Le Quotidien Mutations (Yaoundé)

Cameroun: Mobutu à Gbadolite, Ahidjo à Garoua?

12 Novembre 2003


Nzanga N. Mobutu, deuxième fils du défunt chef d'Etat de l'ex-Zaïre Mobutu Sese Seko, partage son temps actuellement entre la France, la Belgique, le Maroc, la Rca et la Rdc, sans raison officielle.

Nzanga N. Mobutu, deuxième fils du défunt chef d'Etat de l'ex-Zaïre Mobutu Sese Seko, partage son temps actuellement entre la France, la Belgique, le Maroc, la Rca et la Rdc, sans raison officielle. Le jeune homme est courtois et de parfaite éducation. Son physique est la photographie de son père sans lunettes. Sa sérénité est à l'opposé du caractère ubuesque, tyrannique et mégalomanique de son feu père.

A Kinshasa, les jeunes de son âge le préfèrent à son frère aîné Manda Mobutu, fanfaron, hautain, démesurément imbu de sa personne. Au milieu d'une conversation dense, Nzanga introduit : " Le président Joseph Kabila m'a fait plaisir lorsqu'il m'a reçu à Kinshasa. Il m'a rassuré que les relations entre son père et le mien relevaient d'un jeu politique qui ne nous concerne plus aujourd'hui. Que le rapatriement de la dépouille mortelle de mon père au Congo ne dépendait que de ma famille. Lorsque nous serons disposés à cela, il prendra des dispositions nécessaires pour que des obsèques nationales soient consacrées à mon père. C'est la meilleure nouvelle que j'ai eue du président Kabila. Je me dois maintenant de convaincre mon grand frère et ma soeur, l'épouse de Jean Pierre Bemba; lorsque le calme sera revenu à Gbadolite, notre village, où reposera à jamais notre père, nous saisirons le chef de l'Etat ".

En écoutant Nzanga parler, je ne pouvais m'empêcher de rêver d'une conversation apocryphe de même nature, entre Mohammadou Badjika Ahidjo et le président Paul Biya, pour le rapatriement éventuel des restes de Ahmadou Ahidjo de Dakar, pour qu'ils reposent à jamais à Garoua. Après tout, en quoi un mort est-il dangereux?

La plaque tournante de l'Afrique centrale s'est déplacée.

L'aéroport international de Douala est triste ce 2 novembre 2003. " Le Big Boos ", gros porteur de la Camair, est clos dans son parking. Il ne peut pas assurer son trafic quotidien. Claude Tchuinjang, directeur des relations publiques de la Camair, est laconique : " nous avons des problèmes ", affirme-t-il. Au comptoir d'enregistrement, les hôtesses ont la mine grise : " le Dja, notre moyen porteur est bloqué à Paris ", fulmine l'une d'entre elles. Quelques rares agents courageux, qui ont osé se montrer cet après midi-là, supplient les employés d'Air Gabon d'accepter les endos des billets Camair, afin de soulager les passagers en transit, dont certains sont là depuis plusieurs jours, dormant sur leurs sacs de voyage. Ceux qui ont pris leur réservation auprès de la compagnie nationale battent de leurs pieds le hall désert de l'aéroport. Quarante cinq minutes de vol à destination du Gabon. Le contraste est frustrant : l'aéroport Léon Mba de Libreville grouille de monde. Les uns après les autres, les aéronefs d'Air Gabon atterrissent on décollent. Les destinations s'annoncent sur les écrans : Douala, Bujumbura, Malabo, Johannesbourg, Kinshasa, Brazzaville, Paris etc. Les taxis, qui chargent et déchargent les passagers, achèvent ce ballet très tard dans la nuit.

L'aéroport Léon Mba et le boulevard de " bord de mer " qui le relie à la ville pétillent de lumière comme un sapin de Noël.

Le lendemain, un communiqué nous apprend que Thomas Dakayi Kamga, ingénieur centralien, plusieurs fois ancien ministre entre autres, remplace Yves Michel Fotso à la tête de la compagnie nationale. Fotso a mal ou bien géré ? Les avis divergent.

Des directeurs généraux à la Camair, c'est du déjà vu. Pour quelles destinations, pour quels objectifs, y arrivent-ils toujours? On a fini le tableau. Sans résultat. Cadres du secteur privé et fonctionnaires sont passés par là. La compagnie s'enfonce toujours. Plus bas chaque jour. On nomme pour faire plaisir à un clan; pour repêcher un fidèle du système ou pour récompenser un militant zélé. Erreur. Une compagnie aérienne, fût-elle nationale, se gère comme une multinationale complexe. Avec ses codes, ses règles et son langage universels. Ce n'est pas forcément le cadre le plus doué ou le fonctionnaire le plus docile qui saurait affronter et triompher de la concurrence inéluctable qui attend la Camair. C'est le technicien aguerri, rompu à la complexité de la navigation aérienne, ayant les mains libres, jugé sur les résultats qui fera voler très haut et pendant longtemps la " 11e province ", à laquelle les Camerounais sont profondément attachés. Tant qu'on ne l'aura pas compris ainsi, on signera autant de décrets qu'on voudra, Douala ne sera plus la plaque tournante de l'Afrique centrale. Ce serait dommage pour le rayonnement du Cameroun.

Devoirs et Obligations

A Libreville au Gabon, peu de personnes savent qui est réellement Paulette Nzé Obame. Quelques rares documents discrets affirment qu'elle est fonctionnaire. Pourtant, l'ensemble de la presse gabonaise et l'homme de rue à Libreville savent que cette Gabonaise, porteuse d'un passeport diplomatique, a été condamnée à mort à Bangkok en Thaïlande pour avoir été surprise à l'aéroport de cette ville, porteuse de 2,2kg de héroïne. La peine capitale que cette femme a écopée a été commuée à 40 ans d'emprisonnement ferme après appel, grâce à une intervention énergique de Jean Ping, ministre gabonais des Affaires étrangères.

Le président Omar Bongo s'en est impliqué personnellement en se rendant à Bangkok s'entretenir avec les autorités les plus élevées de ce royaume du sud-est asiatique. Avant de s'y rendre, le président Bongo venait d'achever des vacances en Espagne et au Maroc, avec un détour en France.

Liens Pertinents

Cette pérégrination a valu au chef de l'Etat gabonais plus de 30 jours d'absence hors de son pays. Du coup, la classe politique et la presse gabonaise ont répandu dans le pays des rumeurs les plus folles sur cette absence " injustifiée ". Pour apaiser les esprits, Simplice Guedet Manzéla, secrétaire exécutif du Pdg, (parti démocratique gabonais) au pouvoir, est monté au créneau. Il a expliqué et justifié l'absence du président de la République.

Le 4 novembre dernier, le président Bongo lui-même, recevant l'ensemble de la presse francophone, ironise : " j'étais en Asie, on a dit ici que Bongo est mort! Je souffre de cela! ".

Il est intéressant de savoir que les responsables d'un pays peuvent se mobiliser pour leur ressortissant en difficulté hors du territoire national. Tout comme il plaît de savoir qu'un chef d'Etat se sente obligé de rendre des comptes sur ses déplacements prolongés, fussent-ils des vacances. Cette obligation, un exercice en somme, ne renferme que des avantages pour ceux qui s'y livrent. Il n'y a ni inconvénients, ni risques, ni abaissement à le faire. Le contraire serait perçu comme un mépris envers les autres.

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