Wal Fadjri (Dakar)

Sénégal: Abdoulaye Wade au Figaro : «Talla Sylla m'insulte »

Momar Dieng

12 Novembre 2003


Un incident. C'est ainsi que le président Wade avait qualifié l'attentat contre Talla Sylla devant la Direction politique hiérarchisée de son parti, le Pds.

Et il n'en démord comme le prouve sa réponse à une question du quotidien français Le Figaro, dans une interview parue hier : "On dit qu'il y a une tentative d'assassinat commis par des «barbouzes» et des «tontons macoutes» avec des coups de marteau et des tirs en l'air. C'est un peu absurde: on ne tire pas en l'air quand on veut tuer. J'ai sous les yeux le certificat médical de M. Talla Sylla. Regardez: il a bénéficié de quinze jours d'arrêt de travail et il est uniquement question dans ce document d'éraflures, de contusions et d'hématomes. Franchement, ce n'est pas sérieux." Pour le président de la République, c'est la presse qui a tout monté en épingle. Selon lui, la presse a même dérapé : "La presse a montré du doigt sans la moindre preuve mon chef de cabinet, puis elle a mis en cause un de mes neveux qui est aussi un de mes gardes du corps. Il est question de la présence sur les lieux de l'agression d'une berline 406 bleue appartenant à un membre de la sécurité présidentielle. Mais le numéro de plaque d'immatriculation que l'on évoque ne correspond à rien.

Si l'enquête a des difficultés, c'est la responsabilité des médias qui ont dérapé et ont voulu aller très vite." Me Abdoulaye Wade d'assurer ensuite qu'"il existe d'autres pistes que le procureur de la République examine!" Belle séparation des pouvoirs ! Parlant du président de l'Alliance Jëf jël, le président de la République dira de lui qu'il le connaît bien, "je lui ai même payé ses études à Grenoble lorsque j'étais opposant Maintenant il m'insulte par le biais de cassettes. Que voulez-vous, c'est ainsi ". Ainsi, sa sortie pleine d'humour est assimilée à des insultes par Me Wade. Concernant les dénonciations par l'opposition de la montée de la violence politique et du climat d'impunité, Me Wade trouve que "ce vacarme est très exagéré. L'atmosphère est avant tout empoisonnée par les excès et les dérives de la presse sénégalaise et sa méconnaissance des règles professionnelles élémentaires. Une partie des journaux fait de la délation au lieu de l'information: elle confond les rumeurs et les faits". C'est dire qu'il n'est pas loin d'en vouloir aux médias dont la faute dans cette affaire Talla Sylla est d'avoir fait leur travail pour que les coupables et leurs commanditaires ne soient pas impunis..

Après s'être expliqué sur l'expulsion de la correspondante de Rfi, Sopie Malibeaux, le président Wade parlera des relations entre Paris et Dakar qui semblaient tendues depuis cet épisode. Selon lui, "nos relations sont excellentes en dépit de ce que l'on peut entendre ici ou là. Il n'y a pas à ma connaissance de crise, et bien évidemment, le Sénégal n'a pas l'intention de porter atteinte aux intérêts français. Jacques Chirac m'a toujours donné un coup de pouce sur le plan international. Je lui suis reconnaissant de m'avoir permis d'être le porte-parole du «comité des cinq» (les pays du Sud associés au G8, Ndlr) au sommet d'Evian en juin. Il est essentiel en tant que francophone africain de lutter pour ne pas être écrasé par l'hégémonisme des anglophones. Pour eux, nous n'existons pas. Trouvez-vous normal que Koffi Annan nomme pour réfléchir à une réforme du système international un groupe de seize éminentes personnalités ne comprenant qu'un francophone, M. Robert Badinter, alors que dans le même temps, l'Afrique est représentée par trois anglophones?".

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Interpellé sur sa proximité avec George Bush et Jacques Chirac, Me Wade répondra : "Je n'ai pas à choisir entre Bush et Chirac. Je suis, tout le monde le sait, un ami de Bush. Nous nous sommes compris tout de suite et il y a entre nous une sympathie naturelle. Il est déjà arrivé qu'il m'appelle uniquement pour me demander de mes nouvelles. Le président américain représente le plus grand pays du monde et les Etats-Unis sont avec le Brésil la deuxième patrie du peuple noir. Cette réalité m'intéresse en tant que Négro-Africain et panafricaniste soucieux de nouer des liens avec la diaspora. Chirac, pour sa part, m'a prévenu d'emblée qu'il est un ami de mon prédécesseur Abdou Diouf. Cela n'empêche pas une estime réciproque sur laquelle s'est tissée une certaine amitié. Le président français représente une nation avec laquelle nous entretenons une relation triséculaire. Mon père s'est battu pour la France et le 11 novembre est là pour rappeler le souvenir de tous les tirailleurs sénégalais. Il est impossible de ne pas tenir compte de ce passé." Propos rassemblés par

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