Le Patriote (Abidjan)

Ghana: Sommet des chefs d' Etat de la CEDEAO mardi a Accra : l' échec d'Accra III ouvre-t-il la voie à Marcoussis II ?

Charles Sanga, Envoyé Spécial à Accra

13 Novembre 2003


A l'appel de John Kufuor, president en exercice de la CEDEAO, sept chefs d'Etat ouest-africains se sont réunis mardi à Accra pour tenter de relancer le processus de paix en Côte d'Ivoire, enrhumé par les nombreux blocages artificiellement créés par les protagonistes de la crise. Pendant trois heures d'horloge ils se sont quérellés au lieu de discuter des voies et moyens pour sortir la locomotive de l'UEMOA du marasme. Ils ne sont donc pas parvenus à des avancées significatives pour permettre au gouvernement de réconciliation nationale de se remettre au travail.

Seul contre tous, avec souvent, révèlent des sources proches du mini-sommet, le soutien du doyen Eyadema, le chef du l'Etat Ivoirien, mis au banc des accusés, n'a pas cedé à la pression de ses pairs conduits par le nigerian Olusegun Obasanjo dont la sortie de la salle "Damba II" abritant le sommet, n' a pas permis à la réunion de se poursuivre.

Le mini-sommet d'Accra III n'aura donc pas tenu toutes ses promesses, contrairement à ce qu'en attendait la communaute nationale et internationale. La petite souris dont a accouché la rencontre n'est pas à même de doper le processus de réconciliation qui se trouve encore au stade des préalables.

Les sept chefs d'Etat n'ont pas réussi à mettre Gbagbo sur le chemin de la sagesse et de la volonté des puissances internationales (France, Etats-Unis) et des organisations internationales (ONU, UE) qui ont décidé d'appuyer jusqu'à la fin, le processus de Marcoussis.

Ce mini-sommet organisé par le chef de l'Etat ghanéen, on le sait, s'est déroulé dans une ambiance difficile et n'a pas atteint les résultats escomptés, quoique le Secrétaire exécutif de la CEDEAO parle d'esprit "d'ouverture et de franchise".

L'ensemble des chefs d'Etat de la CEDEAO était poutant venus à Accra dire à Gbagbo de lever le pied sur l'accord de Marcoussis afin de laisser la possibilite au Premier ministre Seydou Diarra de travailler. Mais, non seulement Diarra n'a pas obtenu la délagation de pouvoirs, revendication "incompressible" des Forces nouvelles, mais le démantèlement des milices et des bandes armées qui pullulent à Abidjan et dans plusieurs villes de l'intérieur du pays n' a été exigé.

Pour ce faire, un projet de communiqué avait été, au préalable, transmis à tous les chefs d'Etat de la CEDEAO, et accepté par eux dans sa lettre et dans son esprit. Mais il a été récusé par Gbagbo seul. Dans ce document de huit pages que "Le Patriote" a pu consulter, il était demandé que M. Diarra dispose de toutes les prérogatives de l'Exécutif, dans le cadre délimité par la Constitution ivoirienne, pour mettre en oeuvre les accords de paix de Marcoussis, signés fin janvier en France par les principaux partis politiques et les mouvements de l'ex- rébellion. En d'autres termes, Gbagbo devrait "prendre les mesures concrètes immédiates pour permettre au Premier ministre de disposer, conformément à l'accord de Marcoussis, de prérogatives de l'Exécutif en application des délégations prévues par la Constitution", est-il écrit textuellement dans le projet de communiqué final.

Dans ce document, les Chefs d'Etat de la CEDEAO ont aussi rélevé"la nécessité pour les ministres de nommer leurs collaborateurs". Rien de tout cela n' a été obtenu. Les autres Présidents ont dû, contre mauvaise fortune faire bon coeur en donnant leur accord pour la rédaction d' une déclaration à la presse ne constatant pas l'échec total. Diarra devra donc attendre et avec lui, l'ensemle du programme de gouvernement dont la réalisation reste subordonnée à la levée de certains préalables.

«Accra III», s'il a permis de remettre face à face les Présidents Gbagbo, Compaoré et Eyadema qui s'accusent régulièrement de manoeuvres de déstabilisation et permis à des délégations de se rendre dans la capitale ghanéenne en touristes a, par contre, donné, encore une fois, la preuve que la CEDEAO, affaiblie par la guerre que se livrent ses leaders, ne peut pas mener de véritables actions pour ramener la Côte d'Ivoire sur le chemin de la paix et des élections de 2005 que les Nations unies veulent "ouvertes, transparentes et crédibles". Cette nouvelle démonstration de la désunion ouest-africaine, avec la non présence au mini-sommet des chefs d'Etat comme Wade et ATT qui ont pourtant été au début du processus de paix, devrait amener les parrains francais et americains de marcoussis, qui ont des représentants au sein du Comite de suivi, à repenser leur politique.

Peut-être que cet échec de Kufuor et ses homologues aura l'avantage de susciter une réelle prise de conscience de la communaute internationale. En décembre 2002, après l'échec de Lomé, le Président Wade avait demandé à la France de prendre ses responsabilités devant le drame ivoirien.

Accra et la CEDEAO ont montré leur limites. C'est d'ailleur un signe promonitoire que d'avoir lancé un appel au Conseil de Sécurite des Nations unies pour l'envoi des Casques bleus.

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