Le Quotidien Mutations (Yaoundé)

Cameroun: 21è anniversaire du Renouveau : Le Renouveau que j'ai connu ou la politique autrement ! - Le témoignage d'un acteur du système Biya

Par Grégoire Owona

12 Novembre 2003


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21 ans. Pendant de très longues années, cet âge a représenté celui de la majorité au Cameroun ; et malgré le temps qui passe, les lois qui changent, pour les Camerounais de ma génération, cette borne recèle toujours, comme une charge émotionnelle et une valeur symbolique qui n'en font pas un chiffre et un moment pareil aux autres

Le Renouveau national vient donc de souffler sur ses 21 bougies. Déjà 21 ans donc. Et toutes ses dents. Mais ciel ! que le temps passe vite. Je vois encore d'ici, ce 04 novembre 1984. Que dis-je, j'entends encore le générique de lancement du journal de 20 heures, qui s'était quelques fois étiré en présage à un moment important de la vie de la nation, mais qui ce soir, devenait franchement interminable. Et puis, le coup de tonnerre sur le ciel de la maison Cameroun. Le Président Ahmadou Ahidjo annonce sa décision de quitter le pouvoir. Une page de l'Histoire de notre pays se tourne. Subitement.

Dans l'étonnement, le questionnement. Et la peur aussi. Le spectacle de ceux qui hâtaient subitement le pas pour regagner leur domicile, achevant de rendre désertes des rues déjà clairsemées ; le regard hagard de parents qui n'osaient même pas chuchoter une information rendue pourtant officielle par la voix la plus autorisée, confirmaient que nul ne jurait du lendemain, qui semblait d'ailleurs douloureusement incertain. En ces jours où la question de l'alternance est quotidiennement évoquée, travaillée, dans tous les sens, on serait tenté de se gausser des inquiétudes à l'entour de ce 04 novembre-là. Mais, le devoir de mémoire commande qu'il soit précisé, surtout pour les générations jeunes qui n'ont pas connu le contexte d'alors -ce en quoi elles sont heureuses !-, que la situation qui prévalait à ce moment-là était tout simplement compliquée. Les libertés individuelles et collectives avaient connu des restrictions sévères. La police politique était férocement à l'oeuvre. On pouvait partir de chez soi un matin et ne plus jamais rentrer, sans que sa famille et ses proches ne puissent s'en émouvoir trop bruyamment, de peur de rallonger la liste des " disparus ".

On avait peut-être la possibilité de suivre une radio étrangère, pour ceux qui le pouvaient -ce qui était déjà un gigantesque bond en avant !-, mais tout était mis en oeuvre, sinon pour étouffer la réflexion, du moins pour essayer de la canaliser et de la contrôler au maximum. Les problèmes récurrents du département de philosophie au sein de l'ancienne Université de Yaoundé sont symptomatique de l'ambiance générale de ces temps-là. Pour ceux à qui " la clarté du jour a fait oublier les cauchemars de la nuit ", je pourrai évoquer simplement ce cas qui m'est personnel : mon frère aîné fut dénoncé par un de ses domestiques auprès des forces de l'ordre ( ?). Son crime était grave. Il avait osé lire, dans le secret de sa chambre et sans requérir d'autre avis que sa soif de connaissances, un ouvrage de Mongo Beti. Sacrilège ! La punition fut à la hauteur de sa lourde faute. Il séjourna très longtemps dans une prison politique et perdit un temps précieux de sa vie à expier cet impair Incroyable mais vrai.

Mauvaise foi

Nous venions donc de loin, pour dire le moins. Et le fait que le Président Biya, dès le 06 novembre 1982 enfourche le cheval de bataille pour la promotion des libertés et des droits était plutôt surprenant, sinon absolument déroutant pour certains. Qui n'allaient pas manquer de le faire savoir quelques jours plus loin. Bruyamment et mortellement. Mais là n'est pas mon propos. Car, je rappelai que nous venions de très loin au moment où le Président Biya accède à la magistrature suprême. De tellement loin qu'au jour d'aujourd'hui, lorsque l'on se rend compte par exemple que, ni les forces de l'ordre, ni l'Etat et sa puissance ne sont plus à l'abri d'une interpellation ou d'un procès, la tentation peut être forte de se gargariser des avancées du Renouveau national et de son socle naturel et fécond qu'est le Rassemblement Démocratique du Peuple Camerounais pour une auto-glorification stérile. Et ne se comprendre autrement que comme une réplique face à la mauvaise foi de tous ces contempteurs d'en face qui abusent d'invectives et tordent quotidiennement le cou à la vérité des faits. Car, il faut bien que l'on accepte que l'histoire ne s'écrit pas avec une gomme et qu'on ne saurait l'effacer du revers de la main, par la seule mauvaise foi politique

Mais, je me refuse à cela. Je me refuse à ce jeu. Je me refuse d'autant plus obstinément à l'exercice du bilan ici que le lieu et le moment ne me semblent pas indiqués. (Mais il est visible et loisible à tous que ce bilan est largement positif, malgré quelques insuffisances inhérentes à la nature humaine.) Ce qui me semble intéressant à relever et à partager, c'est l'extraordinaire actualité du Renouveau, qui reste renouveau et pertinent, 21 ans après. La corruption reste un fléau décrié à travers le monde, la moralisation des affaires publiques demeure une préoccupation planétaire. La rigueur dit son urgence et démontre sa nécessité sous toutes les latitudes. Et le Cameroun l'a très vite compris. En effet, dès le premier jour, malgré le climat d'expectative et de terreur, le discours du Président Biya a connu une adhésion massive et décisive. C'est ce qui a permis par exemple de faire échec au coup de force qui allait survenir moins de deux ans plus loin. Un de mes amis Européens en séjour au Cameroun au moment des événements malheureux du 06 avril 1984 et bloqué à l'aéroport fermé de Douala, m'avouera, dépité et inquiet : " je crois que votre Président a trop vite parlé de rigueur et de moralisation ". Que de contradictions ! Que de privilèges menacés ! Que d'intérêts en jeu ! Mais le peuple manifestement avait compris que c'était le bon cap, que c'était le cap irréversible. Sa réaffirmation au congrès fondateur de Bamenda allait définitivement nous convaincre qu'il était désormais possible de voir et de faire la politique autrement sous nos latitudes.

Valeurs fondatrices

Le processus de séduction vis-à-vis du généreux projet de société du Président Biya, s'il a rapidement rallié les foules, a eu quelque mal à trouver son expression optimale pour de multiples raisons dont quelques unes sont connues : les pesanteurs activées par tous ceux qui redoutaient la perte des privilèges auxquels leur donnait accès l'ancien régime, la crise économique mondiale qui allait suivre directement le putsch avorté de 1984, la gestion combinée de la crise économique et du retour au multipartisme et au pluralisme politique, etc.

Toute chose dont on se serait volontiers passé, pour des résultats encore plus époustouflants. Soit. Mais nous devons à la vérité de dire nous ne nous sommes pas suffisamment mis nous-mêmes à la suite du chef de l'Etat. Si les valeurs fondatrices du Renouveau, à savoir, la rigueur, la moralisation, la libéralisation, la démocratisation, la justice sociale et le développement n'ont pas toujours été pratiquées ; quelques uns parmi nous se contentant de vouloir en faire de pieuses incantations, ou au mieux, de simples slogans politiques.

Toute cette liberté que l'on veut continuer à prendre avec le bien public interpelle la " Rigueur " ; tous ces flamboyants délinquants qui passent aujourd'hui pour des références sociales heurtent la " Moralisation " ; cet égoïsme rampant et ces accumulations solitaires dans un contexte général difficile égratignent la " Justice sociale " et rendent encore plus pertinentes, les options de lutte contre la pauvreté, la corruption, l'impunité et la promotion de la bonne gouvernance, entre autres. Le présent anniversaire se trouve être le dernier du premier septennat et à quelques encablures d'une échéance électorale capitale. Il doit donc nous permettre à tous (car il reste bien entendu que le Renouveau a toujours débordé le seul cadre partisan pour s'offrir généreusement à tous les Camerounais sans distinction de chapelle politique ou religieuse) de faire le point, de nous remettre en cause, afin de mieux nous déployer pour l'avenir. Il s'agit de mieux mobiliser notre responsabilité au plan individuel et collectif.

Liens Pertinents

En effet, s'il est clair et constant que le chef de l'Etat a fait son devoir, tout son devoir et rien que son devoir, en indiquant le chemin, en usant de patience et de pédagogie, pour bien faire comprendre à tous et à chacun la pertinence des options retenues, l'on est au regret de constater a contrario que certains citoyens Camerounais ont régulièrement failli. Quelques-uns parmi nous n'ont pas toujours joué leur rôle avec engagement et détermination, avec responsabilité et conviction. C'est pourquoi j'ai l'intuition que la célébration légitime de ce 21ème anniversaire n'atteindra finalement au bonheur escompté, que si tous ensemble, nous intégrons définitivement le credo du Renouveau national dans nos comportements au quotidien et que nous nous mettons résolument au travail, avec un sens patriotique plus élevé, afin que 08 heures au travail soient effectivement 08 heures de travail, pour ne prendre que ce seul exemple. Ce sera à mon sens, la meilleure manière de dire : " Heureux anniversaire Monsieur le Président et bon vent au Renouveau National " !

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