Karim Mariami
12 Novembre 2003
"Le trafic des êtres humains constitue une atteinte fondamentale à la dignité humaine et aux droits de l'homme les plus élémentaires des personnes".
C'est par ce propos que S.M le Roi Mohammed VI a inauguré la séance de travail que le Souverain a présidé, lundi, sur la question de la migration et la surveillance des frontières.
Cette réunion intervient au lendemain d'une semaine marquée par plusieurs naufrages tragiques qui ont occasionné plusieurs victimes parmi les émigrants clandestins. Une tragédie qui ne cesse de se répéter et qui appelle des mesures énergiques de la part des pouvoirs publics.
Au-delà de l'émotion et du traumatisme répétitif de cette chronique quasi-nécrologique de la traversée des pateras, notamment dans le détroit de Gibraltar, il y a eu pendant longtemps une certaine manifestation de l'impuissance des intervenants des deux côtés de la Méditerrannée à vraiment éradiquer ce fléau, et plus particulièrement les réseaux qui exploitent "la détresse et l'aspiration à une vie meilleure" des candidats à l'émigration clandestine.
Un des aspects les plus importants du problème était que le trafic des êtres humains était traité comme le reste des activités criminelles.
L'une des directives royales, qui ont clôturé la réunion de travail, est justement faite pour assurer un traitement spécial à ce fléau.
Il s'agit de la création d'une direction de la migration et de la surveillance des frontières dont la mission principale est la concrétisation de la stratégie nationale en matière de lutte contre les réseaux de trafic des êtres humains et la surveillance des frontières.
Une brigade nationale de recherche et d'investigation sera créée pour assurer spécifiquement l'action de lutte contre les réseaux de trafic et l'émigration illégale. Cette brigade aura la compétence d'instruire des dossiers ayant trait à ce trafic sur tout le territoire national.
Elle disposera de sept délégations dans les régions où l'activité des réseaux de trafic des êtres humains est particulièrement dense. Ces délégations régionales concernent ainsi les provinces de Tanger, Tétouan, Al Hoceima, Nador, Larache, Oujda et Laâyoune.
Par ailleurs, des comités locaux seront créés dans les autres provinces et préfectures rattachés aux walis et gouverneurs. Ces comités se chargeront de la collecte et de la transmission des données relatives à la migration à la direction de la migration.
La seconde institution créée est un observatoire de la migration dont la mission fondamentale est à la fois d'ordre statistique et de conception de propositions.
Cet observatoire doit ainsi centraliser les informations liées à l'émigration et mettre à jour une base de données des statistiques au niveau national relatives à cette question; mais aussi réaliser des études, mener des projets de recherche portant sur les tendances des flux migratoires, assurer la diffusion de rapports périodiques sur la migration et surtout proposer aux pouvoirs publics des mesures concrètes dans ce domaine.
La composition de cet observatoire comptera des représentants de l'ensemble des départements concernés par la question: intérieur, affaires étrangères, justice, emploi, FAR, Marine Royale, gendarmerie, douane, DGSN et forces auxiliaires.
Deux éléments principaux de travail seront donc mis en place. Mais il est sûr qu'en plus de ces mesures concrètes importantes, l'action de la sensibilisation et d'explication vis-à-vis des populations cibles des réseaux de trafics est nécessaire.
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