Raouf Seddik
12 Novembre 2003
Les activités du ministère de la Culture, de la Jeunesse et des Loisirs étaient au centre de la séance de débat qui s'est tenue hier, à la Chambre des Députés, dans le cadre des rencontres régulières entre Parlement et gouvernement
Notons pour commencer que le ministère qui, à la faveur d'une restructuration récente, englobe les domaines de la jeunesse et des loisirs, n'a pas manqué de susciter des interrogations de la part des députés quant à la portée nouvelle du département et de son action. Le ministre, M. Abdelbaki Hermassi, a précisé à ce sujet que cette restructuration constituait une opportunité afin de créer un nouveau climat au profit de la jeunesse tunisienne.
Les intervenants parmi les élus sont largement revenus, par ailleurs, sur la question de l'augmentation du budget du ministère qui, conformément à une décision présidentielle, devrait atteindre 1% du budget de l'Etat. A quoi cette augmentation de moyens va-t-elle être affectée ? a-t-on demandé. Le ministre a souligné que la mesure en question revenait à doubler progressivement les ressources du département et que cela servirait essentiellement à améliorer les conditions de vie des créateurs et, par voie de conséquence, leur disponibilité pour le travail de création. Ce qui renvoie notamment à la mise en place d'une couverture sociale en faveur des personnes exerçant dans le domaine de la création artistique.
Rappelons en outre que des projets ambitieux sont à l'ordre du jour dans le domaine de l'industrie culturelle, comme celui relatif à la création d'un complexe cinématographique à Gammarth. Toutefois, ces projets n'engagent pas toujours les ressources de l'Etat : ils supposent l'implication des investisseurs privés. Le ministre a annoncé à ce propos, du reste, qu'un investisseur s'était déclaré en ce qui concerne le complexe cinématographique, lequel est appelé non seulement à remplir un vide dans le système national de production cinématographique, mais aussi à offrir un service à destination des producteurs arabes et africains.
M. Hermassi avait auparavant évoqué le thème de l'encouragement à l'investissement privé en réponse à l'intervention d'un député sur le thème de la stratégie culturelle. Il a ainsi évoqué le prix présidentiel qui récompense, le meilleur exportateur tunisien dans le domaine culturel.
Le rayonnement culturel de notre pays, a indiqué le ministre, fait l'objet d'une politique nouvelle en ce qu'elle associe les efforts d'autres départements, comme ceux des Affaires étrangères ou du Tourisme.
La coopération avec le ministère du Tourisme, du Commerce et de l'Artisanat ne se limite d'ailleurs pas à l'organisation de manifestations culturelles à l'étranger. Elle donne lieu à une stratégie nationale dans le domaine du tourisme culturel. A ce sujet, le ministre a indiqué que 6 ou 7 sites archéologiques bénéficiaient pour leur mise en valeur du soutien de la Banque mondiale.
Mais, en cette année 2003 qui a été déclarée année du livre, la préoccupation est aussi de faire en sorte que soit atteint l'objectif fixé par le Président de la République, à savoir qu'il y ait, en moyenne, au moins un livre par habitant. Cet objectif, dont un député rappelle qu'il demeure pour l'instant éloigné, reste cependant tout à fait d'actualité. M. Hermassi souligne ici que le taux d'acquisition de livres a connu cette année une progression notable et que l'année 2004 devrait voir se réaliser le taux prévu.
S'agissant encore de livres, et en réponse à un élu qui s'interrogeait sur les efforts accomplis en matière de conservation des documents reflétant notre mémoire nationale, le ministre a rappelé l'existence de deux collections, l'une relative aux grands classiques de notre littérature et qui regroupe des noms tels que Kheireddine Ettounsi et Aboul Kacem Chebbi et l'autre qui se rapporte à la «mémoire de la création».
L'action du ministère se traduit aussi à travers l'organisation des festivals. Précisons ici, toutefois, que cela ne concerne pas tous les festivals, dont le nombre peut atteindre 400, mais seulement certains d'entre eux comme le festival de Carthage ou d'Hammamet, qui ont valeur de modèle. La sélection qui s'opère et qui peut s'exercer au détriment d'une troupe de théâtre, a indiqué le ministre, engage généralement les comités culturels au niveau des gouvenorats et prend en compte des considérations de rentabilité.
L'intérêt du public se manifeste en particulier pour les spectacles de musique à caractère rythmique. Toutefois, ajoute le ministre, un soutien est apporté afin que des spectacles soient offerts dans le domaine de l'art dramatique ou du ballet.
Les interventions des députés ont également porté sur la question de l'hégémonie culturelle et des risques qu'elle faisait courir à notre identité.
Quoi qu'il en soit, la politique mise en place dans ce domaine depuis le Changement confère une certaine immunité au Tunisien et lui permet de payer un moindre coût à la mondialisation. M. Hermassi a conclu sur ce point que la meilleure façon de se défendre était encore d'être soi-même présent à l'étranger avec son propre produit culturel et que, dans ce domaine, la Tunisie avait les moyens de faire jeu égal avec autrui.
Le ministre avait rappelé auparavant la demande de la Tunisie afin que soit adoptée une déclaration internationale en faveur de la diversité culturelle.
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