Constant R. Sabang
12 Novembre 2003
Des rives de l'Atlantique aux braises ardentes de nos grandes métropoles de braves femmes convoient du poisson frais.
Yaoundé, dans une gargote à une heure avancée de le nuit. Une bande de jeunes gens finissent de manger. Une demi heure plus tôt, on leur a servi trois poissons.: un bar, un capitaine et une sole, qui pèsent respectivement entre deux et trois kilos. Ils n'ont pas fait attention au prix, se contentant de satisfaire un appétit exacerbé par le fumet qui s'élève du barbecue installé à dans une recoin. Quelques bouchées plus tard, la note tombe. Salée. Une jeune dame qui les accompagne, sen offusque. " Impossible, dit-elle, de payer 13 mille francs pour les trois poissons ", apparemment le triple du prix auquel il a été vendu le matin même à environ trois cent kilomètres de là, à Kribi cet ancien village de pêcheurs qui recèle désormais d'autres atouts. La ville touristique, mais également terminus de cet oléoduc long de plus de 1000 Km qui part du sud tchadien pour les berges de l'Atlantique au Cameroun...et qui constitue également pour un nombre incalculable de femmes, assez jeunes pour la plupart, une source d'approvisionnement permanente en produits de mer. Dont les espèces les plus prisées semblent être le bar, la sole et le barracuda. Kribi également pouvoiyeuse de crustacés divers, crabes et écrevisses qui viennent finir leur existence dans des domiciles, à défaut de s'arrêter dans un de ses multiples restaurants où l'on mange les pieds dans l'eau.
Débarcadère
A Kribi, on aperçoit quelques points au large. Des pirogues qui rentrent, après une nuit passée en haute mer, à traquer le poisson. Très vite, les ménagères s'approchent. Aidant parfois les pêcheurs de retour, des hommes au visage buriné, sculpté par des heures passées au contact de l'air salé de la mer, à débarquer leur cargaison. Comme dans un film muet, les images s'enchaînent. Très vite, le produit de la pêche est disposé à même le sol. Pas besoin de discuter longuement. D'un coup d'oeil avisé, les habituées évaluent les quantités proposées. " A la taille du poisson, je sais exactement de combien de kilos il pèse", confie pleine d'assurance Marie-Madeleine. Des propos que confirme une vielle balance mécanique...à quelques grammes près. " Aujourd'hui ajoute-t-elle, la pêche semble avoir été bonne ". Et pour cause.
Le flot inhabituel de poisson qui sort des filets élimés de nos pêcheurs paraît détendre une atmosphère assez morose depuis le début de l'exploitation du brut tchadien. Depuis qu'il existe des zones de restriction de pêche. Depuis qu'il a fallu aller chercher au pif, des zones plus poissonneuses. " A l'endroit où on cherchait souvent, les gens de Cotco nous interdisent d'y aller " regrette un pêcheur. Apparemment, un périmètre de sécurité a été tracé, autour du terminal Ce qui durant quelque temps, semble avoir affecté leur rendement. En l'absence de statistiques claires et précises, on ne saura rien du volume du poisson pêché. Encore moins des sommes que peut générer cette activité...
Distribution
On se contente de noter qu'une effervescence particulière règne en ces lieux, marqués également par une forte colonie de revendeuses, qui viennent surtout de Douala, mais également de Yaoundé. Chacune d'elles dispose de glacières ou de petits fûts en plastique. Des récipients de fortune dans lesquels elles vont transporter le poisson lequel trouve toujours preneur, comme le confirme Annette, une autre revendeuse. Même si une infime quantité est destinée à l'autoconsommation. Sur son visage, se lit une extrême lassitude que ne parvient pas masquer la satisfaction d'avoir pu trouver du poisson à un prix abordable. " A 1700 voire 1800 le kilo, c'est raisonnable " dit elle en surveillant attentivement la manutention de ses " colis ": deux grandes glacières et un fût d'environ 100 litres qui contiennent la précieuse marchandise recouverte de gros blocs de glace. De quoi conserver au frais le poisson durant les trois heures que dure le voyage.
Une fois que ses bagages, dont le transport coûte 500 francs l'unité sont disposées sur la galerie du car et recouverts d'une bâche, elle peut enfin prendre place dans le car et refaire mentalement le calcul de ses dépenses. Evaluer les substantiels bénéfices quelle pourrait en tirer, en revendant le kilogramme à 2200, voire 2500. Et déjà, on peut l'entendre reprendre contact au téléphone avec ses habituelles acheteuses, qui passeront le soir même ou lendemain chez elle. A leur tour, elles le revendront frais dans certains marchés, aux abords des routes ou le serviront braisé, dans une gargotes située quelque part au quartier Mvog Ada de Yaoundé. Le poisson de Kribi aura ainsi décrit une autre courbe, satisfaisant ainsi plusieurs maillons de la même chaîne.
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