Amady Aly Dieng
14 Novembre 2003
Comme en Indochine et dans les pays colonisés d'Afrique, la fin de la Deuxième Guerre mondiale ouvre à Madagascar une époque nouvelle : celle de la revendication pour l'indépendance nationale. Malgré certaines ouvertures du pouvoir à Paris (élargissement du suffrage électoral, droit à une représentation politique, suppression de l'indigénat et des réquisitions...), le malentendu surgit très vite entre les aspirations nationalistes et la métropole, soucieuse avant tout de maintenir le statu quo.
A Madagascar, une succession de conflits va progressivement amener le pays à l'insurrection : celle-ci éclate dans la nuit du 29 au 3à mars 1947. Les insurgés s'attaquent aux garnisons militaires et aux postes de gendarmerie, ils coupent les voies ferrées et les routes et tuent plusieurs Européens. Jusqu'en juillet 1947, l'insurrection ne cessera de s'étendre dans les campagnes pour gagner une partie importante de l'île. Alerté, le gouvernement français présidé par le socialiste Ramadier minimise d'abord les événements. Mais devant leur ampleur, un coupable est vite désigné : le Mouvement démocratique de la rénovation malgache (MDRM) qui a opté pour l'indépendance... dans le cadre de l'Union française. Malgré l'immunité dont ils devaient jouir, les parlementaires malgaches sont arrêtés dès avril 1947 : deux députés sont condamnés à mort. La répression policière ne suffit pas à détruire le MDRM, ni surtout à briser le mouvement paysan. La reconquête militaire, lancée par les ministres des Colonies Marius Moutet (SFIO) et Paul Coste-Floret (MRP), s'achèvera plus d'un an après, laissant derrière elle, selon la moyenne des estimations, au moins 100.000 morts.
Les députés Ravoahangy et Jacques Rabemananjara sont écroués malgré leur immunité parlementaire le 12 avril 1947. Raseta sera arrêté le 6 juin à la suite de la levée de son immunité parlementaire. Le Conseil de la République lèvera l'immunité des conseillers malgaches le 7 août, Jules Ranaivo et Raherivelo-Ramamojy. Le Mdrm est dissous par le Gouvernement français.
Qui a déclenché l'insurrection ? Depuis 1947, deux réponses apparemment contradictoires sont données de manière catégorique. Pour les uns, les parlementaires, et d'une manière générale le MDRM et Le Hova ont été l'âme du complot. Pour les autres, l'insurrection est l'oeuvre de vazaha provocateurs Ces premières explications sont insuffisantes. Il convient de savoir ces événements tragiques n'auraient pas eu lieu s'il n'y a avait pas la volonté d'insurrection d'une partie des Malgaches. L'auteur préfère étudier les motifs de la révolte. En juillet, le Haut-commissaire envoyait à Paris un rapport percutant où il exposait sans détour la situation de Madagascar, telle qu'il la voyait : "La première constatation que la révolte aura permis de faire, c'est que le sentiment patriotique des Malgaches est profondément ancré, non seulement dans l'âme des élites de ce pays, mais aussi dans les couches sociales les plus humbles".
Tout porte à croire aujourd'hui que la condition essentielle de la réussite de l'insurrection tenait avant tout dans une solidarité radicale de tous les éléments de la société. Mouvement contestataire, l'insurrection ne désirait pas renverser les notables, mais les contraindre à tenir compte d'abord de la tradition fokonolona et à s'y insérer. Au lieu de l'indépendance au sein de l'Union française prônée par les députés, elle voulait une indépendance malgache, fondée sur des valeurs et une idéologie malgaches.
Jacques Tronchon nous gratifie de nombreux documents constitués par des interviews, de notices biographiques et de dossiers d'archives.
Les avocats de Magagascar avaient suivi la décision du Barreau de Tananarive de ne pas assister les inculpés. Ils ont été assistés par Me Douzon et Pierre Stibbe à la vie de laquelle on a essayé d'attenter. Me Stibbe a écrit un livre : Justice pour les Malgaches (Ed. du Seuil 1954). Il a laissé un manuscrit : La vie politique à Madagascar de 1945 à 1956, (dactylogramme, collection privée 1960). Les chercheurs africains devraient reprendre cette question où les tirailleurs sénégalais ont joué un rôle féroce dans la répression et où Lamine Guéye a tenu à défendre les parlementaires malgaches. Jacques Rabemanajara, grand écrivain malgache et collaborateur de Alioune Diop, directeur de la revue Présence Africaine m'a confirmé que Lamine Guéye a défendu les parlementaires
L'ouvrage de Jacques Tronchon est à ce jour le seul essai d'interprétation du rôle des responsabilités des différents acteurs de l'insurrection malgache : leaders du MDRM, sociétés secrètes malgaches représentants du pouvoir français. Complété par de nombreux documents inédits, il apporte un éclairage capital sur une page sanglante de l'histoire malgache.
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