Jonas Apollinaire Kaboré
13 Novembre 2003
interview
«Que mon père revienne». Tel est le titre du dernier court métrage du cinéaste burkinabè, Drissa Touré. La projection inaugurale de ce film qui passe ce samedi 15 novembre au centre culturel Henri-Matisse de Bobo verra la participation du réalisateur qui nous donne déjà un aperçu de son oeuvre.
De quoi parle ce film ?
Ce film retrace l'histoire d'un jeune garçon de 12 ans qui est à la recherche de son père. Cela fait trois ans que ce dernier est parti aux USA et depuis, il a rompu les liens d'avec sa famille puisqu'il n'écrit pas et il n'appelle pas non plus. Le jeune homme est perturbé et il ne cesse de se demander ce qu'est devenu son père dans cette aventure américaine. Il arrive des fois qu'il se demande si son père ne l'a pas oublié. Mais ce qui lui fait mal surtout, c'est que tous les jeunes du quartier sont tentés comme son père par une aventure aux USA, ce pays qui lui a retiré son père. C'est la substance de ce court métrage qui sera projeté pour la première fois ce samedi au centre culturel.
Qu'est-ce qui vous a inspiré le choix de ce thème ?
Ce film pour moi est une thérapie parce qu'aux USA, tout peut arriver. Je pense par exemple à ce jeune Guinéen du nom d'Amadou Diallo que j'ai connu et que je côtoyais aux USA. Il a été criblé de balles à New York et cela a été très dramatique pour moi. Ce qui peut arriver à n'importe quel autre Africain qui se retrouve en aventure aux USA. Avec ce film, j'essaie de faire un clin d'oeil à Amadou Diallo et à bien d'autres aventuriers qui risquent leur vie quotidiennement dans les rues de New York.
Est-ce à dire que l'aventure aux USA reste un danger permanent pour les éventuels candidats ?
Les USA sont un mythe. Ils ont réussi à vendre leur image parce que c'est un pays capitaliste à cent pour cent. Dans ces conditions, il serait difficile d'interdire aux gens d'y aller. Il est vrai aussi que là-bas, on peut réussir. Mais la réalité est que les Africains qui y vont ne connaissent pas les rouages du système capitaliste. La plupart de ces jeunes qui vont aux Etats-Unis sont vite déçus et ils ne peuvent pas revenir. Certains restent là-bas pendant 10 ou même 20 ans et les parents croient que tout va bien pour eux. Mais en réalité beaucoup d'entre eux souffrent énormément parce que victimes d'une exploitation sans pitié. J'ai été témoin de bien des choses par le cinéma. Ce film m'est très cher parce que quelque part, moi aussi j'aurais pu finir comme Amadou Diallo. Et il y a beaucoup de gens qui restent comme ça sous les balles des policiers. C'est un pays où il y a une liberté extrême et qui conduit à des sauvageries insupportables. Mon devoir en tant que leader d'opinion est de partager cette expérience que j'ai vécue aux USA. Et c'est tout l'intérêt de ce film.
Pensez-vous avoir réussi à travers ce court métrage à extérioriser vos sentiments sur cette vie aux USA ?
Partout dans le monde, les gens veulent aller aux USA. J'essaie par ma position de cinéaste de dire quelque chose qui me tient à coeur. Comme je l'ai déjà dit, ce film est une thérapie pour moi parce que le cas d'Amadou Diallo tout comme celui de notre compatriote Zongo m'ont choqué. Etant revenu vivant, je me dois alors de porter le message à mes frères africains. Ailleurs, ce sont les charters qui sont organisés. Mais aux USA, c'est plutôt la mort qui vous guette à tous les coins de rue. Je pense en tout cas avec ce film avoir réussi à sortir quelque chose de mes tripes. Et j'attends la réaction du public.
A vous entendre parler, vous n'encouragez pas à l'aventure américaine les jeunes Africains ?
Pas du tout. Je crois seulement que les gens sont mal informés sur cette vie aux USA. Les Africains y vont pour fuir la pauvreté sur notre continent. Les gens font tout pour partir et après, ils se retrouvent dans une impasse. Moi, je pense que les Etats-Unis sont faits pour les savants et les intellectuels. Ce pays n'est pas fait pour les immigrés économiques. A preuve, la plupart des Africains là-bas sont soit des vigiles soit de simples employés dans les restaurants. Je ne dis pas aux gens de ne pas partir, mais plutôt de faire attention car comme on le dit : tout ce qui brille n'est pas de l'or. New York et ses gratte-ciel font rêver beaucoup d'Africains. Mais ils ne savent pas que derrière ces buildings se cache la misère.
Faut-il s'attendre à voir ce film au prochain FESPACO ?
Je ne pense pas amener ce film au prochain FESPACO puisque je prépare un long métrage. Le scénario est déjà envoyé aux différents bailleurs de fonds et il sera bientôt en chantier. Probablement en avril 2004.
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