Guy Modeste Dzudié
14 Novembre 2003
En détention préventive à la prison de Bafoussam, l'avocat ne plaide pas encore sa cause.
Prison de Kouogouo Bafoussam, mardi le 11 novembre à 12 heures, c'est 1'heure de visite un soleil radieux bat son plein. L'ambiance semble légèrement détendue. Quelques gardiens de prison s'affairent à assurer l'accès des visiteurs dans cet univers carcéral. Pendant ce temps, certains " locataires " de cette maison d'arrêt passent en portant deux grosses marmites de couscous de maïs devant leur servir de repas de midi. Au vu de l'aspect peu attrayant de ces aliments, certaines femmes présentes à l'extérieur de ce lieu ne parviennent pas à retenir leur indignation. " C'est leur nourriture ça ?", s'exclame l'une d'elles Traduction : il ne fait pas bon vivre à la prison de Bafoussam, comme, ailleurs dans toutes les autres prisons du pays. C'est dans cet " enfer " que Me Lawrence Mongkuo, ancien député et avocat au bureau du Cameroun séjourne depuis le 08 octobre deoenier à la suite d'une plainte déposée contre lui, par l'une de ces clientes, pour abus de confiance aggravé.
Mais au moment où ce détenu reçoit le reporter de Mutations dans la salle d'attente de la maison d'arrêt, il paraît ne pas être affecté par l'atmosphère insoutenable qui y règne constamment. " Je reste membre du barreau des avocats du Cameroun. Je suis tenu par le secret professionnel. Pour ce, j'ai ma version des faits que je ne peux vous communiquer actuellement. J'ai déjà fait ma déposition devant le parquet. Je ne saurais vous déballer son contenu car j'observe aussi le secret de l'instruction ", affirme-t-il, stoïque, après que nous l'ayons invité à nous livrer sa version des faits. Des faits qui, selon la plaignante, datent de novembre 2001. Sollicité pour être le conseil d'une veuve dans une affaire d'indemnisation d'une victime d'accident de circulation, Me Mongkuo va obtenir gain de cause pour sa cliente. La cour suprême qui tranche définitivement ce litige condamne la compagnie d'assurance, partie défenderesse en l'espèce, au payement de 10 millions de F Cfa au titre de dommages et intérêts.
Suivant la plainte déposée par la plaignante, une veuve, son avocat, qui aurait touché cet argent, ne lui a rien remis. D'où les pressions des autorités de la police et du parquet de Bafoussam qui aurait amené, au mois de juin dernier, Me Mongkuo à verser 3 millions à la légitime bénéficiaire de l'indemnité. Las d'attendre le versement des 7 millions restants le ministère public va réactiver sa machine répressive. En attendant que l'information judiciaire continue Contrairement à ce que l'on observe habituellement quand l'un des leurs est impliqué dans une affaire, les avocats de la place observent un mutisme depuis que cette seconde affaire Mongkuo a commencé. Même ses collaborateurs les plus proches sont silencieux.
Ils se réfugient comme leur parrain, derrière le secret professionnel. Au niveau de la représentation provincia1e du barreau de 1'Ouest, aucune manifestation ou action de solidarité n'est envisagée. Me Barthélemy Dzeukou, le représentant du bâtonnier de l'ordre de l'Avocat dans la province, estime que " les avocats ne jouissent d'aucune immunité car comme tout citoyen, ils peuvent être l'objet d'une poursuite judiciaire. L'affaire Mongkuo est encore dans la phase d'instruction, il revient au magistrat instructeur d'apprécier les faits en concluant son travail par une ordonnance de non-lieu ou de renvoi devant le juge ". Si le magistrat opte pour cette seconde alternative ce sera le grand déballage sur cette autre affaire Mongkuo. Etant donné qu'en février 2002, au moment où il était député Sdf à l'Assemblée nationale, cet avocat ait été arrêté à Paris avec une mallette " diplomatique " contenant de la drogue.
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