Le Pays (Ouagadougou)

Burkina Faso: Maitre Barthélemy Kéré, Bâtonnier de l'ordre des avocats - "Les avocats surpris par le juge militaire"

Propos recueillis par Mamadou OUATTARA et Aziz YAGUIBOU (stagiaire)

13 Novembre 2003


interview

A l'occasion de la cérémonie d'ouverture du séminaire qu'organise l'Ordre des avocats sur "la gestion des cabinets", nous avons interrogé le Bâtonnier Kéré sur les défis actuels du barreau et les relations entre les avocats et le juge militaire dans l'affaire de la présumée tentative de coup d'Etat. Voici ses réponses.

Quels sont les grands dossiers auxquels le barreau doit faire face actuellement?

Me Barthélemy Kéré : la première préoccupation que nous avons en tant que nouvel organe de l'Ordre, entré en fonction le 1er octobre dernier, c'est achever la mise en place de l'administration de l'Ordre. De ce point de vue, les enjeux sont très importants. Le 10 juillet dernier, comme je l'ai dit tantôt, on a adopté le décret qui porte modalité de fonctionnement de la CARPA (Caisse autonome de reglement pécuniaire des avocats). La CARPA, c'est la banque des avocats. Il va falloir qu'au niveau des différents cabinets, on mette en place les procédures, les formulaires et les rapports entre notre Ordre et la banque qui sera désignée pour gérer le compte. Tous ces mécanismes doivent permettre de pouvoir effectivement faire face à la situation individuelle des cabinets d'avocats et surtout des cabinets les plus petits. Nous avons près de 70 cabinets individuels où les gens ont des difficultés réelles de fonctionnement. Il faut dans un premier temps, voir comment on peut guider ces différents cabinets à mettre en place une bonne comptabilité parce que sans une bonne comptabilité, nous éprouverons des difficultés pour faire fonctionner la CARPA.

Aussi, sur le plan individuel, Il va falloir voir comment faire pour aider et assister ces personnes à mettre en place un minimum de système d'assurance-maladie et un système d'assurance contre les risques professionnels afin qu'on puisse créer les conditions de la quiétude de l'avocat pour qu'il travaille dans de bonnes conditions de manière sereine. C'est ainsi qu'on peut parler de rentabilité d'un cabinet d'avocat.

Les avocats semblent réticents à se constituer aux côtés des personnes arrêtées dans le cadre de la présumée tentative de coup d'Etat. Qu'est-ce qui explique cela?

Je suis étonné d'entendre que les avocats seraient réticents pour se constituer dans un dossier quel qu'il soit. Vous savez que le principe, c'est la liberté de l'avocat de se constituer dans un dossier quand il estime qu'il a l'indépendance nécessaire et qu'il a les moyens techniques et juridiques nécessaires pour pouvoir effectivement plaider et défendre correctement ce dossier. Sur cette base , je suis étonné quand on me dit qu'il y a une réticence des confrères. Ce qui est certain, c'est que si le dossier dont vous parlez est un dossier criminel, l'assistance de l'avocat est obligatoire. S'ils n'ont pas d'avocat , on va leur en commettre d'office. Donc que ce soit une constitution volontaire d'avocats ou qu'il s'agisse d'une commission d'office, ces gens seront assistés; bien entendu par des avocats. Mais si pour une raison ou une autre ils refusent l'assistance de l'avocat , on ne peut pas obliger quelqu'un non plus à le faire.

Vous avez dit que l'avocat se saisit d'un dossier s'il estime qu'il a la liberté nécessaire pour faire ce travail. Est- ce que vous estimez, dans ce cas, qu'il peut effectivement avoir les coudées franches pour le faire?

Dans l'évolution du dossier, rien, absolument rien, ne m'indique qu'il y a un danger quelconque du point de vue de l'exercice professionnel de l'activité de l'avocat. Aucun indice ne me permet de vous le dire. D'ailleurs, dans les échos que j'ai cru entendre, certains avocats nous ont dit clairement qu'ils ont été agréablement surpris par le juge militaire. Normalement la limite et les fondements du juge, c'est la loi. Le code de justice militaire est là. A partir du moment où on a décidé que ce serait un dossier judiciaire, les accusés doivent bénéficier bien sûr de la protection de la loi. Ils vont bénéficier de l'assistance des avocats et les choses doivent se passer de manière transparente.

Nous savons qu'il y a beaucoup de dossiers pendants actuellement. Que fait le barreau pour pouvoir faire évoluer ces dossiers?

Le barreau en tant que tel n'est pas concerné de manière collective par ce que vous avez appelé les dossiers pendants. Il y a certains confrères qui sont constitués dans les dossiers et leur rôle, c'est de travailler dans le cadre de la loi pour pouvoir lever les entraves. Si au niveau de l'Ordre, un avocat qui est constitué dans un dossier particulier nous saisit pour dire qu'il y a telle ou telle difficulté du point de vue de l'exercice de sa fonction, bien entendu, nous allons intervenir. Nous allons voir la juridiction concernée, au besoin, le juge concerné, pour savoir quelle est la nature des problèmes. Si ce sont des problèmes qui sont de la nature de l'ordre professionnel, nous allons intervenir sans hésitation.

Avez-vous dejà rencontré une situation pareille?

Non, ce genre de situation ne s'est jamais presentée. Personne jusque-là n'est jamais venu nous signaler un problème particulier dans ces dossiers.

Be the first to Write a Comment!

Plus de titres sur allAfrica.com

Copyright © 2003 Le Pays. Droits de reproduction et de diffusion réservés. Distribué par AllAfrica Global Media (allAfrica.com). Pour tout commentaire ou demande d'autorisation de reproduction ou de diffusion, contactez directement le propriétaire des droits en cliquant ici.

AllAfrica collecte et indexe du contenu provenant de plus de 125 organes de presse d'Afrique ainsi que de plus de 200 autres sources d'informations et de nouvelles. Les pourvoyeurs d'informations de AllAfrica gardent l'entière responsabilité éditoriale de leur production. Les articles et documents identifiant AllAfrica comme source sont produits ou commandés par AllAfrica.

AllAfrica - All the Time

SELECT
SELECT

Le top des actualités: Burkina Faso

Rubriques