L'Express (Port Louis)

Ile Maurice: Quand le diabète s'attaque à nos jeunes

Sonia Serra

13 Novembre 2003


Port Louis — Bref constat à la veille de la Journée mondiale du diabète : outre les adultes, le diabète frappe de plus en plus d'adolescents. La cause : une alimentation déséquilibrée et un mode de vie sédentaire. Un Mauricien sur deux est obèse ou a un fort taux de cholestérol. Il y a de quoi s'inquiéter car ces facteurs favorisent un mal qui accompagne sa victime toute sa vie durant !

Le mal de Maurice, le diabète, s'attaque désormais aussi aux enfants. Fast-foods ou autre type de consommation font qu'ils deviennent vite gros ou obèses, deux des principaux facteurs à risque du diabète. Mais tel n'est pas le cas pour Bradley Fleury, "Brad Pitt" pour les intimes. Ce petit garçon de cinq ans, est diabétique depuis l'âge de deux ans et est insulino-dépendant.

Sa vie, il la passe avec deux piqûres quotidiennes et des prises de sang. Rien que la vue de la seringue, de l'aiguille ou même de leur emballage le met mal à l'aise. Il ronchonne, devient triste, tout en sachant qu'il devra se plier au traitement.

"Il est traumatisé tout le temps, avec toutes les piqûres et prises de sang qu'il doit subir", explique son père Lainsley. Depuis tout petit, il a une phobie des aiguilles mais sait qu'il en a besoin pour se sentir bien.

De temps en temps, il a conscience de sa maladie. Mais ce n'est encore qu'un enfant. Comment lui expliquer alors qu'il n'a plus droit aux bonbons et autres sucreries ? Ce sont aux parents de comprendre pour lui. "Lorsque l'on a un enfant diabétique, il faut comprendre ce qu'est le diabète et savoir se mettre à la place de l'enfant", poursuit Lainsley.

Aujourd'hui, Brad ne va pas à l'école. Il est malade. Une poussée de fièvre a augmenté son diabète et il est préférable pour lui de se reposer à la maison, bien tranquillement. Après une longue sieste, il s'accroche férocement à son bras et son regard fixe le vide.

"Vous ne le croyez sûrement pas, vu comme ça, mais c'est un petit garçon qui court beaucoup et qui fait le rigolo tout le temps. Il parle beaucoup et chante", dit sa mère, Jaisree, qui, ne travaillant pas, s'occupe de ses enfants toute la journée.

A cinq ans, ce n'est pas facile, même si l'on a l'appui et l'amour de ses parents et de sa soeur aînée, Jenitha. Agée de six ans, c'est la grande soeur qui vient réveiller les parents lorsqu'elle entend Brad tousser ou se lever durant la nuit. Toute la famille est solidaire du petit Brad. Et pour l'instant, tout se passe plutôt bien.

Les parents redoutent le jour où leur enfant ira à l'école primaire. Là où il sera tenté par les sucreries, où il pourra se blesser en jouant.

Autre souci : Brad est souvent absent de l'école à cause de sa maladie. Il accuse ainsi du retard dans son apprentissage et ses parents appréhendent également cela. Et Lainsley d'ajouter, "il n'y a pas de professeurs assez qualifiés pour s'occuper des enfants diabétiques. La seule solution serait de le placer dans une école privée. Mais nous n'avons pas les moyens".

Avoir un diabétique juvénile à la maison n'est pas donné. Théoriquement, l'enfant devrait subir un test sanguin avant chaque injection d'insuline, le matin et le soir. Mais les plaquettes de l'appareil coûtent cher. Et la plupart du temps, les parents établissent le calcul pour l'injection par rapport au dernier repas.

Pas facile non plus d'amener Brad à consentir à se faire ces piqûres. Les seringues en forme de stylo, où l'aiguille est plus fine et plus courte et la forme plus amusante que celle donnée gratuitement par l'hôpital, sont de mise. Et là encore, il faut y investir de l'argent !

Seul Lainsley travaille pour subvenir aux besoins de la famille. Elever un enfant malade devient de plus en plus dur. "Il faudrait plus de facilités et de soutien aux enfants diabétiques", soutient Lainsley.

Pour la nourriture également, la vie n'est pas facile. Il faut faire très attention. Lait écrémé ou autres aliments allégés sont privilégiés. Il s'agit de dégraisser tout ce qui est gras alors que Jenitha, elle, n'est pas malade. Son assiette regorge de toutes sortes de nourritures. Pas facile pour le petit Brad de l'accepter.

Un peu plus tard, il grognera pour avoir un bonbon. Après plusieurs refus, les parents céderont finalement . Mais cela est plutôt rare. Jaisree a bien essayé de chercher des bonbons pour diabétiques. En vain.

Soit il n'y en a pas, soit, comme tous les aliments pour diabétiques, ils sont trop chers pour une consommation régulière.

En attendant un quelconque changement à ce niveau, il reste, à Lainsley et Jaisree d'espérer tous deux que la croissance de Brad se passe bien, sans ennuis de santé additionnels

Santé Complications

Le diabète mal soigné peut entraîner des affections aux yeux, voire la cécité, l'insuffisance rénale (qui oblige le malade à suivre des sessions d'hémodialyses à vie), des problèmes cardiaques, une insuffisance d'irrigation sanguine dans les membres inférieurs, entraînant de possibles amputations.

Pour le ministère

Les priorités : l'éducation et la prévention

Les Non-Communicable Disease (NCD) Teams affectées dans les cinq régions de l'île animent des causeries sur le diabète dans les écoles primaires et secondaires, de même que dans des usines à l'heure du déjeuner. Chaque équipe comprend un coordonnateur, un diététicien, des infirmiers, des "Health Care Assistants and Educators" et des médecins de la communauté. Elles animent aussi des cours dans les centres communautaires et ceux de santé primaire et apprennent aux gens à cuisiner non-gras. Dans les départements NCD des hôpitaux, fréquentés exclusivement par les diabétiques et les hypertendus, la même éducation est faite. En outre, chaque semaine, la caravane de santé va à la rencontre des gens dans les régions retirées et le personnel du ministère, y effectue des dépistages.

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