Babacar Bachir Sane
14 Novembre 2003
Malgré les bons résultats engrangés par la région de Ziguinchor dans le domaine de la santé de la reproduction, la région sud du Sénégal traîne encore comme un boulet les problèmes liés à un taux élevé de morbidité et mortalité maternelles (620 décès maternels pour 100.000 naissances vivantes et 5 % de taux de morts-nés), à la vulnérabilité des femmes et des jeunes par rapport au VIH/SIDA.
Appuyés par les services de l'Etat et les partenaires au développement, le Conseil régional de Ziguinchor entend, entre autres, jouer sa partition pour améliorer les services de santé et le statut de la femme.
C'est pour cela que le lancement du projet Bridge a été bien accueilli par les femmes et les jeunes des organisations de la région. Pendant les trois jours de la semaine dernière, ils ont activement participé à l'atelier de réflexion et de partage sous l'égide du CEDPA (Centre de Développement des Activités de Population), une ONG internationale qui intervient au Sénégal depuis 2001.
Sous la présidence de Oumar Lamine Badji, président du Conseil régional de Ziguinchor qui a procédé au lancement officiel du projet Bridge, Mme Soukeyna Diop a, dans son exposé, décliné la mission, l'approche et les objectifs du CEDPA à travers le projet Bridge. Le CEDPA a pour ambition de soutenir l'objectif stratégique 3 de l'USAID à savoir l'utilisation accrue et durable des services de santé de la reproduction dans le cadre de la décentralisation dans les zones ciblées.
Dans cette mouvance, Bridge se définit comme une passerelle entre les différents acteurs impliqués dans les programmes de santé de la reproduction (SR) et de IST/VIH/SIDA.
En vue d'atteindre cet objectif, Mme Soukeyna Diop a souligné que son ONG a choisi une approche qui puisse permettre aux associations et réseaux locaux de promouvoir et de fournir des services de santé de la reproduction durables et accessibles. En soutenant la mise en oeuvre directe des activités liées à la santé de la reproduction par l'intermédiaire des partenaires locaux, le Projet Bridge pourra, selon Mme Diop, apporter une formation, une assistance technique et des subventions aux associations, organisations et réseaux régionaux et nationaux de jeunes et de femmes dans le but de promouvoir et d'améliorer la qualité de la santé de la reproduction.
Amélioration du statut de la femme
Le médecin chef régional, le Dr Mame Demba Sy, a fait un rapide survol de la situation sanitaire au regard du rôle que les jeunes et les femmes pourraient jouer dans la gestion des politiques de santé en matière de santé de la reproduction (SR) et de prévention des IST/VIH/SIDA.
Sur une population cible de 571.553 habitants, les femmes en âge de procréer sont au nombre de 131.457 pour 26.292 grossesses attendues. La population est assez jeune puisque 47 % de celle-ci est composée de jeunes âgés de 0 à 14 ans et 40 % sont des personnes âgées de 15 à 49 ans.
La région de Ziguinchor possède un hôpital, trois centres de santé, 81 postes de santé, 162 maternités rurales. On compte 9 médecins, 27 sages-femmes et 113 infirmières, soit un médecin pour 63.505 personnes, une sage-femme pour 4.869 femmes en âge de procréer et un infirmier pour 5.058 habitants.
A en croire le médecin chef régional, qui s'appuie sur les résultats d'une enquête, l'indice synthétique de fécondité est 4,7 inférieur (contre 5,1 au niveau national) . Le taux de la prévalence de la contraception moderne est de 10 %. La moyenne nationale est 8 %.
Les résultats de la même enquête notent que la couverture en consultations prénatales (CPN) est à un taux de 80 % supérieur au taux national (69 %). Il en est de même de l'assistance à l'accouchement (66 %) alors qu'au niveau national on en est à 48 %.
Dix-sept pour cent des femmes accouchent à domicile contre 50 % au niveau national. En ce qui concerne le Sida, la séro-prévalence du VIH chez les femmes enceintes est passée de 1,2 % en 1999 à 1,9 % en 2000 pour atteindre 3 % en 2001. Le taux de prévalence national est de 1,4 %).
Du côté des prostituées de Ziguinchor, la prévalence du VIH observe la même courbe de croissance : 22,8 % en 1999, 24,9 % en 2000 et 30 % en 2001 (Dakar est à 18 %).
Les problèmes, selon le Dr Mame Demba Sy, sont à chercher du côté de la mortalité maternelle et de la morbidité élevées et la vulnérabilité des femmes et des jeunes par rapport au VIH/SIDA. A côté de ces problèmes, le Dr Sy cible l'insuffisance de la fonctionnalité des structures, la mauvaise répartition du personnel et la responsabilisation trop importante des matrones.
Dans le même ordre d'idées, l'insuffisance dans le système de référence, d'orientation et d'évacuation, les difficultés de prise en charge des accouchements difficiles dans les maternités rurales, la malnutrition, sont entre autres, les problèmes qui accroissent le taux de mortalité et de morbidité. Les déterminants, pour le Dr Mame Demba Sy, sont à chercher du côté des services de santé peu pourvus en matériels et en ressources humaines, de la faible participation des femmes aux comités de santé et aux instances locales des collectivités, des comportements à risque (sexualité précoce, faible utilisation des préservatifs), de la pauvreté des femmes, des croyances socioculturelles. Le médecin chef régional de Ziguinchor préconise, devant une telle situation, l'amélioration des services de santé et du statut de la femme.
Pour le président du Conseil régional de Ziguinchor, M. Oumar Lamine Badji, l'implication des jeunes et des femmes, qui constituent l'écrasante majorité de la population, dans les différentes politiques et stratégies est un gage de réussite dans l'amélioration de la qualité de la santé de la reproduction. Dans une région-carrefour ouverte sur deux pays, la perméabilité des frontières et la grande mobilité des populations, surtout en cette période de crise, les problèmes de santé, principalement de santé de la reproduction, prennent, selon M. Badji, une dimension particulière. Pour M. Badji, la forte tradition de vie associative, le dynamisme des femmes et des jeunes sont des atouts à exploiter, surtout quand on associe ceux-ci aux prises de décision et à la gestion des affaires qui les concernent.
Engagement des jeunes et des femmes
Le Conseil régional de Ziguinchor, par la voix de son président, prône, face à la raréfaction des ressources, la mise en place de politiques et stratégies de prévention en faisant également appel à l'engagement des populations. C'est dire, selon la vision du président du Conseil régional de Ziguinchor, que les jeunes et les femmes sont incontournables dans la gestion des politiques en matière de santé de la reproduction et de prévention des IST/SIDA.
En termes plus précis, M. Badji note qu'il s'agira de mettre en place un partenariat entre les collectivités locales, l'Etat, les Ong, les organisations de jeunes et de femmes. Sous ce rapport, il s'agira de renforcer les capacités des acteurs, le partenariat, et de cerner clairement les responsabilités des uns et des autres.
Be the first to Write a Comment!
Copyright © 2003 Le Soleil. Droits de reproduction et de diffusion réservés. Distribué par AllAfrica Global Media (allAfrica.com). Pour tout commentaire ou demande d'autorisation de reproduction ou de diffusion, contactez directement le propriétaire des droits en cliquant ici.
AllAfrica collecte et indexe du contenu provenant de plus de 125 organes de presse d'Afrique ainsi que de plus de 200 autres sources d'informations et de nouvelles. Les pourvoyeurs d'informations de AllAfrica gardent l'entière responsabilité éditoriale de leur production. Les articles et documents identifiant AllAfrica comme source sont produits ou commandés par AllAfrica.