Le Quotidien Mutations (Yaoundé)

Cameroun: Jacobin Yarro : on peut être sur la scène et en face

Roger A. Taakam

13 Novembre 2003


interview

Le metteur en scène de " Gouverneur de la rosée " parle de sa nouvelle aventure.

On vous a connu sur scène comme brillant comédien. De plus en plus, vous êtes derrière la scène, plus précisément metteur en scène...

C'est une évolution tout à fait normale dans la carrière d'un comédien. Comme au sport, il est tout à fait logique que lorsqu'on a été longtemps footballeur, qu'on devienne entraîneur. La mise en scène, c'est le grade supérieur des arts de la scène. Et d'ailleurs, je n'ai pas la prétention d'abandonner la scène en tant que comédien. Je me suis retrouvé, par la force des choses, en train de remonter sur scène lors de la dernière représentation pour remplacer un comédien malade. C'était un immense plaisir d'être à la fois sur scène et en face en même temps.

Votre dernière sortie, c'est " gouverneur de la rosée " de Jacques Roumain, une oeuvre que vous avez adaptée et mise en scène. Qu'est-ce qui vous a motivé?

C'est une oeuvre qui, au départ, était prévue dans le cadre de la formation des stagiaires. Nous préparions la création de Roméo et Juliette. Et comme l'histoire de "Gouverneur de la rosée "se rapproche de celle de Roméo et Juliette, j'ai trouvé cela, sur le plan de la préparation mentale, très approprié. Ensuite, c'est une oeuvre que j'ai lue il y a de cela une vingtaine d'années et qui, pour moi, était déjà un chef-d'oeuvre de la littérature négro-africaine de part sa thématique et son niveau de langue. Et d'une manière générale, pour que je mette en scène une oeuvre, il faut qu'elle ait une belle histoire et qu'elle soit bien écrite.

L'année dernière, c'était "Sophocle", aujourd'hui c'est "Gouverneur de la rosée". A croire que les auteurs camerounais n'écrivent pas aussi bien...

De moins en moins je monte des auteurs Camerounais pour deux raisons: la première, c'est qu'il n'y a pas d'oeuvre Camerounaise. C'est un peu abusif de le dire, mais il ne suffit pas de gratter du papier pour présenter le lendemain une soi-disant pièce de théâtre. Comme toute forme de littérature, le théâtre évolue dans son écriture, dans sa thématique et tout le reste. Mais de moins en moins, on trouve des oeuvres camerounaises adaptées à l'écriture et au théâtre contemporain. Et fonctionnant dans une logique de marché, j'ai besoin de choses qui peuvent se commercialiser.

Deuxièmement, je déplore le fait que depuis pratiquement une quinzaine d'années, la plupart des auteurs Camerounais ont rongé leur plume. Rappelez-vous la grande époque du concours théâtral africain, les camerounais étaient généralement aux premières loges. Qu'est-ce-qui s'est passé entre-temps? On constate tout simplement que sur les rayons, il n'existe plus pièce Camerounaise susceptible de faire concurrence à la production à la production ouest-africaine par exemple.

Qu'est-ce qui justifie d'après vous, la baisse de la production théâtrale camerounaise aussi bien au niveau de l'écriture que du spectacle?

A une époque on a accusé la crise économique. Mais on accuse surtout la politique en place. Toujours est-il qu'il y a une démotivation notable.

Peut-on imaginer que le théâtre Camerounais vive hors des planches de la coopération, le Ccf en l'occurrence?

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Non, malheureusement. Mais il ne faudrait pas croire que la coopération française s'accapare notre culture. C'est tout à fait de manière digne que nous travaillons avec elle comme des partenaires culturels. Lorsqu'on veut décoller on a envie de partenaires qui vous donnent de la visibilité. On a besoin des gens qui connaissent le théâtre et qui créent.

Après " Gouverneur de la rosée ", c'est quoi le prochain chantier?

Déjà, il faut que le spectacle fasse carrière, après y avoir consacré autant de moyens, autant d'énergie. Et son on en juge par l'enthousiasme avec lequel il a été accueilli au Ccf la semaine dernière, il a encore des chances de circuler. Alors, on va se donner le temps de tourner, d'abord dans les circuits des alliances et des Centres culturels français à travers le pays. Ensuite en France, probablement en mars prochain. Ce n'est qu'au bout de six ou huit mois qu'on pourra parler d'une nouvelle création.

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