Mounirou Fall
13 Novembre 2003
La Commission européenne veut faire plus pour ceux qui ont identifié une opportunité et qui comptent la concrétiser pour créer une nouvelle valeur économique : les entrepreneurs.
C'est dans cet esprit qu'elle a adopté un Livre Vert sur l'esprit d'entreprise ainsi qu'un ensemble d'initiatives axées sur la place des petites et moyennes entreprises " dans une Europe qui s'élargit ". L'ensemble comprend une série de rapports sur les Pme, la mise en oeuvre de la charte sur les petites entreprises dans l'Union européenne et dans les pays candidats ainsi que sur les activités de l'UE en relation avec les Pme et sur le représentant spécial des Pme de la Commission.
Ce sera certainement une étape importante de l'évolution du secteur des petites et moyennes entreprises au Sénégal et le renforcement de la base institutionnelle de cette composante à 90% du secteur moderne. Comme l'a initié et développé l'Union européenne, le Livre Vert sur l'esprit d'entreprise s'adresse à tous ceux qui veulent fonder leur entreprise. Les nouvelles entreprises, notamment les petites, sont de plus en plus celles qui créent des emplois. Comme elles contribuent à augmenter la productivité, elles sont cruciales pour la compétitivité générale. Le potentiel du secteur des services est énorme. L'initiative de la Commission vise donc à créer le "climat" nécessaire au développement de l'esprit d'entreprise (création et croissance des entreprises), en agissant sur les individus, les entreprises elles-mêmes, et sur les valeurs de la société.
Il faut tout d'abord réduire les obstacles à la création d'entreprises. On peut s'inspirer du Portugal et mettre en place des "guichets uniques" pour simplifier et accélérer les formalités de création. L'accès au financement est également une plaie pour les entrepreneurs. La Commission propose de partager les risques en impliquant le secteur public. Pour ce qui est de la prise de risque, il faut bien reconnaître que le climat n'est pas très propice au "pardon" pour ceux qui échouent. On peut s'inspirer de la législation belge sur l'insolvabilité qui permet à ceux qui ont échoué de tenter à nouveau l'expérience sans présomption de malhonnêteté. À l'inverse, il faut mieux récompenser ceux qui osent, comme en France, où l'État donne un coup de pouce aux employés qui deviennent entrepreneurs. Le système éducatif peut étendre l'acquisition de compétences nécessaires à l'entrepreneur à toutes les filières pour développer une véritable culture de l'entreprenariat.
Le "livre de recettes" aux entreprises égrène également une série de mesures qui concernent les formalités administratives à simplifier, la fiscalité de la transmission d'entreprise, l'accès à la main-d'oeuvre qualifiée, les micro-crédits, la participation financière des travailleurs, le parrainage de grosses entreprises pour leurs employés qui veulent se lancer, ainsi que la coopération avec le secteur éducatif. Pour ce qui est des valeurs sociétales, le Livre Vert suggère de valoriser l'entreprenariat en mettant en exergue ceux qui réussissent tout en tolérant l'échec. Ce dernier élément est important, car ceux qui échouent apprennent et réussissent mieux ensuite, selon une étude de la Commission. Il ne faut pas non plus oublier l'économie sociale (coopératives, mutuelles, associations et fondations) qui représente 8% des emplois du secteur privé en Europe.
Coordonner une véritable politique en faveur des entrepreneurs passe ainsi par dix questions qui permettront d'élaborer un véritable plan de bataille: objectifs, financement, facteurs de croissance (et de non-croissance), services de soutien, prise de risque, reprise d'entreprise, éducation à l'entreprenariat et promotion de l'entreprenariat.
Penser aux petits
Dans une communication intitulée "Penser aux petites et moyennes entreprises dans une Europe qui s'élargit", la Commission fait l'état de la situation en Europe et dans les pays candidats, au regard des lignes d'action énoncées plus haut. La communication résume les rapports annexés sur la mise en oeuvre de la charte des petites entreprises dans l'UE et dans les pays candidats, sur les activités de l'UE en faveur des PME et sur le représentant spécial pour les PME. C'est donc le complément du Livre Vert sur l'entreprenariat, l'état des lieux en quelque sorte.
Comme le Sénégal et à terme dans l'ensemble des pays de l'Uemoa, la Charte des petites entreprises, adoptée par le Conseil européen en juin 2000, initie des recommandations qui couvrent dix domaines-clés : éducation et formation pour l'entreprenariat; création plus facile et plus rapide d'entreprises; meilleure législation et réglementation; disponibilité des compétences; amélioration de l'accès en ligne; obtenir plus du marché unique; affaires fiscales et financières; renforcer la capacité technologique des petites entreprises; utilisation des plans d'entreprise qui ont fait leur preuve et développement de soutien de qualité aux entreprises; meilleure représentation des intérêts des petites entreprises au niveau de l'Union européenne et national. En somme une source d'inspiration pour la sous-région ouest africaine, avec le Sénégal en particulier .
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