Youcef Salami
13 Novembre 2003
Le trabendo d'alcools à la sauce algérienne ne peut que gagner en devenir, à la faveur de l'interdiction d'importation des boisons alcoolisées votée par cent huit députés de l'Assemblée. Produit à forte valeur ajoutée, l'alcool de l'informel, autant que le tabac et d'autres produits d'ailleurs, grève le budget de l'Etat.
Et, gonfle la masse monétaire qui circule hors circuit bancaire. Par les beaux temps, les services des douanes ont mis au jour des affaires d'importations frauduleuses d'alcools, chiffrées en milliards de dinars. Y ont été impliqués des truands véreux dont certains se cachent dernière des prêtes-noms. Cette situation, nuisible de surcroît à l'économie nationale, les tenants de l'informel vont l'écarteler davantage, de nouveaux venus sur le marché de l'alcool faisant leur apparition. Les importateurs d'alcool qui s'approvisionnaient autrefois sur le marché d'importation classique (réglementé) vont ainsi s'essayer au parallèle, quitte à le faire par mauvais temps, parce que leurs commerces en dépendent. A moins qu'ils changent de registre, qu'ils se rabattent sur de la bière locale et qu'ils se passent des liqueurs, réduisant de ce fait leur palette de consommateurs. Ces conséquences diffuses ne serviront pas la conduite de la production et des exportations de l'Office national de commercialisation du vin (ONCV), en mal de performances déjà. Et, avec l'entrée en vigueur de cette mesure d'interdiction, il risque d'être en mal de perspective, ses partenaires pouvant faire jouer la réciprocité dans les transactions commerciales.
Cette procédure, ils pourraient même l'appliquer en dehors de l'accord d'association que l'Algérie a conclu avec l'UE en avril 2002 dont le volet agricole explicite le cadre à suivre en cas de divergences sur des produits commercialisés et sur le marché communautaire et sur celui de l'Algérie. Il est dit en substance dans l'une des clauses de l'accord avec les quinze que des négociations préalables doivent précéder toute mesure à prendre sur des produits exportables. Dans le cas qui nous intéresse, la mesure institutionnelle-surprise est unilatérale. Aussi risque-t-elle d'alimenter des «frictions commerciales» entre l'Algérie et l'Union européenne, même si l'accord dont il s'agit n'est pas encore effectif. Les animateurs de l'espace européen peuvent se montrer circonspects sur une décision qui va à l'encontre de la liberté commerciale, dans la logique libérale. Et, frileux par rapport à une Algérie peu regardante, à leurs yeux, sur la rigueur dans l'élaboration des textes de loi et sur les sphères dans lesquelles elle est censé trouver application. Les Européens estiment qu'il importe peu la couleur politique de celui qui est à l'origine d'un article de loi qui met en cause un commerce régulé, ayant affaire à un Etat.
Le groupe de députés ayant proposé cet article mesure-t-il le préjudice que produira une telle mesure ? Y a-t-il procédé par raisonnement simpliste ? Tout porte à le croire. L'attitude des députés ayant formulé cet amendement et celle de ceux l'ayant adopté sont de l'ordre du moral. Les parlementaires islamistes poussent, et y ont réussi en partie, à l'interdiction de la consommation d'alcools, d'où le motif idéologique de l'article, objet de critiques aujourd'hui, au dehors de l'hémicycle, Zirout Youcef, même. Le gouvernement, par la voix de son ministre des Finances, Abdelatif Benachenhou, a réagi a chaud. A. Benachenhou a estimé dans une déclaration qu'il a faite au sortir de l'APN, lundi dernier, que cette disposition est contraire à nos engagements avec la communauté internationale, notamment avec l'Organisation mondiale du commerce (OMC) et l'UE. Il a jugé cependant que dans l'ensemble, le projet de loi adopté est bon, mis à part cette disposition d'interdiction. Dans ce contexte, la disposition d'interdiction est tout sauf une mesure à protéger ce que produit et exporte l'ONCV. La production locale, c'était le chapitre sur lequel ont épilogué le plus les députés, toutes tendances confondues, lors des débats en plénière. De même qu'ils ont insisté sur la nécessité de mobiliser les moyens qu'il faut pour éradiquer, sinon atténuer le trabendo et les zones de non-droits fiscaux.
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