Le Messager (Douala)

Cameroun: Le retour des délestages

Noé Ndjebet Massoussi

13 Novembre 2003


Malgré les pluies tenaces sur une grande partie du pays et la bonne mine du fleuve Sanaga, le réseau de l'énergie électrique connaît de graves perturbations.

En ce mois de novembre 2003, il pleut toujours des cordes dans certaines régions du Cameroun. Le fleuve Sanaga est débordant d'eau. Mais paradoxalement, à Yaoundé, Douala, Bafoussam, Ebolowa et dans plusieurs autres villes du pays, les coupures d'électricité sont nombreuses et répétées. Pour le Mouvement africain pour la nouvelle indépendance et la démocratie (Manidem) et la plupart des Camerounais, «les délestages ont bel et bien commencé». Contrairement aux promesses faites le 29 octobre dernier par le directeur général adjoint de Aes-Sonel, Jean-David Bilé. «Nous n'avons pas de délestages d'énergie programmés pour l'année prochaine», affirmait-il au moment même où Yaoundé était plongée dans le noir. On avait cru à une coupure d'électricité comme il en arrive très souvent dans le réseau défectueux de transport et de distribution de l'énergie de Aes-Sonel. Mais la régularité et la persistance de ces coupures indiquent le retour effectif et précoce des délestages.

Dans la déclaration du Manidem parvenue à la rédaction du Messager le 11 novembre et signée conjointement de Abanda Kpama et Anicet Ekane, respectivement membre du comité de suivi anti-délestages et président. «Pour satisfaire aux exigences d'Alucam, Aes a décidé que les ménages et les entreprises kamerunaises doivent subir les conséquences de son incompétence», soutient la déclaration. A Aes-Sonel, on affirme que ce n'est ni un problème de manque d'eau, ni d'incompétence. «Il se trouve, en ce qui concerne Douala, que depuis dimanche (9 novembre Ndlr) un transformateur abaisseur à Bassa de 50 Mva a été victime d'un sérieux incident. Après avoir circonscrit l'incident, nous y avons dépêché une équipe de travail qui a réussi à rétablir la distribution du courant électrique sur une partie de la ville. Une autre partie ne pouvait pas aussitôt ne être rétablie. Et pour que la ville soit pas dans l'obscurité totale nous avons procédé à la rotation jusqu'au 11 novembre où le rétablissement devrait être effectif partout», expliquait le mardi 11 novembre André Tcheby de la direction de communication de Aes-Sonel.

Mais il n'y a pas que Douala dans ce nouveau calvaire. «Pour ce qui est du reste du Cameroun, le problème relève de l'usine à Songloulou qui compte 8 groupes -générateurs. Le transport du courant électrique du barrage vers l'intérieur du pays se fait par groupage en tandem de 2 groupes à 2. Il se trouve donc qu'un des 4 groupages a aussi été victime d'un incident. Au fait, il y a un transformateur de 50 Mva qui a fait défaut. Nous y avons amené un transformateur de rechange. Mais ces travaux qui demandent beaucoup d'attention et de précaution n'ont pas encore pris fin à ce jour (11 novembre Ndlr)», a poursuivi André Tcheby en regrettant la situation.

Dur...dur

Seulement, ces «raisons invoquées faisant état de travaux sur le réseau, ne sont que des artifices pour masquer une campagne de délestages qui a commencé, qui va s'intensifier et se propager pendant plusieurs mois», écrit le Manidem qui appelle une fois de plus les populations à se mobiliser. Ce parti estime que «l'heure est à la riposte» et qu'»il faut réagir» parce que «les délestages doivent cesser» mais «les dirigeants d'Aes-Sonel et leurs complices kamerunais sont incapables de faire cesser les délestages». Il demande aux populations de s'organiser à leur manière pour faire échec au calvaire qu'elles vivent. Au niveau du Manidem, la campagne anti-délestage qui s'était estompée précocement va recommencer.

Dans les quartiers de Douala, notamment à Bonamoussadi, Log Pom, Makepe, Akwa-Nord, Bependa, Cité-Sic, Cité-Cicam, village (Ndop-Passi) Dakar, Madagascar, Braza-ville, etc., les populations ont renoué non seulement avec l'obscurité, mais aussi avec les moustiques et la chaleur. Elles ont opté par l'éclairage à la lampe tempête plutôt qu'à la bougie afin d'échapper aux douloureuses conséquences de l'année dernière. Mais déjà, de nombreuses plaintes surgissent faisant état des pertes des appareils électroménagers. Pendant deux jours consécutifs, des élèves et étudiants n'ont pas pu faire leurs devoirs. Les enseignants ont manqué leur préparation. Nombreux sont ces hommes et femmes qui ont porté des habits non repassés. Dans certains ménages, on réfléchit à comment démenager les vivres frais. Alors que dans certains quartiers à l'instar de Bonamoussadi des boutiques ont été victimes d'agressions à mains armées par les bandes de pêcheurs en eau trouble se présentant comme acheteurs de bougies, de piles ou de lampes tempêtes tard dans la nuit noire. La brigade de gendarmerie d'Akwa-Nord détient certaines de ses «armes» arrachées entre les mains des malfrats. Les services administratifs décentralisés dans les différents quartiers de Douala ont également souffert de cette autre crise énergétique qui donne les allures de ce que pourrait être le prochain étiage. De quoi méditer sur tous ces souvenirs qui remontent à la surface.

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