Y. Sangaré
12 Novembre 2003
Décidément, les «jeunes patriotes» sont incorrigibles. Malgré les nombreuses condamnations, l'appel au calme des organismes de régulation et d'auto-régulation, la grève des vendeurs qui a occasionné, le 30 septembre dernier, une lourde perte pour les éditeurs, vendeurs et distributeurs, les «jeunes patriotes» ont repris leurs agressions contre les kiosques à journaux.
Cette fois, remontés par un trac signé de leur «Général» Blé Goudé, dans lequel il accuse «Le Patriote», «Le Libéral», «Le Jour Plus», «24 Heures», «Le Front» de s'être érigés en «instrument de propagande et de coordination des assaillants en zone gouvernementale» et de continuer à propager la haine ethno-religieuse. Pis, il invite ses partisans à empêcher par tous les moyens la parution selon ces termes, de ces «chiffons».
Ainsi, lundi, au petit matin, les «jeunes patriotes», essentiellement du «Parlement» de Yopougon Toits Rouges, sillonnent quelques artères de ladite cité à la recherche de journaux incriminés. Entre menaces et invectives, ils interdisent à des vendeurs de ne plus commercialiser ces titres.
Il est 9 heures quand ils marquent un arrêt au carrefour Sapeur Pompier de Yopougon, Toits Rouges. Ils déchirent des exemplaires de «Le Jour Plus», chez le vendeur dont le kiosque jouxte la station Elf. Puis, ils traversent la voie pour rejoindre Cyril Dodo dont le stand est situé non loin de l'enceinte de la caserne des Sapeurs Pompiers. «Ils étaient nombreux et accompagnés de Blancs qui les filmaient», précise ce dernier.
Devant apparemment ce qui pourrait être une équipe de reporters, ils déchiquettent une vingtaine de journaux. Entre temps, à Bel Air, soixante-dix (70) journaux (des exemplaires de «Le Patriote, «24 Heures», «Le Front») sont arrachés à un livreur et réduits en morceaux. Le lendemain mardi (hier), les «jeunes patriotes» reprennent le tour des kiosques. Ils visitent à nouveau le kiosque de Dodo Cyril. «Ils sont sortis, raconte Leba Marius, ami de Cyril, vers la station Elf. Quand ils sont arrivés à notre niveau, ils ont demandé les journaux «pro-rebelles». Le vendeur a répondu qu'il n'y en avait pas et que les journaux affichés étaient ceux qu'ils avaient commandés. Ils ne l'ont pas cru et ont voulu voir dans sa caisse. Un d'entre eux lui a donné un coup de pied tandis que les autres ont récupéré le stock de journaux pour les déchirer. Je suis intervenu pour demander des explications». Dodo Cyril est tabassé et cloué au sol par des «jeunes patriotes», tandis que Leba Marcel croisait les poings avec un autre vandale. «Je lui ai assené des coups de poing. Comme il sentait que j'avais le dessus, il a sorti un couteau et a tenté de me poignarder mais j'ai esquivé ses coups», renchérit-il.
Bien qu'ils se soient défendus bec et ongles, Cyril et ses amis avouent avoir peur de vendre désormais les journaux indexés. «Ils peuvent revenir demain plus nombreux. Et ils ont des couteaux, des machettes», craignent-ils. Avant d'avouer que leur patron qui s'est rendu à la gendarmerie pour porter plainte s'est vu éconduire. «Ça ne nous regarde pas», lui a-t-on rétorqué.
Toutefois, Cyril Dodo chiffre son préjudice à 24 journaux déchirés (dont 3 «Fraternité Matin», 7 «Le Patriote», 3 «24 Heures», 4 «Le Front», 4 «Le Jour Plus», 3 «Nouveau Réveil») et 5 600 F CFA en espèces subtilisés... Comme lui, Aby Rosine a également, ce mardi-là, reçu la visite de «jeunes patriotes», dans son kiosques situé près de la pharmacie Toits Rouges. «Vers 9 heures, dix personnes sont arrivées et ont déchiré 3 «24 Heures», « 4 «Le patriote», 3 «Le Jour Plus», 1 «Le Front», affirme-t-elle.
A l'instar des autres vendeurs, elle craint aussi pour sa vie. «J'ai décidé de ne plus vendre ces journaux, car ils ont menacé de casser mon magasin si je les vendais. J'ai donc demandé à mon livreur de ne pas me livrer ces titres», soutient-elle. A quelques centaines de mètres de là, Ahmed Fayé, installé près de la poste du Nouveau quartier (Yopougon), n'a pas échappé, en dépit de sa vigilance, à la furia des «jeunes patriotes». «Ils étaient nombreux lundi mais j'ai fait un effort pour cacher mes journaux. Mais ce matin (hier, mardi), ils sont venus tôt au moment où je faisais mes comptes. Là, ils m'ont surpris et ont déchiré mes retours de Patriote, 5 exemplaires», explique-t-il. Avant de poursuivre : «Ça fait mal. C'est tout le monde qui perd. Je n'arrive pas à comprendre cela. C'est la première fois qu'on voit ce genre de choses. Nous sommes des vendeurs, nous ne pouvons pas trier les journaux qui sont avant tout une marchandise comme toute autre».
Cela dit, les «jeunes patriotes» n'ont pas que sévi à Yopougon. Au Plateau, certains vendeurs ont également subi des pertes. Avec cette résurgence, des violences contre les journaux, un grave péril pèse sur la liberté d'expression, un des piliers fondamentaux de la démocratie dont les auteurs de ce vandalisme se réclament tant.
Be the first to Write a Comment!
Copyright © 2003 Le Patriote. Droits de reproduction et de diffusion réservés. Distribué par AllAfrica Global Media (allAfrica.com). Pour tout commentaire ou demande d'autorisation de reproduction ou de diffusion, contactez directement le propriétaire des droits en cliquant ici.
AllAfrica collecte et indexe du contenu provenant de plus de 125 organes de presse d'Afrique ainsi que de plus de 200 autres sources d'informations et de nouvelles. Les pourvoyeurs d'informations de AllAfrica gardent l'entière responsabilité éditoriale de leur production. Les articles et documents identifiant AllAfrica comme source sont produits ou commandés par AllAfrica.