu égard aux sommes déjà englouties dans ces projets à l'abandon, d'une part, et à la dynamique économique qui aurait pu être enclenchée, d'autre part. Dans cette logique, une question s'impose : de l'ensemble de ces chantiers, quels seront ceux à inscrire désormais dans le plan urbain de ce qu'on appelait gouvernorat du Grand Alger ? Quel est le gestionnaire qui réussira à sortir la capitale de sa torpeur urbanistique ? Celui qui se rappellera quand l'architecte Frédéric Chassériau avait proposé de créer un boulevard le long de la mer à Alger. Napoléon III l'inaugurera en 1865. C'était une réalité urbanistique et non des dessins sur plan !
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