Eric Roland Kongou (Stagiaire)
12 Novembre 2003
Les chiffres sont alarmants. Selon une ressente enquête de l'Unesco, sur les 49 pays les moins avancés de la planète, 34 sont africains (en majeure partie en Afrique sub saharienne).
De même, la moitié de la population du continent vit dans une extrême pauvreté et 80% est porteuse du virus du sida. Pour résoudre ces problèmes, la science est, à n'en point douter, un précieux outil pour améliorer les conditions de vie des populations. C'est pour arriver à cette fin qu'une table ronde a réuni avant-hier pouvoirs publics, chercheurs, professeurs d'Université et quelques représentants de missions diplomatiques et d'organisations non gouvernementales à l'hôtel Hilton de Yaoundé. Organisée par le Bureau de l'Unesco en Afrique Centrale, cette cérémonie de réflexion intervient à l'occasion de la journée mondiale de la science au service de la paix et du développement.
Les organisateurs de cette table-ronde sont partis d'un constat clair: à l'heure de la mondialisation sauvage qui entraîne des conséquences désastreuses sur l'environnement et les populations, l'Afrique est le continent qui concentre toutes les calamités: épidémie du vih-sida, désertification galopante, guerres civiles meurtrières, génocides, famine, etc. Dès lors, il importe de mettre en place une politique scientifique qui vise la promotion de la paix et du développement. La maîtrise de l'énergie solaire ou l'utilisation rationnelle des organismes génétiquement modifiés (Ogm) par exemple peut constuer un début de solution à ces problèmes. Pour M. Charly Gabriel Mbock, un des panélistes : " il est important d'inculturer la science à l'image de religion catholique en Afrique. Il est donc question de ruraliser et de vulgariser la recherche scientifique pour que celle-ci s'adapte aux réalités locales". Un avis que partage également le Dr Kamssouloum Abba Kabir, pharmacien et député-maire de Kousséri : "Pendant que nous assistons à la destruction massive de l'environnement, la sècheresse et les calmités naturelles, il faut domestiquer la science pour résoudre ces problèmes".
Abondant dans le même sens, le Pr Jeanne Ngogang pense que " la recherche nécessite de gros financements de l'Etat ou du privé pour assurer une formation solide au chercheur et lui donner un cadre confortable pour sa recherche. Dans nos pays du tiers monde, 0,20% seulement du Pib est réservé à la recherche. Or, en 1998 par exemple, les 29 pays de l'Ocde ont consacré 520 milliards de dollars Us (environ 296.088,00 milliards Fcfa) à la recherche et au développement ". Au Cameroun, la recherche semble être le parent pauvre de la lutte contre la pauvreté. Parmi les acteurs qui financent la recherche, l'Etat camerounais contribue seulement à raison de 7% alors que les structures étrangères et les organisations internationales se taillent la part du lion avec plus de 50%. D'où des acquis de la recherche qui ne tiennent pas compte des réalités locales. Le Directeur général de l'Unesco, Koïchiro Matsura, dans son message à l'occasion de cette " journée mondiale de la science au service la paix et du développement ", son idée pour inverser cette tendance : " Pour remédier au déficit des connaissances scientifiques, il faut que s'établisse des partenariats Nord-Sud et Sud-Sud entre scientifiques, instituions et gouvernants car la science est une affaire de partage ". Pour sa part, Charly Gabriel Mbock estime plutôt que si la recherche est réduite à sa portion congrue au Cameroun et en Afrique c'est par manque de volonté politique car "ceux qui savent n'ont pas le pouvoir et ceux qui ont le pouvoir ne veulent pas savoir".
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