Bacary Domingo Mane
14 Novembre 2003
La confusion s'est emparée de la marche contre la violence convoquée à l'initiative de la société civile hier, jeudi 13 novembre à Dakar. La bataille pour l'occupation du terrain politique et la guerre des slogans de formations politiques membres de la Cap 21 et du Parti démocratique sénégalais (Pds) ont meublé un espace sur lequel la société civile avait voulu autrement imprimer sa marque.
Par une symbolique loin de toute récupération politicienne, en référence aux mots d'ordre de soutien au Président de la République distillés par des militants et des responsables animés par des motivations plus politiques. C'est de bonne guère. Par essence, la politique est le jeu des opportunités. Prise dans son propre jeu, en croyant naïvement que des partis politiques appelés à une manifestation pareille pouvaient être vierges de toute arrière pensée, la société a été piégée, naïvement . Au bout du compte, le spectacle noté hier sur un parcours allant de la Place de l'Obélisque à la Poste de la Médina a épousé les contours nets d'une démonstration de force pour le Parti démocratique sénégalais (Pds) qui a acquis à sa cause des milliers de militants poussant la société civile à reprogrammer sa manifestation.
Les libéraux ont gagné le pari de la mobilisation. Une véritable marée " bleue " a envahi la Place de l'Obélisque et déferle sur l'Avenue De Gaule en direction de la Poste de Médina. Mais la marche n'aura finalement pas lieu. La société civile ayant fait machine arrière.
Le Boulevard du Général de Gaule et la Place de l'Obélisque ont changé de décor. Le Parti démocratique sénégalais (Pds) a encore montré sa puissance de frappe. Les militants et les sympathisants étaient venus des quatre coins de Dakar et de l'intérieur du pays, pour témoigner leur soutien au président de la République, Me Abdoulaye Wade, avant la marche contre la violence prévue à 15 h et dont la société civile a été l'initiatrice. Le camp de la mouvance présidentielle avait appelé à un rassemblement pour se compter. Pour atteindre cet objectif, les libéraux n'ont pas fait dans le détail. A la Place de l'Obélisque et sur l'Avenue De Gaulle, il n'y avait que la vague déferlante du " Sopi ". Une marée bleue qui n'a donné aucune chance aux autres couleurs des Partis de la Cap 21, y compris à celui de son Coordonnateur, le Pr Iba Der Thiam dont une banderole renseigne sur la torture dont le patron de la Cdp a été victime sous le régime des socialistes. Un îlot dans l'océan " bleu " !
C'est aux environs de 10h que les cars " Ndiaga-Ndiaye " ont commencé leurs incessants ballets à la Place de l'Obélisque qui avait pris, au fil des minutes les allures d'un camp de concentration, tellement la marée humaine était compacte. Les militants arrivaient par centaines avec des banderoles ou des pancartes qui indiquaient leur appartenance à tel ou tel camp libéral. D'autres seraient sur les lieux dès les premières heures de la matinée.
La procession a commencé vers les coups de 11h, alors que les cars Ndiaga-Ndiaye continuaient à " déverser " sur la Place de l'Obélisque des militants. Les responsables libéraux et de la Cap 21 étaient tous là.
Modou Diagne Fada, Pape Diop, Aminata Tall, Mbaye Jacques Diop, Abdoulaye Faye, Me Ousmane Ngom, le Pr Iba Der Thiam, Samba Diouldé Thiam, Pape Demba Sy. Les ministres de la République, appartenant notamment au camp des libéraux étaient de la partie.
Ils ont marché en rangs serrés, avec ce camion qui déversait des décibels. Il était pris d'assaut par les " jeunes communicateurs traditionnels " qui n'avaient d'inspiration que pour le président Wade et les responsables libéraux. Ils n'ont cessé de chanter les louanges des responsables qui ont mobilisé plusieurs centaines de cars pour le transport des militants " express " dont la mission est d'applaudir et de faire l'éloge du Chef de l'Etat, moyennant quelque fois de l'argent.
Le soleil dardait ses rayons et la marée bleue déferlait sur l'Avenue De Gaulle en direction de la Poste de Médina où doit se faire la jonction avec la société civile. De quoi rendre fiers les libéraux qui voulaient montrer leur force de mobilisation. Objectif atteint.
Madame Viviane Wade, l'épouse du président de la République, était la principale attraction. La première dame s'est mise en vedette lorsqu'elle a approché les handicapés moteurs qui étaient de la partie. L'image d'une Première dame sensible aux souffrances humaines, proche des couches des plus défavorisées. Touchante, non !
Il est 14h. Devant la Poste de Médina, des responsables libéraux et de la Cap 21 montent dans le camion de la sonorisation pour improviser un meeting qui ne dit pas son nom. Chacun prend la parole, déverse sa bille sur l'opposition, sans oublier de dresser des lauriers pour Me Wade. Les responsables de la Société civile commencent à arriver. Il est 14h30mn. Bouba Diop du Congad à la vue de cette marrée " bleue " crie au sabotage. La Société Civile se fait menaçante. Ses responsables demandent au chargé de l'opération de " nettoyer " la place pour permettre à la Société civile de démarrer la marche. Rien à faire.
On n'arrête pas la mer avec les bras. Le rapport de force milite en faveur des libéraux et de la Cap 21. La décision est prise : la Société civile annonce en direct qu'elle ne marchera plus dans ces conditions. Une douche froide pour les libéraux qui n'ont fait que constater les débats et fustigent la manière " discourtoise " avec laquelle la Société civile a pris sa décision sans en informer la Cap 21. Aussitôt après la nouvelle, les libéraux et la Cap 21 se concertent dans les locaux de la Poste de Médina. A l'issue de la rencontre qui a duré plus d'une trentaine de minutes, ils demandent aux militants de rentrer chez eux dans la discipline.
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