Le Quotidien Mutations (Yaoundé)

Cameroun: Dr Emmanuel Ngnikam : mieux coordonner l'action des petits opérateurs

Propos Receuillis Par M.m.

12 Novembre 2003


interview

Enseignant à l'école nationale supérieure polytechnique de Yaoundé, il éclaire sur les difficultés de traitement des déchets dans nos villes.

Comment sont collectés aujourd'hui les déchets au Cameroun?

Pour ce qui est de la collecte, il faut dire qu'il existe la collecte motorisée par des bennes des entreprises qui peuvent transporter trois mètres cube de déchets, donc 9 à 10 tonnes par jour. On utilise également des tracteurs agricoles attachés à des bennes. Mais leur inconvénient est qu'ils ne peuvent transporter les déchets que sur un rayon de 12 km. Encore faudrait-il pouvoir les stocker. Et pour cela, il existe des bacs. Mais ce travail est aujourd'hui beaucoup fait avec la participation de ceux qui s'occupent de la collecte au porte à porte dans les quartiers où les maisons qui ne sont pas à côté des routes. Généralement, ils utilisent des bacs en plastique ou en acier. Mais ces derniers vite objet de corrosion et leur durée d'utilisation n'est que d'un an.

Comment sont traitées ces ordures au Cameroun?

Dans notre pays, il y a le traitement par compostage, dont plusieurs expériences sont en cours à Yaoundé, Douala, Ngaoundéré, Bafoussam entre autre. Il y a d'autres méthodes que nous n'avons pas encore expérimentées car 80 % des déchets au Cameroun sont biodégradables, ce qui favorise la réduction du volume des déchets, et par ricochet, du coût de leur traitement. En fait, il existe 16 méthodes de traitement des déchets, dont les plus connues sont : le compostage, l'incinération, l'enfouissement, la valorisation. Dans certaines zones, on utilise le compostage artificiel, encore appelé la méthode manuelle, qui a pour inconvénient que l'on ne peut traiter que 5 tonnes par jour contre 15 tonnes pour un compostage semi-industriel. Mais ce compostage industriel n'est pas encore développé au Cameroun, faute de ressources techniques et humaines suffisantes. Il faudra procéder par étapes, en formant le personnel à la maîtrise du processus de traitement et en se dotant d'équipements adéquats. Car la méthode de valorisation par exemple a un avantage certain. Une tonne de déchets contient au moins 78 kg de méthane utile à la fabrication du gaz combustible ou de l'électricité.

Quelle appréciation faites-vous des principaux acteurs de l'assainissement tels que Hysacam et la municipalité de Yaoundé ?

Je ne veux pas donner une appréciation personnelle. Il faut voir les termes du contrat de concession signé entre la Communauté urbaine de Yaoundé et la société Hysacam. Généralement, Hysacam facture son service à la tonne d'ordures enlevée. Elle enlève à l'heure actuelle 40% de la production des ordures de la ville .

Que deviennent les 60% qui restent ?

Ils sont soit entrâînés par les eaux de pluie, soit récupérés par les ménages (décharges spontances) qui les réutilisent pour l'agriculture ou l'élevage. Il y a donc encore un effort important à faire pour pallier cette carence. La ville de Yaoundé par exemple est structurée de telle manière qu'il est impossible d'accéder à tous les coins des quartiers. C'est pourquoi il est de plus en plus fait appel aux associations et à de petits opérateurs tels que les groupes d'initiative commune. Chacun à son niveau essaie de faire des précollectes, même si la majorité les achemine seulement vers les bacs d'hysacam.

Comment donc rendre le système plus efficace ?

Il faudrait d'abord aider les petites structures qui existent déjà et les équiper de moyens non conventionnels comme des pousse-pousse et les brouettes. Des petites structures qui collectent les ordures pour une contribution mensuelle de 500 à 1000 francs par famille. Mais en réalité, on ne peut pas laisser ce système fonctionner de manière indépendante. Il faut pouvoir coordonner ces structures, étant donné qu'elles sont assez dispersées. La commune urtaine de Cotonou au Bénin par exemple, a créé une fédération et organisé la ville en secteurs où chaque petit opérateur tient un cahier de charges et, en contre-partie, la commune fait la police sanitaire et s'occupe de la sensibilisation des populations sur la nécessité de coopérer avec ces petits opérateurs. Les pouvoirs publics pourraient également prendre quelques mesures d'accompagnement, car les moyens financiers de ces structures sont généralement insuffisante.

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