François Temkeng Chekou
13 Novembre 2003
Ils sont tous les deux très célèbres dans la ville de Kumbo. Le commissaire de sécurité publique, M. Juyap Emmanuel, et le bandit et chef de gang, Obangui, de son vrai nom Kiven Idunus.
La terreur que ce dernier a fait régner dans le chef-lieu du département du Bui pendant plusieurs mois a failli faire croire de façon définitive aux populations qu'il était vraiment invulnérable comme il s'en vantait. A la tête d'un groupe d'une dizaine de malfaiteurs divisé en deux sous-gangs, il a commis et fait commettre toutes sortes d'exactions et de crimes.
Les filles comme les femmes étaient violées, y compris les religieuses, africaines comme européennes. Les domiciles privés, les commerces, les hôpitaux comme les prebystères, étaient cambriolés, les responsables de l'administration comme les citoyens ordinaires attaqués et braqués. Le délégué départemental de l'agriculture s'en souvient avec effroi, car plusieurs fois de suite ils lui ont rendu une visite musclée dans son domicile. Quand bien même il changeait de logis et de quartier, ils le retrouvaient toujours. La terreur était si forte qu'à partir de 19 heures, on ne trouvait plus personne dehors. Une sorte de ville morte où le couvre-feu règnait. Sortir aussi de bonne heure n'était non plus permis, des chrétiennes ayant été violées en se rendant au culte de 6 heures du matin.
Sa triste réputation et sa puissance étaient si établies que même les policiers redoutaient de croiser Obangui sur leur chemin et d'avoir à l'affronter. La preuve, après son évasion spectaculaire suite à une première arrestation, il narguera encore plus qu'avant les forces de l'ordre, notamment le commissaire de sécurité publique, qui avait juré d'avoir sa peau. Un guet-apens est tendu et un des lieutenants d'Obangui est blessé au cours d'une attaque. Son signalement est donné dans tous les hôpitaux et cliniques. Il ne tarde pas, heureusement, a sollicité des soins médicaux. Langue est prise avec le responsable de la clinique qui doit signaler tous les mouvements du gang. Par ce biais le commissaire est informé que le reste de la troupe viendrait le lendemain rendre visite à leur compères alité, à une heure qui est aussi indiquée.
C'est le moment où jamais de saisir l'aubaine et d'en finir. Le commissaire, en civil, et ses hommes s'arrangent pour qu'on les reçoive là-bas. Comme des patients. Ils sont hospitalisés à côté du malfrat afin d'accueillir et cueillir ses complices quand ils viendront. Les policiers prendront une route autre que celle de l'hôpital, pour éviter ainsi l'affrontement. A l'heure dite, on appelle le commissaire pour lui apprendre que les bandits sont tous là mais pas ses policiers. Il s'arrache les cheveux de colère, mais pas pour longtemps. Il va personnellement au front. Accompagné de son seul secrétaire, il fonce. Arrivé sur les lieux, il est repéré par les bandits, qui ouvrent le feu les premiers. Riposte. A la fin du combat, un bandit est resté sur le carreau, leur chef Obangui blessé et neutralisé ainsi que le reste de la troupe. Aujourd'hui en prison préventive à Bamenda, il ne s'avoue toujours pas vaincu et envoie par écrit ou par tous autres moyens des menaces au commissaire, lui jurant qu'il sortira bientôt de prison et prendra sa revanche, mortelle, sur lui.
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