Myette Ahchoon
14 Novembre 2003
Port Louis — Le calendrier scolaire 2003 est égréné. En ce dernier jour d'école, que dit le bulletin ? Des bonnes notes, certes, mais quelques-unes en dessous de la moyenne. Parce que certaines promesses n'ont pas pu être tenues
Après avoir mené avec succès la transition du ranking au grading et après l'avancement satisfaisant des travaux de construction des nouveaux collèges d'Etat, le ministre de l'Education, Steven Obeegadoo, avait promis que l'année 2003 serait celle de l'éducation primaire. A l'agenda : la réforme de la pédagogie. Environ 15 % des 10 000 enfants qui échouent au Certificate of Primary Education (CPE) eux ne savent ni lire ni écrire. Le seul moyen d'y rémédier est de revoir l'approche pédagogique.
Des mesures ont été introduites avec ce but en tête, sous la forme du programme Literacy & Numeracy et du projet Zone education prioritaire. Porteurs d'espoirs, ces projets fondamentaux vise l'un à amener l'enfant à mieux maîtriser la base de l'écriture, de la lecture et du calcul à travers une méthode axée sur une participation active de l'apprenant et sur des travaux en groupe et l'autre à promouvoir un accompagnement scolaire par des parents encadreurs et la communauté. Toutefois, la mise en pratique de ces projets s'est révélée difficile. Et la pédagogie a été quelque peu négligée au profit d'autres aspects.
Qu'est-ce qui a calé dans l'introduction du Literacy & Numeracy Programme ? Enseignants, maîtres d'école et inspecteurs sont unanimes à évoquer les raisons suivantes : absence de formation et de "teaching aids", contrainte de temps pour la préparation, manque d'espace, classe surpeuplée. Ils sont nombreux aussi à penser que la nouvelle approche aurait dû s'appliquer uniquement aux enfants ayant des difficultés d'apprentissage. "Le concept est faussé car le but initial était de faire un effort spécial en faveur des enfants les plus faibles de la classe", souligne un enseignant de Std V. Enfin, démarrer le projet au troisième trimestre ne s'est pas révélé être une démarche très judicieuse. Ce trimestre, le plus court du calendrier scolaire, est généralement consacré à la période des révisions. L'école a donc eu très peu de temps pour tester cette nouvelle formule d'apprentissage.
Le responsable du projet, Prem Saddul, le concède. Le projet a, en outre, dit-il, "démarrer avec un peu de retard". "Il a débuté sur une base expérimentale et il y a quelques ajustements à faire, mais nous sommes sur la bonne voie", dit-il. Il promet que 2004 verra un concept beaucoup "plus rodé" grâce à l'apport des experts étrangers, notamment de l'Angleterre, de l'Australie qui étaient récemment au pays. "Des inspecteurs de l'Ecole nationale de la Réunion sont aussi attendus pour nous aider à revoir le guide des enseignants. J'irai peaufiner ensuite tout le projet en Angleterre", annonce le Project Manager.
Un projet formidable
Le projet ZEP a également démarré au troisième trimestre. Il concerne une trentaine d'écoles considérées comme les "Low achieving schools". Aide alimentaire, rénovation des locaux, parents encadreurs, suivi personnalisé, carnet de santé, présence de psychologue, travailleurs sociaux agissants comme "médiateurs entre l'école et la maison" un projet formidable que la population a bien accueilli. Pour l'instant, ses concepteurs, se sont concentrés sur l'amélioration des infrastructures et sur l'aide alimentaire. Les enfants des ZEP bénéficient d'un "tiffin" et évoluent dans des locaux beaucoup plus agréables. Le mobilier aussi a été renouvelé.
Le Project Coordinator est satisfait du démarrage. "Nous avons été en rodage cette année mais dans l'ensemble nous sommes bien partis", constate Eshan Abdool Raman. Il est trop tôt toutefois, selon lui, pour faire une évaluation. Il promet que le défi en 2004 sera axé sur la méthodologie de l'enseignement. "Le plus important dans ce projet doit être le combat pédagogique." Mais alors, le programme d'études ne devrait-il pas être allégé et adapté au rythme de l'apprenant ? "Difficile d'avoir deux programmes dans un seul système", répond-il.
D'autres projets ont accusé du retard. L'enseignement de l'Information & Communication Technology (ICT) a été en dents de scie. Les enseignants sont bien en poste mais les 317 IT Labs ne sont toujours pas opérationnels. "C'est un projet compliqué et d'envergure qui coûte beaucoup d'argent. Il faut procéder par étape," explique Prem Saddul. Au parlement mardi, le ministre de l'Education indiquait que des appels d'offres pour une dizaine de laboratoires ont été lancés. Un IT lab va coûter environ Rs 1,2 m et une somme d'un Rs 1 milliard est nécessaire pour l'ensemble du projet.
L'autre dossier que le ministère devrait boucler avant la fin de cette année concerne le "Citizenship Education", matière introduite l'année dernière. Une mauvaise planification de l'enseignement de cette matière a résulté en l'abandon le mois dernier du projet d'évaluation nationale pour les Stds IV et V. Les trois manuels destinés aux Stds IV, V et VI n'ont toujours pas vu le jour. Deux chargés de cours au MIE auraient été approchés il y a une quinzaine de jours pour préparer de nouveaux manuscrits. Selon nos renseignements, un Ad hoc High-level Committee se serait réuni hier après-midi pour décider de la marche à suivre concernant l'inclusion de cette matière aux prochains examens du CPE mais pour décider aussi de l'avenir de l'enseignement de l'ICT. Le cabinet pourrait trancher ce matin.
Ces nombreux dossiers en suspens ne devraient cependant pas occulter un changement majeur noté dans nos écoles cette année : l'ambiance plus détendue dans laquelle étudient désormais les enfants. Ce sont là les bienfaits de l'abolition du ranking. Les enseignants et les maîtres d'écoles, volontiers, soulignent ce changement d'atmosphère. "La pression a diminué parce qu'il n'y a plus de rat race. Cela ne veut pas dire qu'il y a relâchement de notre part. Nous avons toujours cette responsabilité de rehausser le niveau de l'école", témoigne cet enseignant de l'école Beau-Séjour. En somme, l'environnement est maintenant propice pour enclencher les changements souhaités sur le plan pédagogique
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