Jean Meïssa Diop
13 Novembre 2003
Il n'est pas du rôle de la présidence de la République de décider de la stature de quel journaliste couvrira tel événement concernant le chef de l'Etat, même s'il reste entendu que la présidence a liberté de refuser d'accréditer un reporter qui ne lui conviendrait pas.
Le sang des journalistes n'a sans doute fait qu'un tour hier, quand un communiqué de la Cellule de communication de la présidence de la République est tombé sur les fax avec comme objet l'adoption de nouvelles règles pour la couverture des conférences de presse du président de la République : il faudra désormais être directeur d'un organe de presse ou, à la basse limite, rédacteur en chef - le profil plancher - pour être autorisé à accéder au palais et y couvrir une conférence de presse du chef de l'Etat. Il est même précisé que cette innovation est une "directive" (sic). On ne sait pas quel fut le souci des conseillers en communication ni quel objectif ils visent dans cette tentative aussi maladroite que mal venue de vouloir imposer aux rédactions un profil de reporter qui sera accepté au palais. Le besoin de jouir d'une couverture de qualité des rencontres du chef de l'Etat avec les journalistes ne saurait passer par un chantage au profil.
L'idée n'est pas nouvelle. Si notre mémoire est fidèle, il nous revient que le président de la République s'étonna, lors d'une de ses conférences de presse, d'avoir devant lui beaucoup de reporters qu'il suspectait d'être trop peu expérimentés, s'étonnant par la même occasion que des journalistes plus chevronnés ne fussent pas désignés pour de tels reportages. Préoccupation légitime sans doute, mais qui ne saurait trouver solution dans des initiatives qui risquent vite de prendre les formes d'une censure sélecte.
Il n'est pas du rôle de la présidence de la République de décider de la stature de quel journaliste couvrira tel événement concernant le chef de l'Etat, même s'il reste entendu que la présidence a liberté de refuser d'accréditer un reporter qui ne lui conviendrait pas. Le résultat de cette éventuelle tentative de sélection pourrait être la décision concertée ou non de boycott des événements au palais présidentiel. Les auteurs de cette décision savent bien que les journalistes, toujours jaloux de ce qui relève de la gestion interne d'une rédaction, vont crier à l'ingérence du pouvoir politique dans l'exercice de leur profession.
Certes, il peut paraître outrancier d'exiger que des patrons de rédaction "couvrent" les conférences de presse du chef de l'Etat, mais il appartient aux rédactions de tirer la leçon, c'est-à-dire qu'il n'est pas respectueux d'envoyer en reportage un journaliste qui pose des questions au président de la République en faisant des fautes intolérables ou en maîtrisant mal le sujet sur lequel il interpelle le président. Et il y a eu des cas, beaucoup même
ENCADRE Une précision qui ne dissipe pas le doute
Alors que, dans les rédactions, on n'avait pas fini de commenter la décision de la présidence de la République à glaner des réactions de confrères, une autre information tombe et vient comme un rectificatif au communiqué. Une précision pour rattraper une "directive" qui a provoqué un tollé dans une corporation rétive aux ordres.
En fait, corrige Babacar Diagne, chef de la Cellule de communication de la présidence de la République, il est plutôt question de l'accréditation de journalistes désignés par leurs directeurs de publication ou rédacteurs en chef, comme cela se fait dans tous les pays démocratiques. Cette question, a-t-il ajouté, a fait l'objet de discussions et de concertations à l'occasion de plusieurs rencontres avec le Syndicat des professionnels de l'information et de la communication du Sénégal (Synpics) et les éditeurs de presse.
L'objectif, ajoute-t-on, est de faciliter davantage l'accès à la présidence et de meilleures conditions de travail aux journalistes concernés. La concertation sur les modalités pratiques de cette accréditation se poursuivra avec les éditeurs de presse et le Synpics, dont le secrétaire général s'est entretenu mercredi après-midi avec le conseiller spécial du président de la République chargé des médias et le secrétaire général de la présidence de la République. L'initiative de Babacar Diagne a l'avantage de provoquer un certain malaise, voire le doute. Comment la présidence de la République peut-elle démentir un communiqué signé d'une jeune conseiller technique qu'on imagine mal avoir rédigé ce communiqué, apposé un cachet et signé sans avoir reçu le feu vert de sa hiérarchie ? Rama Ndao semble bien avoir transcrit des instructions puisqu'elle cite, en mettant les guillemets de rigueur, le passage du communiqué à l'origine de la colère des journalistes : "Seuls les rédacteurs en chef ou directeurs de publication des organes de presse seront conviés et admis aux conférences de presse de la présidence." Et voilà qu'on la met dans un bel embarras
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