L'Express (Port Louis)

Ile Maurice: Projet : l'artisanat pour rééduquer des détenus

Marie-Annick SavripÈne

14 Novembre 2003


Port Louis — "Cimins lalimière", piloté par "Craft Academy" et "Kinouété", démarre l'an prochain. Le but du projet : faciliter la réinsertion sociale des détenus. Cinq institutions pénitentiaires en bénéficieront.

UN UNIVERS impitoyable C'est souvent le lot de ceux que la société considère comme différents. Qu'ils soient anciens handicapés mentaux ou ex-détenus, ils ont des fois du mal à trouver du travail.

Touché par cette forme d'ostracisme qui ramène bien souvent ces derniers vers la prison, David Snoxell, haut-commissaire britannique, a décidé de financer un projet de rééducation pour les prisonniers par le biais de l'artisanat. Cinq institutions sont concernés : le Rehabilitation Youth Centre, le Correctional Youth Centre, les prisons de Richelieu et de Petite-Rivière, de même que celle des femmes à Beau-Bassin.

Le projet a été confié à la Craft Academy, dirigée par Patricia Enouf, professeur d'arts sud-africain spécialisé dans l'éducation créative. Une éducation qui tend à réorienter le cerveau du système académique vers de nouvelles méthodes dont la création.

Patricia Enouf, loin d'être une néophyte, encadrait déjà des jeunes de communautés défavorisées, en Afrique du sud, et leur restituait leur dignité à travers des travaux d'artisanat. Il y a 15 ans, la Sud-Africaine crée la Craft Academy : une poterie, et des potiers qu'elle a formés.

L'objectif est de permettre aux jeunes intéressés par l'artisanat de maîtriser la technique. Le rêve de Patricia Enouf prend forme, du moins jusqu'à ce que le marché local soit inondé de poteries indonésiennes à bon marché. Face à la concurrence et devant de pressantes demandes pour des cours d'artisanat ouverts à tous, y compris pour les cas sociaux, Patricia Enouf modifie son orientation.

Depuis six ans donc, les enseignants de Craft Academy donnent des cours payants de mosaïque, de poterie, de batik, de recyclage de papier et de tissus aux personnes intéressées. "Mais puisque je suis très intéressée par le social, je me suis dit que je pouvais aussi lancer des projets en faveur des démunis."

C'est fait depuis l'an dernier avec Out of School Youth Project, un projet parrainé par le haut-commissariat britannique, le UNDP GEF Small Grants Program, le ministère de l'Environnement, la Fondation espoir et développement et plusieurs individuels et compagnies privées. Patricia Enouf sollicite et obtient l'assistance de formateurs étrangers.

Conscience sociale

Out of School Youth Project vise à former 20 jeunes de 16 à 22 ans prématurément, éjectés du système scolaire et recrutés par le biais du Trust Fund for the Social Integration of Vulnerable Groups, aux techniques de recyclage de papier. A la fin de la formation assurée par Véronique Pompom et Camille Sénèque, la directrice de l'académie se rend compte que ces jeunes n'ont aucune connaissance du marketing qui leur permettrait d'être financièrement indépendants. Craft Academy leur offre donc un cours de gestion et de marketing.

Depuis janvier dernier, Craft Academy propose un autre projet social, destiné aux jeunes filles non scolarisées. Dans Girls out of School Project , 20 jeunes filles de 16 à 20 ans, encadrées par Marie-Claire Lajoie et Agnès Pitot, apprennent à fabriquer des objets à partir de tissus, soit des sacs, boîtes, tableaux, ceintures, et coussins.

Le but de ce projet, tout comme celui des jeunes, est de faire d'elles de petits entrepreneurs dans le domaine touristique. Pour Girls out of School Project, Craft Academy a aussi bénéficié du même soutien de ceux cités plus haut.

David Snoxell, convaincu qu'un tel cours serait d'une grande utilité aux détenus qui n'arrivent pas à se réintégrer, demande à Craft Academy d'élaborer un projet de formation à l'artisanat. Patricia Enouf y croit. Avec Clare Towner-Mauremootooa, bénévole à plein temps et formateur à l'académie, elle opte pour une formation en papier recyclé et en tissu en raison de leur prix bas.

Sortir du tunnel

Sophie de Robillard, directrice de Kinouété, association qui encadre et soutient et les femmes détenues à la prison de Beau-Bassin, est mise à contribution. Le projet est baptisé Cimins Lalimière, car selon elles, c'est une formation qui permettra aux concernés de sortir du tunnel.

"Nous allons utiliser l'artisanat pour non seulement reconstruire leur identité mais aussi pour leur redonner aussi le respect de soi et la confiance en leurs capacités."

Il ne leur reste plus qu'à identifier les animateurs et à les former. C'est-à-dire une quinzaine, de 25 ans et plus, intéressés en général par le travail social. Les cours seront de janvier à décembre. Les animateurs seront trois fois par semaine à Craft Academy pour des travaux pratiques et des sessions de formation. Les deux autres jours, soit les lundis et les vendredis ils seront en contact avec 30 détenus dans chacune des prisons susmentionnées.

Les animations se feront par deux. "C'est impératif car un animateur doit soutenir l'autre", estiment Sophie de Robillard et Patricia Enouf. "Les produits des détenus, précise cette dernière, seront de qualité et pourront même se vendre", spécifie la directrice de la Craft Academy.

Le Premier ministre, Paul Bérenger, informé par le haut-commissariat britannique, approuve pleinement le projet. De même que les autorités pénitentiaires dont Ginette Tanthia, directrice de la prison des femmes à Beau-Bassin.

Liens Pertinents

Un an sera-t-il suffisant pour transformer des détenus en petits entrepreneurs ? Patricia Enouf et Sophie de Robillard ne fixent aucun délai précis. "Nous avons pensé à un an de formation mais si le ministre de la Sécurité sociale et des institutions réformatrices se montre intéressé, le cours peut s'étendre. Nous aurions même souhaité avoir quelques fonctionnaires comme futurs animateurs afin que Cimins Lalimière devienne un partenariat non gouvernemental-Etat."

Des futurs animateurs, Patricia Enouf et Sophie de Robillard attendent un sérieux engagement. "Nous recherchons des personnes sérieuses, portées pour le social et sans tabous qui ne portent pas de visières. Leur encadrement permettra aux détenus d'envisager un nouveau départ, une nouvelle vie en pleine lumière "

Les personnes intéressées sont priées de contacter Craft Academy au 12, Cossigny Avenue, Quatre-Bornes ou de téléphoner au 427-6712.

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