Bakayoko Youssouf
12 Novembre 2003
L'inventaire de l'arsenal incontrôlé en Afrique sub-saharienne est moins dramatique qu'on le pense. Le nombre d'armes légères ne devrait probablement pas être supérieur à 30 millions en Afrique sub-saharienne. On peut classer au titre des armes légères, les révolvers, les pistolets à chargement automatique, les fusils, les mitraillettes, les fusils d'assaut et les mitrailleuses légères...
Pour ce qui est des armes portatives, il y a les mitrailleuses lourdes, les mortiers, les grenades à main, les lance-grenades, les canons aériens portatifs, les canons anti-chars portatifs et les lance-missiles portatifs...
Selon le rapport rendu public par «Small Arms Survey» fin septembre dernier, les chiffres sont beaucoup moins importants que prévus. Le rapport, «Small Arms Survey 2003 : impasse sur le développement», a constaté une tendance à la diminution des conflits armés en Afrique qui se manifeste par une baisse de la demande des armes légères. Les tentatives de résolution des longues guerres en Angola, en République Démocratique du Congo, au Liberia et au Soudan, ainsi que la signature des nombreux accords régionaux sur les armes légères ont contribué à cette diminution. D'après les chercheurs du «Small Arms Survey», la majorité des armes en circulation sont entre les mains des civils, quand les militaires en détiennent 16 %, la police 3 % alors que 2 % sont en possession des insurgés. La disponibilité et le mauvais usage des armes légères en Afrique ont été particulièrement nocifs et ont contribué à détruire les perspectives de développement du continent. Plusieurs dizaines de millions de personnes ont été tuées ou blessées, l'économie s'est effondrée, les infrastructures ont été endommagées ou détruites et les investisseurs privés se sont retirés. Cependant, le problème de la prolifération des armes légères n'est pas limité aux guerres. Parce que dès que celles-ci prennent fin, ces «jouets mortels» se retrouvent entre les mains des criminels de grands chemins. Le gros du problème, avec les armes légères, c'est la facilité avec laquelle les individus se les procurent. La plupart des armes illégales sont vendues légalement et à bon marché.
Une partie de l'arsenal constitué, pendant la guerre froide, se retrouve dans les pays en développement. En Afrique de l'Ouest, on compte quelque 7 millions d'armes issues de ce circuit. Ainsi, les armes volées ou confisquées aux forces de sécurité gouvernementales viennent inonder le marché noir. Les trafiquants sont dans une activité lucrative puisqu'ils n'ont ni impôt, ni taxes douanières à payer. L'ampleur de l'offre tend à faire baisser les prix. En Ouganda, par exemple, un fusil d'assaut AK-47 peut être acheté au prix d'un poulet, alors qu'au Mozambique, il se vend au prix d'un sac de maïs, c'est-à-dire entre 20 et 30 dollars américains. «Faciles à se procurer et aisées à manier, les armes légères et les armes portatives ont été le principal, voire l'unique moyen de combat utilisé dans la majorité des conflits les plus récents dont s'occupe l'Organisation des Nations Unies. Aux mains des troupes irrégulières peu soucieuses du droit humanitaire international, ces armes ont fait un très grand nombre de victimes», déplore Kofi Annan, Secrétaire général de l'Organisation des Nations Unies. Bien que les statistiques soient discutables parce que les gouvernements ont du mal à donner avec précision le nombre d'armes détenues par les civils, les spécialistes du «Small Arms Survey» établissent ceci : le Kenya, la Tanzanie et l'Ouganda ont chacun un stock national de 500 000 à un million d'armes légères. Environ 77 000 armes légères sont entre les mains des principaux groupes insurgés en Afrique de l'Ouest même si le nombre des rebelles n'a jamais dépassé 47 000. Selon ledit rapport, au moins 10 pays de l'Afrique sub-saharienne notamment le Kenya, la Tanzanie et l'Ouganga ont la capacité de fabriquer des armes légères et/ou des munitions. Des productions illicites d'armes légères ont été constatées au Ghana et en Afrique du Sud.
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