Propos recueillis par Bacary Domingo MANE
13 Novembre 2003
opinion
Les Directeurs de publications ont vigoureusement réagi suite à la publication hier, mercredi 12 novembre, du communiqué de la Cellule de Communication de la présidence de la République n'autorisant que les Directeurs de publication et les Rédacteurs en chef à couvrir les conférences de presse du président de la République.
Ces réactions sont antérieures à la sortie du Conseiller spécial du Chef de l'Etat, Babacar Diagne, à la suite de sa rencontre, hier après-midi, avec les Secrétaires généraux du Synpics et de la Présidence de la République, qui a essayé de sauver les meubles. Mais de quelle manière !
Abdourahmane Camara (Dir Pub : Walfadjiri):
" La presse doit boycotter les manifestations de la présidence, si . "
" Cette directive de la Cellule de Communication de la Présidence de la République est une ingérence dans les rédactions. Et cela est inacceptable. Il n'appartient pas à la Présidence de déterminer la personne qui doit couvrir ses manifestations. Le Président de la République n'a qu'à s'occuper de son Palais et laisser le fonctionnement des rédactions à ceux qui sont chargés de le faire.
Cette réaction ne me surprend guère. Le Chef de l'Etat avait, au cours de l'une de ses conférences de presse, déclaré qu'il n'est plus question d'accepter n'importe qui dans les conférences de presse qu'il anime
C'est l'indépendance de nos rédactions qui est aujourd'hui en jeu.
Si le président de la République maintient cette directive, toutes les rédactions doivent refuser de couvrir les manifestations de la présidence de la République.
Le Chef de l'Etat, dans une interview qu'il a accordée au journal français, " Le Figaro ", a mis sur le dos de la presse toutes les incohérences de son régime. Cela est inacceptable.
Et je pense que la meilleure réaction que puisse adopter la presse, c'est de boycotter les manifestations de la présidence, si cette directive venait à être appliquée ".
Oumar Diouf (Red Chef SUD FM)
" C'est une directive sans objet "
" Cette directive est sans objet. Et c'est un non sens que d'exiger que seuls les Directeurs de Publications ou les Rédacteurs en chef seront conviés et admis aux conférences de presse de la présidence . Cela est impossible. Ceux qui ont rédigé ce communiqué ignorent certainement comment fonctionne une rédaction, autrement ils n'auraient pas demandé pareille chose.
Certes, ils sont libres d'inviter qui ils veulent, c'est leur droit. Le choix des personnes qui doivent couvrir les conférences de presse du Président de la République n'est pas du ressort du Chef de l'Etat mais des responsables des rédactions. D'ailleurs, nous ne sommes pas obligés de couvrir les manifestations du Chef de l'Etat . Nous avons la liberté d'apprécier l'événement et c'est en fonction de cela que nous désignons qui nous voulons.
Dans des pays comme la France, les Etats-Unis, ce sont des journalistes qui ont des connaissances approfondies dans un domaine bien déterminé qui sont désignés par le Directeur de publication ou le Rédacteur en chef. Ces reporters sont accrédités à la Maison Blanche, pour ce qui est des Etats-Unis ou à l'Elysée, pour ce qui est de la France.
Un Rédacteur en chef ou un Directeur de publication peut couvrir une conférence de presse du Président si ça l'enchante, mais ce n'est pas sous la contrainte qu'il le fera ".
Mouhamadou Wone (Directeur de la Rédaction de Populaire) :
" C'est un manque de respect au reporter "
" La première remarque que je voudrais faire, est que la Présidence essaie d'organiser les rédactions depuis le Palais. Le fonctionnement des rédactions n'est pas du ressort du président de la République.
Il faut aussi noter que le communiqué est tombé, sans que son auteur ait pris la peine d'en discuter avec les responsables des médias.
Cette directive de la Cellule de communication de la présidence est un manque de respect au reporter qui peut être plus méritant que le Rédacteur en chef ou le Directeur de publication. La désignation des personnes qui doivent couvrir telle ou telle manifestation est un problème d'organisation interne propre à chaque rédaction.
Visiblement, ces gens ont mis la charrue avant les boeufs. Espérons qu'ils vont rectifier le tir "
Madiambal Diagne, Directeur de publication Le Quotidien
" C'est une décision malheureuse "
" C'est avec surprise que j'ai lu le communiqué de la Cellule de Communication de la présidence de la République.
Il n'est pas du ressort ou du rôle du Directeur de publication de collecter des informations.
Le responsable qui envoie un journaliste sur le terrain pour collecter des informations, n'a pas toujours le temps de faire ce travail. On est occupé à autre chose, plutôt que d'aller à la présidence pour couvrir une conférence de presse.
Il est libre à chaque Directeur de publication ou à chaque Rédacteur en chef d'estimer devoir y aller personnellement, mais vouloir imposer cela à des gens, je considère que si la presse est conséquente avec elle-même, aucun Directeur ou Rédacteur en chef n'ira couvrir une manifestation à la présidence. C'est la réplique la plus responsable qu'on puisse adopter. On ne peut pas nous imposer le choix des personnes à envoyer en reportage. Moi je refuse de le faire.
Nous apprécierons au niveau du journal, mais d'emblée, c'est une décision que je trouve malheureuse "
Saphie Ly, directrice exécutive chargée des rédactions de Sud Quotidien
" Si la présidence ne veut plus des journalistes "
" Je ne sais pas si c'est le principe d'ingérence de l'Etat dans les affaires du privé qui me dérange le plus ou si c'est le reflet d'une propension à la micro-gestion quand la présidence est attendue à des échelles plus hautes concernant la gestion du pays. En tout cas, c'est préoccupant. Il ne me viendrait pas à l'idée de dire à la présidence si c'est le chef de l'Etat ou son chef de cabinet qui doit faire ceci ou cela. Cela relève de la souveraineté de cette institution. De la même manière, les organes de presse sont libres, souverains et seuls habilités à désigner les personnes compétentes. Que la Présidence se limite à accréditer les organes. Des relations d'institution à institution, c'est tout ce qu'il faut.
Quant à l'opérationalité de cette directive, c'est zéro, le fondement du travail du journaliste, c'est la connaissance du domaine qu'il couvre. Donc, aucun journaliste, directeur, red-chef ou autre, ne peut être un monsieur ou une madame-je -sais-tout. Aujourd'hui, les Sénégalais sont devenus des lecteurs et des auditeurs plus exigeants. Il faut les respecter en travaillant selon les normes de bon sens. Si la présidence ne veut plus des journalistes, eh bien, pas de problème, ils n'iront pas et la République assumera une zone de non information ".
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