La Tribune (Algiers)

Algérie: Du partage entre «modération» et «radicalisation» en intégrisme : parcellisation de l'islamisme ou des islamistes?

Younes Hamidouche

13 Novembre 2003


analyse

L'islamisme dit modéré peut-il demeurer en l'état dans un climat de démocratie ou alors véhicule-t-il une menace de radicalisation, donc de déstabilisation ?

A de telles questions, il est toujours difficile d'y répondre avec exactitude d'autant que ce type de thèmes appelle inévitablement de pluridisciplinaires digressions.D'Asie du Sud-Est jusqu'au nord de l'Afrique en passant par les nombreuses poches d'islam à travers le monde, ce débat a pris place et persévère à préoccuper chaque fois que cette religion se fait basculer dans le cercle tourmenté de la politique. L'arme doctrinale du militant islamiste semble, chaque fois qu'elle est dégoupillée, mener à la radicalisation et à tous les ingrédients et corollaires de cette dernière. Qu'en est-il de cette classification en Algérie ?Sans en revenir aux origines détaillées de l'islamisme dans notre pays, se contenter de la mise en avant sur la scène politique légale de ce phénomène, à travers le pluralisme politique donc, fait apparaître, même de manière quelque peu caricaturale, trois types de formations au sein de cette mouvance.

Il y eut d'abord le FIS dissous et le drame auquel il a mené après s'être trop empressé à substituer à la république algérienne son projet d'«Etat islamique» dans le cadre de la «Ouma islamique». Vint ensuite le MFJ Wafa de Taleb Ibrahimi qui a affiché, quoique timidement, son ambition de parachever la ligne du même FIS dissous avant de se voir interdire. Dans l'intermède, les mouvements Ennahda de Abdellah Djaballah et MSP (ex-Hamas) de Mahfoud Nahnah ont tenté le coup toujours dans le même objectif, avant de se rendre à l'évidence et à la réalité algérienne tempérant ainsi leurs ardeurs. Mais le référent doctrinal de tous ces partis et mouvements a été le même, du moins à leur entrée sur le champ politique. Des revirements ont fini par tous les toucher car pèse sur eux une véritable contrainte, intégrer le jeu démocratique ou disparaître. D'où le caractère fondant qui les accompagne.Tenant sans doute plus que ses pairs dans le mouvement à son idéal de «dawla islamiya», Djaballah s'est vu forcé à quitter Ennahda pour fonder l'actuel MRN Islah alors que le défunt Nahnah a oeuvré plus tôt que tous les autres islamistes (Ennahda avait fait de même par la suite) en intégrant le jeu institutionnel se trouvant ainsi sur le podium des partis qui ont passé le plus de temps dans le gouvernement en compagnie du duo FLN - RND.

Depuis que les Algériennes et les Algériens avaient été sommés par le FIS dissous, depuis 1990 - 1991, de se préparer à changer leurs habitudes alimentaires et vestimentaires, et depuis qu'ils ont eu à connaître les pires atteintes à leurs droits et à leurs libertés, individuelles et collectives, sont aujourd'hui majoritairement hostiles à cette mouvance quel qu'en soit le discours. Cette lecture, bien que contredite en partie par des phénomènes sociologiques -certes épisodiques et intempestifs- que nul ne peut ignorer, reste surtout valable devant la gigantesque réalisation de ces Algériennes et de ces Algériens qui ont pu, seuls et en pleine indifférence internationale, vaincre, militairement et politiquement, un intégrisme terroriste rompant et sanglant qui, encore en cette fin 2003, fait trembler le monde entier. Le 11 septembre 2001 en témoin majeur.En somme, l'islamisme se fondra-t-il dans la démocratie ? Dans le cas de notre pays, il y a lieu de souligner avant tout l'absence de démocratie réelle car l'Algérie officielle affirme, en substance, un manque de maturité.

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Mais l'islamisme, lui, alourdit sa présence, quelles que soient les circonstances. Démocratie ou non, ce phénomène reste visible puisqu'il s'obstine à s'imposer par divers moyens et à travers de nombreux pays. La géographie des récents attentats terroristes attribués aux islamistes atteste cette amère situation qui voit la force et le souffle des explosifs prendre le pas sur la persuasion et la foi religieuse. Au-delà, piétiner la citoyenneté et les règles démocratiques. Chez nous, une apparente mais peu certaine atténuation des ambitions théocratiques semble reprendre place même à échelle graduelle et réduite par rapport au fol espoir populaire de retrouver la paix et de vivre en sécurité et dans un pays en stabilité. Le MRN Islah, qui se veut le plus radical des mouvements islamistes légalisés et autorisés par les plus hautes autorités du pays, ne cache pas sa volonté de continuer sur sa relative percée électorale (l'un des trois partis -en compagnie du FLN et du RND- à avoir approché ou dépassé le million de voix lors des deux scrutins de 2002) en affichant d'ores et déjà une fort probable entrée en course de son chef de file Djaballah à l'occasion de la présidentielle d'avril 2004. Les balises républicaines et démocratiques en Algérie restent fragiles en dépit de l'assurance relevée chez les garants de la Constitution, quel que soit leur rang. C'est le cas, entre autres, du chef d'état-major de l'ANP qui a eu à déclarer le scrutin à venir ouvert et le vainqueur de cette présidentielle, selon Mohamed Lamari, sera libre de ses choix, même s'il s'agirait de Abdellah Djaballah.

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