Le Quotidien Mutations (Yaoundé)

Afrique Centrale: La nouvelle gamme de la Beac : une avant première pour dévoiler de nouvelles coupures alors que l'échange des billets mutilés demeure suspendu

Constant R. Sabang

13 Novembre 2003


Au siège de la Banque des Etats de l'Afrique centrale à Yaoundé, on a manifestement pris l'affaire très au sérieux, même si les choses ont démarré un peu plus tard que prévu.

L'effet de surprise ayant été atténué par les deux heures d'attente durant lesquelles les journalistes ont eu le loisir de découvrir un film présentant la nouvelle gamme des billets de banque de l'Afrique centrale. Ceux du type 2002. Deux heures durant lesquelles les principaux acteurs de la cérémonie sont restés cloîtrés au 17ème étage de l'immeuble siège, pour une réunion extraordinaire du Comité ministériel de laquelle rien ou presque n'aura filtré. L'argent n'aimant pas le bruit...

Pour l'essentiel une conférence de presse, ou si vous préférez visioconférence, relayée dans les six capitales de la sous région au travers d'une liaison V-sat. Prouesse technologique parfaitement maîtrisée, se sont enorgueilli certains, pour dévoiler aux medias d'Afrique centrale public la nouvelle gamme des billets. Des coupures respectives de 500, 1000, 2000, 5000 et 10 000 qui seront mises en circulation à compter du 26 novembre prochain dans les pays de la Communauté économique et monétaire des États de l'Afrique centrale. Les anciennes coupures restant tout de même valables. Le temps que la Banque procède au renouvellement intégral de la masse actuellement en circulation.

Caractéristiques

Au cours de cette conférence de presse présidée par Michel Meva'a m'Eboutou, ministre camerounais des Finances et du Budget et président en exercice du Comité ministériel de l'Union monétaire de l'Afrique centrale, Jean Félix Mamalepot, Gouverneur de la Beac, ainsi que Rufin Maliko, Directeur de l'émission monétaire, principaux acteurs de cette mise en scène, on a pu retenir que l'émission de ces nouvelles coupures obéissait à un triple soucis. D'abord comme l'a souligné le Minfib, " perpétuer la tradition du renouvellement décennal des signes monétaires ", ensuite " se mettre en phase avec les nouvelles normes techniques de production et de traitement des billets de banque afin de bénéficier des avantages financiers (que procurent la mise en circulation de l'Euro, Ndrl) et de l'amélioration des caractéristiques des standards internationaux " et enfin se " mettre au diapason des innovations technologiques [visant à rendre ces] billets plus difficiles à reproduire. "

La nouvelle gamme de billets, qu'on a pu observer à loisir -sans pouvoir pour autant les palper- est dotée de certains signes de sécurité visibles et même invisibles, qui les mettraient à l'abris de la contrefaçon. En outre leur authentification obéit à une certaine logique, puisqu'ils possèdent les mêmes signes de sécurité placés aux mêmes endroits. Des signes additionnels cachés, "détectables seulement à l'aide d'appareils spéciaux", a tenu à préciser Michel Meva'a m'Eboutou. Détails sur lesquels les responsables de la Beac n'ont pas jugé utile de s'attarder.

En somme, on retiendra que sur ces nouvelles coupures, on peut voir en filigrane, les lettres B.E.A.C et trois têtes d'Elans de Derby, ces antilopes qui constituent le logo officiel de la Banque centrale. Demeure aussi le fil de sécurité, ligne sombre et discontinue sur la hauteur du billet, et sur laquelle se distingue désormais le sigle Cemac, écrit en tout petits caractères. S'ajoutent également des impressions en léger relief, dont la rugosité est perceptible au toucher ainsi que cette " transvision " qui se révèle en regardant le billet en transparence. Les nouveaux billets disposent en outre comme caractéristiques, "cette forme géométrique en relief, à l'usage des malvoyant et des aveugles". Les grosses coupures, en l'occurrence celles de 5000 et 10000, possèdent en raison de leur valeur faciale, une bande holographique discontinue, représentant alternativement un masque, des formes géométriques ou les lettres C.E.M.AC., selon l'inclinaison et d'un jeu à couleur changeante.

Innovations

On apprend également que le papier utilisé cette fois est d'un grammage plus élevé que l'ancien. 85gr au lieu des 70 utilisés avant, et qu'en plus, les billets ont subit un «vernissage» qui permet une meilleure conservation et ainsi, rallonge leur durée de vie. A ce propos, le Gouverneur s'est voulu incisif. Soulignant que les utilisateurs devraient prendre soin de leur billets, estimant que l'échange des coupures mutilées n'était pas vraiment la préoccupation de la Banque centrale. Etant donné que les opérations de " reconnaissance, de tri par Etat et par qualité , de classement [qui permet de séparer les billets valides des coupures usées ou mutilés] étaient fastidieuse ", pour un taux de récupération inférieur à 35%, .

Au cours de cette rencontre, "la pénurie" des pièces a également été évoquée.

Le Mamalepot a pointé un doigt accusateur sur les salles de jeux et les machines à sous qui font une rétention de pièces. Entretenant de fait un phénomène artificiel. (Ce qui a fait sourire plus d'un, étant donné que les salles de jeux disposent généralement de jetons spéciaux). Ajoutant tout de même que des pièces, fabriquées elles par la Monnaie de Paris, étaient en cours de débarquement au port de Douala. "Il suffit d'en faire la demande" a t-il lancé à l'adresse des responsables nationaux qui le suivait en direct des capitales de la sous-région.

L'autre préoccupation des journalistes aura été de savoir pourquoi la Beac n'a pas envisagé de mettre en circulation de plus grosses coupures. Par exemple celles de 25, voire 50.000 Fcfa. Un tantinet moqueur, le Gouverneur a immédiatement réagi: "La plus grosse coupure actuelle, le billet de 10 000 était déjà sous utilisée... Les pays qui en consomment le plus, le Gabon et le Cameroun en l'occurrence, parvienent à peine à attendre un taux de circulation de 25%". Avant de se livrer à un spectaculaire exercice d'équilibriste, quand il s'est agit d'évoquer la situation économique de la sous région. «Bonne dans l'ensemble», même si certains pays -sans les citer nommément- traînaient encore la patte, en terme d'assainissement de leurs finances publiques et de rigueur dans la gestion. Ce que Michel Meva'a m'Eboutou a probablement apprécié.

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