Le Pays (Ouagadougou)

Guinée: La chronique du fou - Pour une solution à la tunisienne

14 Novembre 2003


opinion

Qui des deux, Lansana Conté, une épave politique, et la Guinée, cimetière socio-économique, survivra à l'autre ? Une solution à la tunisienne conviendrait à ce pays.

Encore qu' à la décharge de Bourguiba, celui-ci, par certains côtés, a conféré une certaine fierté à son pays. La Guinée, assurément, est un condensé de tout ce que l'Afrique peut sécréter comme laideurs.

Voilà, en effet, un président presque biologiquement mort, qui ne s'en cache d'ailleurs pas (ayant parfois eu à renvoyer des visiteurs de marque) et qui, à la veille de l'élection présidentielle, trouve miraculeusement la lucidité et les ressources nécessaires pour ameuter ses troupes, non pas pour des séances de prières ou de lamentations, mais pour convaincre que l'heure n'est pas encore à l'abandon du navire, que sans lui et qu'après lui, la Guinée serait perdue. Pour ce faire, Lansana Conté fait subir une opération chirurgicale à ciel ouvert, sans anesthésie, à la constitution, par une assemblée nationale moutonne et à sa dévotion. Pourtant, les clauses de cette constitution sont d'une limpidité incontestable. Celui qui règne sans partage depuis 1984 sur la Guinée est atteint par la limite d'âge. On peut même pousser l'impudeur en affirmant qu'il est atteint par la limite de la longévité. Qu'à cela ne tienne. Le vieillard de Conakry peut compter sur un Conseil constitutionnel inféodé et aux ordres, pour invalider la candidature des prétendants sérieux, capables d'ébranler les fondements de son pouvoir impopulaire, assis sur un volcan social, et ne retenir qu'un candidat sans relief pour servir de faire-valoir, de vernis à l'exigence d'élections pluralistes et faire plaisir aux observateurs étrangers (ces afro-touristes) des élections en Afrique et qui rendent invariablement le même verdict : scrutin globalement satisfaisant. En somme, un candidat tellement nécessiteux, incapable de payer sa caution et qui sera, plus tard, payé au centuple de ses bienfaits d'accompagnant. Lansana Conté peut enfin compter sur ses indécrottables courtisans qui, ayant passé le temps à mentir au chef, craignent de se retrouver brutalement orphelins et de devoir rendre compte un jour d'avoir rendu leur protégé aveugle et insensible à la détresse de ces laissés-pour-compte qui en sont venus à regretter le régime de Sékou Touré.

Enfin, pour défendre et parfaire ce cirque électoral, il fallait trouver à Lansana Conté un clown, un toubib, en fait un brancardier sans états d'âme, foulant au pied l'éthique de ce noble métier, qui jure par tous les dieux que le président est apte à affronter, pour les cinq années à venir, les charges de son mandat présidentiel. Ceux qui trouvent indécent qu'on brandisse la maladie du chef de l'Etat comme thème de campagne, sont les vrais ennemis du peuple guinéen. Le code électoral guinéen qui exige de tout candidat un certificat médical n'a pas été rédigé par des imbéciles. Dans un livre retentissant publié sous le titre "ces grands malades qui nous gouvernent", l'auteur dont je ne retiens plus le nom, expliquait que la plupart des catastrophes politiques et militaires qui ont frappé l'humanité était le fait de dirigeants qui ne jouissaient pas de leurs facultés physiques et mentales. Dans certains pays qui détiennent l'arme nucléaire, la santé des chefs d'Etat est constamment scannée pour leur éviter certaines dérives en cas de malaise. Avec le respect qu'on doit à la vie humaine en Afrique, il faut reconnaître qu'il y a des responsables qui, par leur comportement débile, peuvent nous entraîner, dans un scénario catastrophe. A telle enseigne que certains ne sont pas loin de souhaiter que la nature ait raison sur ces dinosaures qui résistent à l'usure de leurs pratiques antidémocratiques. C'est vrai que, de plus en plus, cette race de pères de la Nation est une espèce en voie d'extinction. Est-ce pour autant que les Africains doivent attendre, avec fatalisme, cette irréversible échéance ? En parcourant l'histoire de l'Afrique, on se rend compte que même nos empereurs n'ont pas battu le record de longévité de nos dictateurs d'aujourd'hui. Encore qu'à l'époque, des mécanismes prévoyant l'alternance existaient bel et bien.

On a même vu de puissants empereurs quitter leur trône souvent par un coup de force. En attendant, l'Afrique et les Africains vont devoir encore compter avec des régimes gérontocratiques, dictatoriaux et totalitaires parce qu'ils ont face d'eux des opposants et des intellectuels collabos qui ont contribué à consolider les pouvoirs en place. Ceux que Frantz Fanon a appelés les "intellectuels colonisés". Tant pis pour ceux qui n'ont pas compris la logique des intellectuels africains.

Liens Pertinents

N'ont-ils pas été abreuvés à la source de l'idéologie de la soif de dominer ? Ils ont été formés à l'école du Blanc pour se substituer à lui et pour dominer, pardon domestiquer leurs frères indigènes. Ils sont devenus alors des collaborateurs rampants devant les chefs d'Etat. De temps en temps, en accord avec leurs maîtres, ils tiennent des propos incendiaires dans les colonnes des journaux pour se faire bonne conscience. Loin des préoccupations domestiques des citoyens, reclus dans leur confort matériel, n'ayant plus aucune base arrière, compromis, ils ne sont plus que des caisses de résonance du roi et prêts à toutes les sales besognes. Comme on le constate, les populations, abandonnées à elles-mêmes, ne peuvent plus compter, ni sur les syndicats infiltrés et politisés, ni sur la société civile relativement jeune et mal structurée, encore moins sur les maîtres d'hier et d'aujourd'hui de l'Afrique qui s'empressent de féliciter par anticipation des présidents mal élus. Prétendument à cheval sur le respect des règles de la démocratie, mais dans la pratique, de connivence avec les détenteurs des pouvoirs illégitimes, les ex-puissances colonisatrices, très au parfum des signes avant-coureurs d'élections mal préparées, se comportent par la suite en pompiers volontairement retardataires, ne laissant aux Africains que la seule consolation de broyer leur chagrin.

Be the first to Write a Comment!

Plus de titres sur allAfrica.com

Copyright © 2003 Le Pays. Droits de reproduction et de diffusion réservés. Distribué par AllAfrica Global Media (allAfrica.com). Pour tout commentaire ou demande d'autorisation de reproduction ou de diffusion, contactez directement le propriétaire des droits en cliquant ici.

AllAfrica collecte et indexe du contenu provenant de plus de 125 organes de presse d'Afrique ainsi que de plus de 200 autres sources d'informations et de nouvelles. Les pourvoyeurs d'informations de AllAfrica gardent l'entière responsabilité éditoriale de leur production. Les articles et documents identifiant AllAfrica comme source sont produits ou commandés par AllAfrica.

AllAfrica - All the Time

SELECT
SELECT

Le top des actualités: Guinée

Rubriques