Kimpozo Mayala
12 Novembre 2003
Kinshasa — L'«invité-surprise» des 35mes assises de la presse francophone à Libreville (4 -8 novembre 2003) s'appelait Bernard Kouchner, le représentant spécial de l'Onu au Kosovo. En séjour dans la capitale gabonaise pour une mission humanitaire, il a accepté de se présenter devant les journalistes pour parler de leur travail en période de conflit. Il a retenu comme première leçon que beaucoup d'horreurs passent inaperçues à travers le monde du simple fait de n'avoir pas été médiatisées. A contrario, des conflits parfois sans grand impact sur la vie des peuples ou des nations ont mobilisé la planète entière parce que des témoins particuliers que sont les professionnels des médias leur ont accordé une attention spéciale.
La seconde leçon que Bernard Kouchner tire de son travail d'apôtre de la paix est qu'il existe de par le monde plusieurs «guerres oubliées» pour cette raison.
Que l'opinion internationale croit que dès que les journalistes n'écrivent plus ou ne parlent plus d'un conflit armé, celui-ci est supposé terminé. Citant le cas du Kosovo, il a relevé qu'après le retrait des correspondants des journaux, des radios et télévisions, ce pays avait continué à enregistrer une cinquantaine de morts pendant six mois avant que la cruauté n'évolue dans le sens de la baisse durant ces quatre dernières années avec une moyenne hebdomadaire de 1 à 3 morts.
La Tchétchénie est en train de vivre, selon lui, une tragédie, un génocide absolu, loin des caméras de télévision, des micros des radios et des plumes des journalistes. Les Tchétchènes sont en voie d'extermination au milieu de l'indifférence générale. En Bosnie-Herzégovine par contre, dit-il, on n'a plus enregistré un seul attentat depuis 8 ans. En principe, une telle donnée statistique devait intéresser la presse mais malheureusement celle-ci a l'esprit ailleurs, à la recherche de nouveaux centres d'intérêt tels que les attentats contre les Américains et leurs alliés en Irak. Même dans ce pays, a-t-il noté, un événement comme la rentrée scolaire, l'installation des sites Internet dans plusieurs établissements d'enseignement supérieur alors cela était interdit pendant le règne de Saddam Hussein n'a pas fait courir les hommes des médias qui préfèrent la comptabilité macabre des soldats américains tués six mois après la fin officielle de la guerre.
Bernard Kouchner ne comprend pas non plus pourquoi les journalistes ne l'ont pas approché pour chercher à connaître la motivation de sa décision de remplacer le «dinar», la monnaie nationale alors en circulation au Kosovo, par le Deutsche Mark et non le Franc français ou le Dollar américain. A son avis, l'opération n'a rien coûté car la monnaie allemande circulait déjà dans ce pays en quantité industrielle.
Le représentant spécial de l'Onu au Kosovo pense que les séquences de télévisions et les correspondances des envoyés spéciaux des radios sont tellement brèves qu'elles ne peuvent pas restituer correctement toutes les misères qui s'abattent sur des innocents pris dans l'engrenage des groupes armés. Il faut absolument que les journalistes de presse écrite prennent à cour la tâche d'élargissement du champ des horreurs. C'est notamment grâce aux articles de fond et aux enquêtes de la presse écrite que l'opinion américaine s'agitent de plus en plus autour de ce que l'on considère comme un mensonge d'Etat au sujet de la présence en Irak des armes de destruction massive sous Saddam Hussein. «Couvrirun événement» ne doit s'apparenter à sa mise sous couvercle, comme c'était le cas pour la plupart d'informations diffusées pendant la guerre du Koweït mais plutôt l'occasion de véhiculer la vérité sur les tueries, les violations des droits de l'homme. Un mot mal employé, une encre mal séchée, s'inquiète Kouchener, peut provoquer des rivières de sang. Aussi, promenant son regard sur les crises politiques et militaires en Afrique, il a recommandé à la presse du continent de jouer un rôle d'apaisement des esprits, d'influence des décideurs dans le sens la cohabitation non conflictuelle.
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