Joseph Sene
14 Novembre 2003
Après leur démonstration de force hier matin, les partis membres de la Convergence des actions autour du président (CAP 21) ont eu, dans l'après-midi, la surprise d'être boycottés par la Société civile qui les avait invités à manifester contre les violences politiques.
Commencée donc dans l'euphorie, la forte mobilisation des partisans du président Abdoulaye Wade s'est dispersée au rond-point de la Poste de Médina, avec un goût d'inachevé en travers de la gorge. N'empêche, Iba Der Thiam et compagnie sont rentrés avec l'impression d'avoir atteint leur objectif.
Un après-midi devant la Poste de Médina. La place est noire de monde malgré la chaleur d'étuve qui a contraint bon nombre de personnes à chercher où s'abriter ou à se recouvrir la tête. Quelques manifestants dévoilent des pancartes et des banderoles dont la plupart des messages appellent ouvertement à un soutien au président de la République, Me Abdoulaye Wade, s'ils ne jettent pas des piques aux partis de l'opposition. « Jamais nous ne douterons de notre illustre leader », indique une banderole. « L'opposition en mal de thèmes, réussirait mieux à Sorano », lit-on sur cette autre pancarte tenue par une jeune fille moulée dans un pantalon jean, la sueur perlant sur le visage. Sur les banderoles et les foulards, noués autour de la gorge ou de la tête, dominent les couleurs jaunes et bleues.
C'est dire donc que les partisans de la Convergence des actions autour du président de la République n'ont pas cherché entre mille manières pour marquer leur présence en ces lieux où la Société civile et ses invités doivent opérer une jonction pour battre le macadam, en direction du ministère de l'Intérieur, avec comme principal objectif de protester contre les violences politiques. Mais un discours contraire commence à circuler. On a reçu, à travers les ondes, l'information selon laquelle la Société civile, maîtresse d'oeuvre de la manifestation, a décidé de reporter sa marche. L'information se répand comme une traînée de poudre dans la foule dont la plupart montrent des signes de fatigue, mais aussi une détermination de continuer le trajet. Dans les instants qui suivent, chacun y va de son commentaire.
Abdoulaye Faye, un des vice-présidents de l'Assemblée nationale, sort de son sac des paperasses attestant de leur autorisation de marcher du siège de leur Parti au lieu où ils se trouvent présentement. Interrogé sur la poursuite de la marche ou pas, l'actuel président du Conseil régional de Dakar s'en remet à la décision qu'ils ne vont pas tarder à prendre après concertation. Peu de temps après, Iba Der Thiam, le coordonnateur de la CAP 21, s'adresse à l'assistance en expliquant l'objet de leur venue sur cette place, les relations qui les unissent à la Société civile, etc.
Tout le monde tend l'oreille pour ne pas rater un mot du message de Iba Der qui va déterminer de la conduite à tenir. Il est quinze heures passées de quelques minutes. Le coordonnateur de la CAP 21, montée sur une camionnette encombrée par la sonorisation, se désole du faux-bond des organisateurs de la marche, avant de rendre publique leur décision de s'arrêter là, devant la poste de Médina. Il ajoute ensuite que leurs militants peuvent bien rentrer à la maison ou aller vaquer à d'autres occupations.
Inadmissible ! Incompréhensible ! Des récriminations fusent d'un peu partout. D'aucuns fulminent contre le manque de courtoisie des organisateurs de la marche, tandis que d'autres raillent la société civile initiatrice de l'événement en faisant remarquer que ces gens-là ont été intimidés par leur grande mobilisation. Les ténors de la CAP 21, Iba Der Thiam, Me Mbaye Jacques Diop, Mme Aminata Tall, Modou Diagne Fada, descendent de la camionnette, la mine déconfite. Presque tout le monde affiche une figure maussade. La pilule que vient de leur servir ceux qui les avaient invités à cette manif, semble dure à avaler pour les membres de la CAP 21 qui ont mobilisé toutes leurs énergies pour répondre à cet appel à condamner la violence sous toutes ses formes. Mais ceux qui les avaient conviés à ce rendez-vous redoutent peut-être d'être noyés.
Quoi qu'il en soit, les leaders politiques présents sur les lieux essaient chacun de son côté de donner une explication à cette situation. Les militants, eux, commencent à ranger leurs pancartes, à rouler leurs banderoles, et à regagner leurs véhicules stationnés de parts et d'autres des avenues Blaise Diagne et Malick Sy. La partie est terminée. Émouvante fin de scène pour les militants de la CAP 21 qui ont pris d'assaut la rue depuis la matinée !
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