Sud Quotidien (Dakar)

Sénégal: Ndour Ndour : un village sauvé par réalisation d'une digue anti-sec

Abdoulaye FALL

14 Novembre 2003


Situé en plein coeur du département de Foundiougne, à quelques encablures de Djilor Saloum, le village de Ndour Ndour, a été pendant longtemps affecté par la salinisation de sa nappe phréatique et l'acidification des sols.

Pendant des années, les habitants de cette localité ont connu une régression importante de leurs activités agricoles, avec en plus des menaces réelles sur la richesse biologique, l'exode massif des jeunes du village.

Ndour-Ndour. Un village comme un autre situé sur la carte du monde. Avec la particularité qu'ici on parle d'une localité située en plein Sahel où les populations luttent au quotidien pour survivre dans des conditions assez difficiles. Dans ce village peuplé de quelque 250 habitants, la plupart des agriculteurs et éleveurs, Ndour Ndour ne sont pas épargnés par les calamités naturelles. Le résultat est ainsi une croissance soutenue de la pauvreté qui a poussé une grande partie de sa population, les jeunes en particulier à l'exode.

Longtemps vaincu par la salinité, le village de Ndour Ndour a vu une partie importante de ses sols et ses eaux de sa nappe phréatique perdre leurs valeurs.

Vivant comme nombre de villes et villages sénégalais, de l'agriculture et de l'élevage, la conséquence de cet état de fait aura été que la localité a vu tous les leviers qui faisaient le charme de son économie de subsistance se rétrécir. Durant une longue période, ces activités ont été menées à faible intensité car par rapport à la demande sociale et sous l'effet des calamités naturelles, les braves paysans de Ndour Ndour ne pouvaient profiter que de 39 hectares d'espace cultivables.

Cette superficie était loin de répondre aux attentes populaires, car non seulement elle ne suffisait pas, mais surtout elle s'étalait sur la partie haute de la vallée. Le village comptait à l'époque, quelque 134 hectares de zones cultivables, mais avec l'épandage du sel, ce patrimoine a été amputé de 60 hectares de terrain alors que les 35 autres hectares étaient sous la menace du sel dont le niveau n'arrêtait pas de croître sur les sols et les voies d'eau.

Cette régression des activités agricoles ajoutée aux menaces sur la biodiversité ont constitué les facteurs essentiels qui ont contribué à la pauvreté croissante du village de Ndour Ndour. Au fil du temps, de larges opérations migratoires ont été recensées au sein de la population jeune notamment qui n'avait autre solution que de se tailler le chemin de l'exode.

Objectif : régénérer les rizières et le sol

Pour les habitants du village, il fallait impérativement sortir Ndour Ndour de ces calamités naturelles. Ainsi, à travers le partenariat entre le conseil rural, les populations locales et le Pagerna, un certain nombre d'objectifs ont été fixés. D'abord, on nourrissait l'idée d'arrêter l'avancée de la langue salée et de récupérer les rizières (60 ha, tout en protégeant les terres douces (35 ha) menacées par la salinisation.

Ces objectifs ont ensuite visé à développer la riziculture, à garantir les récoltes contre ces aléas de la nature, à réalimenter et améliorer la qualité de l'eau de la nappe phréatique afin de favoriser la régénération naturelle pour parvenir à la restauration de l'écosystème et à la conservation de la biodiversité. Cette volonté s'est traduite par la réalisation d'une digue anti-sel de 450 m de long pour une hauteur de 1,20m. D'un coût global de 13. 183.000 F CFA, le Pagerna a offert une part de contribution d'un montant de 11.863.000 F CFA soit 89,99 %, alors que le conseil rural tout comme la population locale avaient respectivement ajouté 50.000 F CFA (0,38 %) et 1.270.00F Cfa (9,63 % -.

Suite à la réalisation de cet ouvrage en mars 99, une forte augmentation des rendements a été constatée dans le domaine de la culture de l'arachide. De 0,5 tonne en 98 on est passé à 1,5 tonne à l'hectare en 2002. Pour la production du riz paddy, le rendement à l'hectare est passé de 1,6 tonne en 98 à 52,5 tonnes en 2002. On a noté une forte augmentation constatée pour ce qui est du niveau de rendement du riz décortiqué, une production de 1,12 tonne à l'hectare en 98 à 52,5 tonnes en 2002, soit un pourcentage de 70 %.

En effet, il convient tout de même, d'ajouter que les fortes augmentations obtenues au niveau des rendements sont acquises dans des conditions encore paysannes où le travail s'effectue sans produits d'amendement (engrais et autres produits phytosanitaires).

La " Caisse de la vallée " revitalisée

Dans sa volonté de sortir définitivement les populations de la léthargie et de pérenniser les acquis, le partenariat né à Ndour Ndour est parvenu à élaborer un règlement pour une gestion durable des ressources de la vallée. Ainsi, il a réussi à vitaliser une caisse autrement appelée " caisse de la vallée ".

Elle fonctionne pour l'entretien et la maintenance des aménagements. Un comité de gestion des ouvrages tout comme une cellule d'animation et de concertation ont également été mise en place. Et dans la perspective de garantir plus d'éducation aux populations, le partenariat a élaboré une convention locale basée sur un code de conduite pour une gestion durable des ressources naturelles de la communauté rurale.

Aujourd'hui, que le village de Ndour Ndour a réussi à franchir l'impasse, d'importantes améliorations sont intervenues dans des conditions sociales de ses populations. En effet, on a surtout noté la participation effective des femmes aux prises de décisions relatives aux aménagements, mais aussi le fait que la femme assure la ration de riz de la famille. Au niveau des emplois et activités, l'implication des jeunes, des hommes notamment les éleveurs peulh dans la riziculture, est manifeste.

Certaines pratiques néfastes comme l'usure ont connu une forte régression devant une auto-suffisance alimentaire quasi-assurée. Par rapport au phénomène de l'exode, tous les espoirs sont permis. Sans doute que les populations du village de Ndour Ndour devraient dorénavant prendre la route de l'exil.

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