La Presse (Tunis)

Tunisie: A Dar Lasram - Ichq Errouh de Anis Gharbi et Olfa Laâbidi : une soirée sans âme

Nejib GaÇa

13 Novembre 2003


Passion de l'âme, passion du corps ! La différence s'estompe dès qu'il s'agit de Ramadan où chaque habitus rituel est chargé de ce recueillement profond, de cette spiritualité presque instinctive et de ce regain de religiosité.

Il n'y a qu'a voir les soirées réservées aux chants mystiques et soufis programmées tant par le festival de la Médina que par d'autres espaces et maisons de la culture. Mardi dernier et pour changer, nous avons troqué la «Bonbonnière» pour un espace riche en histoire et en patrimoine : «Dar Lasram» qui a programmé un spectacle original fait de musique, de chants mystiques et de poésie.

Il s'intitule Ichq Errouh ou Passion de l'âme avec Anis Gharbi et son groupe, Olfa Laâbidi pour ce qui est de la poésie et, pour le chant, Nesrine Dridi.

Dar Lasram est un espace qui témoigne de la richesse culturelle de ce patrimoine architectural tunisien qui touche par son authenticité et ne laisse point indifférent.

La lumière tamisée dans laquelle était plongée une assistance pas très dense, prédisposait au recueillement.

Le groupe de Anis Gharbi, lui, était soumis à un éclairage intense et symétriquement partagé par la chanteuse Nesrine Dridi qui, paraît-il, n'était pas très en forme. Sa voix au timbre éteint était affligée par cette grippe qui sévit en cette période de l'année à mi-chemin entre l'été et l'hiver.

Bien que le groupe s'efforçât de réaliser un rendu digne des morceaux choisis et qui ne sont pas des plus faciles, le public remarqua que le groupe chercherait encore une harmonie qui lui échappait.

Avec Hadith Errouh d'Oum Kalthoum, par exemple, Nesrine Dridi, qui est restée jusque-là placide, sans expression aucune, presque assoupie et sans aucun contact avec le public, a raté le coche en se limitant à «dire» son texte sans corps ni âme.

Ce qui a révélé cette absence de saveur, de force et d'enthousiasme chez la troupe et la chanteuse, c'est la voix de stentor, douce, chaleureuse et duveteuse de cette poétesse Olfa Laâbidi, habituée au podium et rompue à l'art de la diction.

Sa voix limpide et chaude a fait dire à une femme d'un âge certain: «Ta voix est belle, ma fille, chante-nous, toi aussi, une de ces chansons d'Oum Kalthoum».

Quand on est malade, qu'on a la voix enrouée, ou qu'on a des soucis qui nous privent de nos moyens, la solution, l'unique, est de s'abstenir de chanter.

Quant à ce mariage entre la musique, le chant et la poésie, nous croyons qu'il ne suffit pas de les programmer tout bonnement ensemble, dans un esprit d'accompagnement stérile.

Il serait préférable d'opter pour le chant des textes du poète, comme le font avec plus de bonheur Ezzeddine Amri et Abbès Mokadem.

Or, pour une diction des textes à chanter par le poète qui est censé être un professionnel de cet art si ancré dans la tradition arabe depuis la période anté-islamique et «souk Oukadh». D'ailleurs, un homme de théâtre bien rodé ferait l'affaire et sensibiliserait le public à la profondeur du texte à chanter.

D'aucuns nous diraient que le public n'apprend pas toujours par coeur les textes des chansons qu'il entend, pour ne pas dire qu'il ne les comprend pas, même s'il les chante par coeur, parfois.

En plus de cette lecture théâtralisée, une lecture critique de la signification de ces textes n'est pas à répudier et serait d'un intérêt certain pour beaucoup.

Ainsi on ferait d'une pierre plusieurs coups en caressant la fibre poétique du public et en le préparant à ruminer la signification des textes lors du chant.

Pour finir, il y a lieu de dire que les artistes sont tenus d'être inventifs et créatifs quand ils sortent de l'ordinaire car, quand ils optent pour un choix sans couleur et sans saveur, ils nuisent à leur image de marque.

Quand ils marginalisent la poésie qui, d'ailleurs, a été conçue par la poétesse à dessein, pour la soirée, en plaçant Olfa Laâbidi loin du groupe et en marge de la scène, derrière une «barrière», ils se font du tort en affichant une préférence pour la musique au détriment de la poésie car la poésie est aux arts ce que l'âme est aux corps.

Be the first to Write a Comment!

Plus de titres sur allAfrica.com

Copyright © 2003 La Presse. Droits de reproduction et de diffusion réservés. Distribué par AllAfrica Global Media (allAfrica.com). Pour tout commentaire ou demande d'autorisation de reproduction ou de diffusion, contactez directement le propriétaire des droits en cliquant ici.

AllAfrica collecte et indexe du contenu provenant de plus de 125 organes de presse d'Afrique ainsi que de plus de 200 autres sources d'informations et de nouvelles. Les pourvoyeurs d'informations de AllAfrica gardent l'entière responsabilité éditoriale de leur production. Les articles et documents identifiant AllAfrica comme source sont produits ou commandés par AllAfrica.

AllAfrica - All the Time

SELECT
SELECT

Le top des actualités: Tunisie

Rubriques