Le Quotidien Mutations (Yaoundé)

Cameroun: Commerce international : des échanges à risques majeurs, heureusement il existe des mécanismes de garanties des activités

Constant R. Sabang

12 Novembre 2003


Imaginons une entreprise camerounaise lambda, spécialisée dans le textile, et plus particulièrement dans la fabrication de tee-shirts. Elle est sollicitée par un distributeur américain qui envisage d'en faire son fournisseur exclusif pour le marché des Etats unis.

Au cours d'un de Salon international, ce dernier a été séduit par la qualité des produits de cette entreprise et lui passe une commande: un demi million d'exemplaires, à livrer dans un délai relativement bref. Conscient des avantages douaniers que procure l'éligibilité du Cameroun à l'Agoa, notre entreprise n'hésite pas un seul instant. Un accord de principe est passé. Les bénéfices pouvant naître de cette transaction permettront immanquablement de booster ses affaires, elle qui emploie à peine une douzaine de personnes. Dont la moitié, à temps partiel. Dans le vol qui le ramène au Cameroun, le patron de notre Pme se prend donc à rêver de l'expansion de ses affaires, de l'agrandissement de ses locaux, des nouveaux cadres qu'il devra nécessairement recruter.

Un rêve dont les contours se font brusquement moins précis lorsqu'il s'interroge sur les investissements qu'il faudrait faire. En termes de nouvelles machines qu'il faudrait préalablement acquérir, de processus de gestion financière et administrative qu'il faudrait absolument revoir. Le rêve vire au cauchemar. Surtout lorsque remontent à la surface les difficultés auxquelles il avait été confronté au moment du lancement de son affaire. Les fonds nécessaires au démarrage, il les avait obtenus grâce à des procédés de financement informels. Précisément auprès de sa tontine et des usuriers. En somme un capital de départ obtenu au prix de mémorables contorsions et montages durant lesquels il a dû hypothéquer un terrain bâti et sollicité le concours d'amis et proches parents. Les banques dont les "coffres débordent" pourtant, n'ayant pas jugé utile pouvoir l'accompagner dans son aventure. Au final, il avait du s'endetter à des taux faramineux et, plus grave encore, rembourser dans des délais relativement courts. Moins de deux ans après.

Très vite, le marché local avait très rapidement absorbé sa production. En l'espace de deux ans il a pu rembourser ses dettes. Aujourdhui, il note avec appréhension que cétait relativement facile. S'il était tombé sur un client un peu indélicat, il aurait aisément pu mettre la main sur lui. Il était même parvenu à multiplier ses fournisseurs. Payant toujours cash les matériaux livrés. Bien plus, une assurance contractée sur place lui permettait de se protéger contre certains de ces risques inhérents à l'activité commerciale. Certes, il peut encore envisager d'investir sur fonds propres. Prendre un risque énorme sur cette commande. Mais tout compte fait, note-t-il amer, "ce serait suicidaire". Et des années d'efforts pourraient bien partir en fumée. Ce scénario, peut bien être celui auquel des opérateurs économiques camerounais pourraient être confrontés à l'heure où ils envisagent de se tourner résolument à l'exportation. Dans un contexte où on ne dispose de quasiment d'aucune garantie, exporter revient parfois à aller l'aveuglette. Se livrer à une partie de poker. Avec les risques que cela comporte. Des risques par exemple qu'un client puisse puisse changer d'avis après l'expédition de la marchandise, qu'il savère insolvable, qu'il tombe en faillite par exemple. Doù la nécessité de disposer d'une assurance, voire d'une réassurance en cas de non paiement des créances liées à l'exportation.

Garanties

Au cours d'un séminaire organisé du 27 au 31 octobre dernier à Kribi par la Chambre de Commerce des mines, les participants ont découvert qu'il existait néanmoins au Cameroun, un mécanisme garantissant les exportations et même des investissements qui concernent "les risques de transfert, d'expropriation, de guerre , de troubles et de rupture (abusive) par le gouvernement étranger " a déclaré en substance au cours d'un exposé, de M. Ndoé, responsable de la Compagnie financière France Cameroun (Coffrac) un établissement financier installé à Douala et qui est l'agent général de la Société islamique d'assurance des investissements et des crédits à l'exportation (Siace). Elle même filiale de la Banque islamique de développement (Bid). Ainsi donc, la Coffrac, à travers la Siace, met en place des instruments financiers permettant aux entreprises exportatrices ou ayant cette vocation de pouvoir octroyer des facilités de paiements à leurs acheteurs extérieurs. "C'est à dire, précisent les responsables de l'établissement financier, de leur accorder des délais de paiement à leurs acheteurs extérieurs ainsi que des délais de paiement ou crédits, tout en s'assurant de l'effectivité à terme des dits paiements ".

Toutes choses rendues possibles à travers le système de garanties de la Siace qui a donc pour objectif de d'élargir le cadre des transactions commerciales et de favoriser le flux des investissements entre les Etats membres de l'Organisation de la conférence islamique, conformément aux principes de la Charia'a. A savoir: déployer tous les efforts pour mener à bien une coopération mutuelle entre les assurés çà travers à travers le partage collectif des pertes que pourrait subir un assuré ; veiller à ce que tout excédent généré par des opérations d'assurance et de réassurance soit reparti entre les assurés; veiller à ce que les polices d'assurance ne couvrent ni un contrat pour la vente des marchandises interdites ni les intérêts générés par les crédits à l'exportation ou par les prêts. Une démarche qui ne se limite pas qu'aux exportations, puisque les activités de la Siace couvrent également les investissements.

En examinant les possibilités d'investissements à l'étranger, les investisseurs potentiels ne s'intéressent pas seulement aux possibilités de rentabilité, mais aussi aux risques, surtout politiques, dans les pays hôtes. Des investissements qui pourraient devenir financièrement irréalisables, au cas où. En gros, cette assurance concerne donc les restrictions de transferts, lexpropriation et les mesures similaires, les perturbations dues à des guerres ou à des remous sociaux. Des garanties auxquelles sajoute parfois le risque de rupture de contrat par le gouvernement hôte. Du moins en principe.

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