Yacine Kane
14 Novembre 2003
La pratique est bannie par les textes mais elle s'est imposée avec la baisse du niveau des élèves. Les cours de renforcement sont ainsi devenus une réalité dans plusieurs établissements.
Les cours de renforcement ou d'appui aux élèves ont toujours existé dans les établissements privés. Et de plus en plus, cette expérience commence à faire tache d'huile dans les établissements relevant du secteur public. Mais là ou le bât blesse, c'est que les enseignants du public n'ont pas le droit de s'adonner à de telles pratiques dans leurs établissements car ils sont pour la plupart du temps, des fonctionnaires de l'Etat et que les textes qui les régissent ne les autorisent pas à cumuler des fonctions. Et pourtant, devant la démission des parents qui n'ont plus le temps de suivre leurs enfants à la maison, sans oublier le phénomène du double flux, il faut bien trouver une solution. Une institutrice qui gère une classe de Cm2 dans un établissement de la place soutient que " ces cours ne sont pas obligatoires et c'est souvent sur la demande des parents que nous les dispensons moyennant le versement de 3000 Fcfa par mois par élève. Grâce à ses cours, j'ai pu obtenir de très bons résultats au Cfee et à l'entrée en 6è l'année dernière ".
Les cours de renforcement ont été élargis à tous les niveaux du Ci au Cm2 et parmi les matières ciblées, il y a le français, le calcul et d'autres disciplines dispensées en classe. Ces cours ont lieu 2 fois par semaine dans une salle de classe de l'établissement. Et l'argent versé par les élèves revient au maître qui leur dispense ces cours.
Certains enseignants préfèrent cependant dispenser gratuitement des cours de renforcement avec comme objectif d'obtenir de bons résultats à la fin de l'année. C'est le cas de A. Sarr qui capitalise plus de 15 ans d'expériences dans l'enseignement. Selon lui " le niveau des élèves est très bas, les cours de renforcement constituent le seul moyen, pour nous, de les aider à s'en sortir. Car les parents d'élèves n'assurent plus le suivi à la maison. Rares sont les élèves qui apprennent leurs leçons de grammaire et d'orthographe. Ils préfèrent passer leur temps à regarder la télévision. Conséquence, ils n'ont pas un bon niveau en français, or le français est la langue d'apprentissage qu'il faut d'abord maîtriser pour apprendre les autres disciplines. Les lacunes accumulées par les élèves dans la langue d'apprentissage peut être un handicap durant tout le cursus ". Certains parents d'élèves soutiennent qu'ils préfèrent que leurs enfants soient suivis à l'école. C'est le cas de Daba Sarr : "Je n'y vois aucun inconvénient, je n'ai pas toujours le temps de les suivre à la maison et je n'ai pas les moyens d'engager un répétiteur à 20.000 Fcfa ou 30.000Fcfa par mois. C'est pourquoi, je préfère les confier à leur maître d'école ". Les directeurs d'établissement que nous avons rencontrés reconnaissent que c'est une pratique illégale. Certains mêmes soutiennent que c'est même une faute administrative qui est passible de sanction. Mais " pour des raisons d'ordre humanitaires, je tolère les cours de renforcement dans mon établissement. C'est le seul moyen d'aider les élèves à s'en sortir et d'obtenir de bons résultats en fin d'année " confie A. Ndiaye. Pour sa part Y. Touré directeur d'un établissement élémentaire soutient que " c'est une pratique tout à fait légale. C'est vrai qu'au départ les cours de renforcement avaient posé beaucoup de problèmes mais par la suite l'inspection académique a fait une note pour signifier que ces cours sont tolérés. Il faut noter que les contextes ont évolué et de plus en plus, les cours de renforcement sont devenus une nécessité surtout pour les élèves évoluant dans le système à double flux. C'est le seul moyen de les aider car ils n'ont que 3 jours de cours dans la semaine ".
Devant la suppression du paiement des heures supplémentaires que l'Etat leur allouait, la plupart des enseignants qui ne font pas du " khar maat " ( travail au noir) ailleurs ont trouvé à travers les cours de renforcement un moyen d'arrondir leurs maigres salaires de gorgorlu.
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