M. L. Badji
12 Novembre 2003
L'Ecole nationale des arts (ENA) a célébré, hier, sa toute dernière promotion sortante, non sans avoir, au préalable, eu une pensée pieuse pour l'un des leurs, Iba Ndiaye Diadji, critique d'art disparu avant-hier. Le Président de la République a salué en lui un " homme sincère " dont la disparition est une perte pour la culture et le mouvement syndical.
Les sortants de la promotion Abdourahmane Diop 2002-2003 de l'Ecole nationale des arts (ENA) ont reçu, hier, leurs diplômes, au cours d'une cérémonie solennelle présidée par le président Abdoulaye Wade, au Théâtre national Daniel Sorano. Le parrain, Abdourahamne Diop (1934-2002), était professeur certifié d'éducation artistique musicale et fut le premier directeur du Conservatoire de musique, de danse et art dramatique de 1978 à 1990. Arborant des écharpes blanches frappées du logos de leur école, la cinquantaine de récipiendaires a été, en plus du diplôme, gratifié d'allocations par le président de la République. Celui-ci a offert un million de FCFA à chaque diplômé qui a décroché la mention " Bien ", 750.000 FCFA pour chacun de ceux qui ont eu la mention " Assez-bien ", et un demi-million à l'ensemble des autres sortants. Me Wade a, en outre, donné 20 millions de FCFA à leur institution. L'annonce de ces largesses, par Mme le ministre de la Culture, Safiétou Ndiaye Diop, a été suivie d'un feu nourri d'applaudissements d'une corporation aux anges. C'est que l'ENA n'est pas toujours à la fête dans une société qui accorde à l'art la portion congrue, ravalant le travail manuel et qui fait appel au sens à l'état du superflu.
Cela se ressent dans le manque de moyens matériels et humains auxquels est confrontée une école qui a la particularité d'avoir des départements logés à mille lieues du bâtiment abritant la direction. Celle-ci se trouve à l'Avenue Faidherbe, alors que le département de Formation des formateurs, d'Animation culturelle et de Recherche, et celui des Arts plastiques ont leur foyer au Point E. Pis encore, les matières artistiques sont à la traîne dans les programmes du système éducatif, a déploré Mme Ndèye Ngoné Fall Babou dans son discours d'usage consacré à la " Problématique de l'éducation culturelle ". Le chef de l'Etat a rassuré quant à " l'intérêt que le gouvernement accorde au développement de la culture et l'éducation culturelle ". En atteste, a-t-il souligné, sa présence à cette cérémonie, pour la deuxième fois d'ailleurs après celle de l'année dernière. Pour Me Abdoulaye Wade, il y a lieu de " repenser la place de la culture dans nos sociétés ", laquelle, ajoute-t-il, doit s'adapter aux mutations liées aux processus d'urbanisation aux technologies de l'information et de la communication (TIC), etc. Dans ce sens, il s'est félicité du projet de réforme pédagogique lancée par l'ENA afin de moderniser les filières en y intégrant les arts traditionnels africains et les différentes expériences en matière d'éducation artistique. Par ailleurs, le chef de l'Etat, " convaincu " par le plaidoyer de Mme Ndèye Ngoné Fall Babou, a promis de faire prendre davantage en charge l'éducation artistique dans le système éducatif.
De plus, a-t-il réitéré, la construction d'une Ecole nationale des Arts digne de ce nom doit être envisagée " dans les meilleurs délais ". La future institution est prévue sur l'avenue Lamine Guèye sur le même site que le Musée des civilisations, La place du Souvenir africain et le monument de la Renaissance. Si, vingt ans après les états généraux, " l'école reste inadaptée au projet de société ", cela est lié quelque part au déséquilibre entre apprentissage scolaire et artistique (musique, danse, dessin, etc.), avait soutenu Mme Fall Babou. La responsable de la division Stylisme/Modélisme a regretté que les " enfants ne sachent plus s'exprimer par leurs mains et leur corps (alors même) qu'il faut aussi former l'intelligence des sens ". Pour elle, le système éducatif est un creuset important du développement de la sensibilité, de l'imagination et des potentialités artistiques et intellectuelles de l'enfant. Mme Fall est, en tout cas, sûre d'une chose : " l'esthétique est l'éthique de l'avenir " dans une société en perte de repères culturels, noyés dans le tourbillon de l'uniformisation des modèles importés via les médias. Au cours de cette fête de famille, la communauté de l'ENA a régalé le chef de l'Etat et le public venu nombreux de sketches et de danse chorégraphique entrecoupés d'envolées musicales servies par un ensemble lyrique reconnaissant pour l'hôte de marque.
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