L'Express (Port Louis)

Ile Maurice: "Private Notice Question" - Banque centrale : le nouveau QG soulève des contestations

Kamlesh Bhuckory

12 Novembre 2003


Port Louis — Navin Ramgoolam s'interroge sur le choix du constructeur GCC pour ériger le quartier général de la BoM. Selon lui, une firme indienne avait l'offre la plus faible.

"L'allocation du contrat provoque un malaise à Delhi !", clame l'opposition. La construction du nouveau quartier général de la Banque de Maurice, sujet de la Private Notice Question d'hier, a donné lieu à de vifs échanges entre Navin Ramgoolam et le ministre des Finances, Pravind Jugnauth.

Le leader de l'opposition affirme que l'allocation du contrat est "un scandale" dans la mesure où l'offre d'un des soumissionnaires, Larsen & Toubro (L&T) a été rejetée. Cette firme indienne, selon lui, est le "lowest bidder"et non pas la General Construction Company (GCC).

Navin Ramgoolam dépose lors de cette tranche deux documents dont une lettre adressée au haut-commissariat indien par L&T, en date du 7 juillet 2003. L'entreprise souligne dans cette correspondance: "We understand that a Letter of Intent is being issued to GCC, which in our opinion is a violation of tender stipulation." Elle ajoute : "In this situation, we feel that issue of a conditional Letter of Intent to one specific party goes against the norm of fair practice. ( ) We strongly feel that our bid has not been evaluated in a fair manner."

La question initiale porte : sur les noms des entreprises ayant coté pour le contrat, sur la conformité des offres avec les spécifications des documents d'appels d'offres, sur les changements ultérieurs s'il y en a, et sur les raisons du délai dans l'octroi du contrat, entre autres.

Dans sa réponse liminaire, Pravind Jugnauth indique que le contrat pour la première phase (construction de la base), est alloué en mars 2001. Des imperfections ayant été notées dans sept des piliers, ces travaux sont complétés en décembre 2002, soit avec neuf mois de retard.

Quatre propositions

L'appel d'offres pour la deuxième phase est lancé en février 2003. Quatre propositions sont reçues : GCC-Group Five International, L&T, Grinaker LTA-Rehm Grinaker Ltd et Gamma Civic-Alkharafi & Sons. Aucune des offres n'est en conformité avec les spécifications dont celles portant sur le revêtement en granit du bâtiment.

Le Cost controller, Widnell Ong-Seng Goburdhun, rejette d'emblée l'offre du partenariat Gamma Civic- Alkharafi : "The price quoted was on the high side", indique le ministre des Finances. A l'issu de l'exercice technique, ces offres s'établissent comme suit : GCC-Groupe Five (Rs 1,07 milliard), L&T (Rs 1,09 milliard) et Rehm Grinaker (Rs 1,1 milliard). "A l'ouverture des offres, les soumissionnaires sont présents. C'est à ce moment que L&T décide de proposer un prix inférieur"soutient le ministre.

Les consultants de la BoM, après l'ouverture des offres, demandent à changer les supports pour le revêtement en granit du nouveau QG. "This was not considered as a change in tender specifications as such, but a proposal to improve the design submitted by the bidders", precise Pravind Jugnauth.

Les trois soumissionnaires sont appelés à spécifier les différences de prix entre le support initialement choisi et le nouveau type. Ainsi, souligne le ministre des Finances, GCC-Group Five et Rehm Grinaker soumettent leurs coûts révisés, alors que L&T propose un rabais sur son offre initiale. "En ce faisant, précise le ministre lors des échanges, L&T n'a pas respecté les exigences du Cost controller. De fait, l'offre se résumant à une simple révision du coût initial, la proposition est rejetée. Le soumissionnaire le plus bas est donc GCC-Group Five."

Le leader de l'opposition n'en démord pas. Il cite la lettre adressée par L&T au haut-commissariat indien. Il interroge Pravind Jugnauth sur le choix du granit, comme stipulé dans la clause 5(3) des tender documents. Les spécifications mentionnent l'utilisation de granit éthiopien. Malgré les explications du vice-Premier ministre sur le changement des supports, Navin Ramgoolam revient à la charge, lui demandant de "reconsidérer sa réponse". "Je maintiens ma réponse précédente. Les supports en acier sont plus pratiques ", insiste Pravind Jugnauth. Peu après la question supplémentaire qui s'en suit, le leader de l'opposition laisse échapper : "He is lying again."

La tension monte. Le vice-Premier ministre s'en remet au speaker, Dev Ramnah. Les cris fusent des bancs de la majorité : "Withdraw! Withdraw!". "I will not withdraw. He is going to mislead the House ", tonne Navin Ramgoolam qui se rétractera peu après.

Granit namibien '

Le débat est lancé sur le type de granit qui sera utilisé. Pressé de questions, Pravind Jugnauth indique que c'est le Cost Controller qui demande d'opter pour le produit namibien, car "le granit éthiopien n'est plus disponible". "La BoM a agi sur les conseils du Cost controller. Elle a toute latitude pour donner des instructions aux soumissionnaires. Ces décisions ont été prises pour ne pas retarder le processus d'appel d'offres."

Le leader de l'opposition insiste. Il réclame du ministre qu'il dépose les preuves selon lesquelles le granit éthiopien n'est plus disponible. Dans la foulée, il exige des précisions sur les spécifications de GCC-Groupe Five. Est-ce bien du granit namibien ou sud-africain ?

A maintes reprises, tout au long de la PNQ, Pravind Jugnauth maintiendra que L&T n'a pas agi conformément aux spécifications du Cost controller. La tranche se termine dans le brouhaha quand Navin Ramgoolam aborde la portée diplomatique de l'affaire qui, selon lui, "a créé un malaise à Delhi", au moment même où le Premier ministre, Paul Bérenger, se rend en Inde pour sa première visite officielle.

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