Vieux Savane
14 Novembre 2003
opinion
La marche annoncée de la Société civile contre la violence et l'impunité s'est terminée en eau de boudin hier, jeudi 13 novembre. Etouffée dans l'oeuf, elle n'a pas pu décoller de son point de ralliement et s'ébranler vers le ministère de l'Intérieur.
La Cap 21 et en première ligne, le Pds a tenu vaille que vaille à détourner son objectif pour en faire une marche de soutien au président Me Abdoulaye Wade. Dans leur entendement, son passé d'opposant plusieurs fois embastillé, interpellé par la police du régime socialiste plaide en sa faveur. Il serait ainsi le plus qualifié pour dénoncer la violence. Suprême amalgame qui fait le lit de la confusion. Il ne s'agit en effet nullement de la convocation d'un quelconque passé pour la simple raison que c'est le présent qui est à l'ordre du jour. En effet, trois ans après la survenue de l'alternance, un jeune leader politique a été sauvagement agressé par une bande de nervis après avoir produit une cassette s'en prenant au chef de l'Etat avec un humour et une ironie caustiques. Il s'agissait après la marche du Cpc, en attendant que la justice se prononce et identifie les coupables, de dénoncer toute forme de violence, toute forme d'impunité et d'appeler l'Etat à garantir la sécurité des biens et des personnes.
On peut suspecter la Société civile d'avoir fait montre de naïveté en croyant possible que des partis puissent venir défiler avec elles sans mettre en avant leurs propres motivations. Aussi, s'il y a une leçon positive à tirer de ce bide, c'est certainement une nécessaire radicalisation de la société civile devant se traduire par une nette démarcation des partis politiques. La société civile doit se renforcer, et se poser en force autonome, pour espérer jouer son rôle de contre-pouvoir véritable, qui à chaque fois que de besoin et, de manière non partisane pourra utiliser les formes protestaires les plus appropriées pour attirer l'attention des autorités politiques de quelque bord qu'elles se trouvent. Elle devrait par conséquent s'investir avec désintéressement dans la lutte pour une société plus juste, plus équitable où l'impunité serait bannie et ne pas donner l'impression de vouloir revendiquer un certain nombre de prébendes, notamment dans le gouvernement.
Que l'on sache, ces différentes initiatives n'étaient pas dirigées contre le président Abdoulaye Wade. Il est difficile de comprendre les raisons qui ont poussé le Pds à faire preuve d'une démonstration de force, à occuper la rue toute une matinée avec une armada de militants transportés depuis les coins les plus reculés du Sénégal. On se serait cru en pleine période de campagne électorale. Les dénonciations de la violence n'étaient pas dirigées contre le président Abdoulaye Wade. Elles visaient à mobiliser bon nombre de ceux et celles qui sont outrés par son utilisation comme mode de règlement des contentieux politiques. Alors pourquoi cette fixation, cette volonté du Pds à organiser une manifestation de soutien à Me Wade, à faire une démonstration de force ? Rien ne l'empêchait d'organiser sa propre marche avec ses propres mots d'ordre.
Mais voilà qu'il a plutôt choisi de venir parasiter une marche où il était invité au même titre que d'autres partis dans le dessein avoué de la saborder à défaut de la dévoyer. Parce que le couscous qu'on voulait servir ne lui plaisait pas, il a choisi d'y jeter du sable. La raison est que le Pds et certains autres partis de la Cap 21 font équivaloir une marche contre l'impunité, contre la violence, à une marche contre le pouvoir qu'ils exercent. On comprend qu'une telle vision ne leur permet pas de jouer aux enfants de choeur. Il appartenait à la société civile de le comprendre en saisissant le contexte qui est celui d'une pré campagne électorale avec l'acceptation, par le chef de l'Etat, de son investiture par les jeunesses libérales. Alors d'ores et déjà, tous les coups sont permis. La parole donnée piétinée. Les engagements souscrits foulés au pied. L'éthique malmenée. Cela fait désordre par ces temps qui courent de laisser penser que Me Wade est contesté par une bonne frange de la population. Pour cela, certaines franges de la Cap 21 semblent prêtes à tout. C'est cela aussi, l'autre leçon de cette marche avortée de la société civile.
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