Serge-Armand Didi
13 Novembre 2003
Elle n'est pas faite pour arranger les choses. Elle donne même à être sceptique. Inquiet. La récente décision des partis significatifs de Guinée de boycotter l'élection présidentielle de décembre prochain va ouvrir une période d'incertitude dans ce pays.
Et cela est à mettre au compte des principaux acteurs de la scène politique guinéenne qui n'ont pas pu accorder leurs violons au terme de quelques rencontres. Des réunions engagées en juillet dernier, interrompues puis relancées le 29 septembre 2003. Ces séances étaient placées sous la houlette d'un comité interministériel dirigé par le ministre de la décentralisation, Moussa Solano. Il était question, entre autres, de trouver un mode consensuel d'accession au pouvoir d'Etat.
Chaque partie (le pouvoir et opposition) a campé sur ses positions. Chaque camp a rejeté les propositions de l'autre. Résultat : les partis significatifs de l'opposition que sont le Rassemblement du peuple de Guinée (RPG), l'Union des Forces républicaines (UFR), l'Union pour le progrès et le renouveau (UPR) et l'Union des forces démocratiques de Guinée (UFDG) ont décidé de ne présenter aucun candidat face au général-président Lansana Conté.
Une décision lourde de conséquences. Comme l'a reconnu Sidya Touré, leader du UFR, hier sur Radio France internationale (RFI).
L'opposant s'est montré inquiet pour la suite des évènements dans son pays. Une inquiétude légitime quand on sait que la Guinée, ce pays d'Afrique de l'Ouest, vit une période sensible. Cette nation a désormais à sa tête un général-président malade. Même très malade, selon certaines sources. Lansana Conté, 70 ans, qui est au pouvoir depuis 19 ans, souffrirait d'un diabète "profond". D'autres observateurs prétendent au contraire qu'il s'agirait d'un mal beaucoup plus grave et difficile à maîtriser : le cancer de sang (la leucémie).
C'est donc un président malade qui sera probablement élu au terme de l'élection de décembre prochain. Puisque il aura en face de lui, Mamadou Boye Barry, de l'Union du Progrès national (UPN). Un poids plume, de la mouvance présidentielle, inconnu jusque-là des principaux acteurs politiques. A cause du boycott des partis d'opposition, les Guinéens n'auront pas le choix d'élire d'autres personnes plus représentatives. Si Alpha Condé (RPG), Siradiou Diallo (UPR), Sidya Touré (UFR), Mamadou Bâ (UFDG) entendent jouer à fond la rue, on court vers une période d'instabilité. Quand on considère que les forces de l'ordre de Guinée sont souvent mises à contribution par des opérations musclées. Quand on sait surtout que l'opposition est souvent empêchée de marcher. Ce sera du désordre dans une Afrique de l'Ouest déjà en proie à des rebellions (Côte d'Ivoire, Libéria). Il faut redouter le pire. En outre, en cas de décès de l'actuel président (touchons du bois) au pouvoir, ce sera la ruée vers le fauteuil présidentiel. Parti au pouvoir et opposition confondus. Et tous les coups seront permis en l'absence d'un mode d'accession au pouvoir accepté de tous. Etant donné que Aboubacar Somparé, le président de l'Assemblée nationale, dauphin constitutionnel (pour l'instant) est récusé par tous.
Que la sagesse habite tout le monde. Pendant qu'il est encore temps !
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