Serge Alain Godong, à Paris
14 Novembre 2003
Le chanteur camerounais a officiellement présenté son dernier album en France mardi dernier.
Pour donner de la voix à cet émerveillement quasi hypnotique, il y avait ceux, au Cameroun, que l'on ne voit jamais aux abords des rues : Frank Biya et quelques uns de ses potes. Assis comme tout le monde, ou plutôt, comme n'importe qui, sur les chaises rouges du Bataclan. Assis là, dans cette salle où il n'y pas d'espace Vip, pas de chaise spéciale, pas de protocole pour annoncer qu'il y a une personnalité importante, presque rien qui tienne de son haut rang.
Mais simplement, un jeune homme portant une veste sans cravate, des lunettes sans fanfaronnade, une barbe de deux jours, un regard lisse et un sourire sans prétention. On dirait qu'il s'est déplacé de Nice - où il vivrait depuis quelques temps - pour venir assister de ses propres yeux, au concert de Richard Bona, perdu dans le millier de personnes qui sont également venues ce 11 novembre applaudir, s'émerveiller, s'étonner et se laisser envahir par la rare sensation de bonheur et d'extase que procure le passage de ce garçon sur la scène, subjugué par un talent devenu presque maladif.
Le spectacle de Richard Bona à Paris était beau, presque celtique. D'une ivresse qui ramène aux origines du monde. Aux heures où faire de la musique, dans les sociétés primitives de notre espèce, relevait d'une disposition spirituelle confinée dans la tête de quelques initiés : il était alors question de parler aux dieux, d'expier les tourments du monde, de se servir de toutes ces sonorités pour consoler, soigner, soulager des rancunes. La musique a, dès lors, intégré toute sa dimension sacrificielle, question d'être au-dessus du monde pour mieux l'interroger et mieux interpréter ses errances et ses sublimations. Une musique dont il est tellement rassurant de savoir que l'on peut encore l'aimer, dans toute sa profondeur et sa naïveté, dans son expression totale et singulière, dans ses emportements, ce son de guitare basse qui trouble, bouleverse et submerge, enchante et laisse sur toute sa faim lorsque, presque trois heures plus tard, on annonce que tout cela est terminé. Pourquoi si vite ? Pour quoi comme ça ? Pourquoi maintenant ? Parce qu'il serait finalement irréel d'emporter la voix de cet homme dans nos coeurs, laisser perpétuer la douceur de cette voix qui résonne comme une subversion, le refus d'un Cameroun qui accepte la résignation, la médiocrité et la mort.
Be the first to Write a Comment!
Copyright © 2003 Le Quotidien Mutations. Droits de reproduction et de diffusion réservés. Distribué par AllAfrica Global Media (allAfrica.com). Pour tout commentaire ou demande d'autorisation de reproduction ou de diffusion, contactez directement le propriétaire des droits en cliquant ici.
AllAfrica collecte et indexe du contenu provenant de plus de 125 organes de presse d'Afrique ainsi que de plus de 200 autres sources d'informations et de nouvelles. Les pourvoyeurs d'informations de AllAfrica gardent l'entière responsabilité éditoriale de leur production. Les articles et documents identifiant AllAfrica comme source sont produits ou commandés par AllAfrica.