Alain BarbÉ
14 Novembre 2003
Port Louis — L'OMBRE de la prochaine centralisation dans l'industrie sucrière, et en particulier dans le Sud, a plané hier lors de la cérémonie de pose de la première pierre de la centrale de la Compagnie thermique du Sud (CTDS), à Union-St-Aubin.
A cette occasion, le Premier ministre, Paul Bérenger, a affirmé qu'une proposition ministérielle concernant l'institution d'un High-Powered Committee (HPC) pour planifier la centralisation sera examinée par le Conseil des ministres ce matin. Le projet de la CTDS de construire une deuxième centrale, une thermique bagasse-charbon cette fois, a été abordé par Jacques d'Unienville, président de la compagnie. Après 2006, précise-t-il, toutes les centrales auront en effet à utiliser en même temps la bagasse etle charbon.
Ce comité de haute instance, qui sera institué par le ministère des Services publics, sera chargé de conseiller le gouvernement sur le modus operandi relatif à la mise sur pied de centrales bagasse- charbon, tenant compte, bien sûr, des intérêts des investisseurs potentiels dans ce domaine, des producteurs sucriers et de la communauté des planteurs. Le comité se penchera sur la centralisation car cela s'insère dans le cadre de la construction des prochaines centrales bagasse-charbon.
Le Premier ministre a souligné que le gouvernement a "bien planifié" la production énergétique à court, moyen et long termes. Car outre cette centrale de la CTDS, il y a le projet de renouvellement des moteurs de la station St.-Louis, à Port-Louis qui est à l'étude. Mais après, dit-il, ce sera la construction de centrales bagasse-charbon, conformément à la politique énoncée par le gouvernement.
Un point sur lequel Pravind Jugnauth, ministre des Finances et de l'Agriculture, et Alan Ganoo, ministre des Services publics, sont revenus. Pour ces trois membres du gouvernement il est clair que la stratégie "sans équivoque" énoncée dans le Sugar Sector Strategic Plan n'a jamais été remise en question.
Grand besoin futur en énergie
Outre les productions énergétiques par la centrale de CTDS et de St-Louis, le pays aura besoin des capacités additionnelles de 96 mégawatts entre 2006 et 2010 pour satisfaire les demandes. Ce qui fait qu'à partir de 2006 tous les projets de production d'énergie doivent nécessairement privilégier l'exploitation optimale de la bagasse dans les centrales bagasse-charbon. Actuellement, la part de la bagasse dans la production de l'électricité est de 18 % et celle du charbon de 25 %.
Paul Bérenger n'a toutefois pas manqué de dire que "le gouvernement et le CEB étaient sous pression mais que les négociations ont abouti à temps". Pour lui, il est clair que ces négociations entre le CEB et la CTDS "étaient engagés dans une course contre la montre". D'ailleurs, Pravind Jugnauth a dit qu'en face du "seuil critique" prévu en 2005, le gouvernement et le CEB ont agi "promptement" au sujet de la CTDS.
Les trois ministres sont unanimes sur les procédures suivies lors de ces négociations pour l'achat de l'électricité produite par la CTDS. "Tout a été fait de façon professionnelle et dans la transparence la plus totale. Tel sera le cas pour les négociations à l'avenir pour la construction des centrales bagasse-charbon", a dit Paul Bérenger.
Le Premier ministre a dit que le gouvernement aura à dégager une stratégie qui permette à Maurice de respecter ses obligations envers l'Union européenne, de préserver nos acquis sous le Protocole sucre et d'utiliser en même temps, de façon optimale, la bagasse pour la production énergétique et la mélasse pour la production de l'éthanol pour le marché local et l'exportation.
Une arrivée opportune
La construction de cette centrale arrive au moment opportun, d'une part en raison de la croissance de la demande, et d'autre part, à cause du danger de la baisse de prix de sucre exporté. Jacques d'Unienville s'est aussi attardé sur le prochain projet de la CTDS. "Nous savons que le pays aura besoin de capacité additionnelle d'énergie dans un avenir très proche et nous souhaiterions pouvoir associer la construction d'une autre centrale thermique bagasse-charbon avec la restructuration vitale de la production sucrière de deux usines vers une plus grande usine centrale", dit-il.
Selon lui, cela procurerait l'avantage de favoriser la production d'énergie à partir de la bagasse. Son utilisation efficiente dans le cadre de projets mixtes de co-génération comporte des avantages économiques, stratégiques et environnementaux importants pour le pays.
Le développement de tels projets à partir de la bagasse est essentiel aux projets de centralisation, condition sine qua non pour atteindre l'objectif de compétitivité fixé dans le Sugar Sector Strategic Plan.
Paul Bérenger et Jacques d'Unienville ont mis en lumière l'importance de cette centrale à charbon, dont la pose de la première pierre a eu lieu hier, pour la région sud de l'île et les besoins de la croissance de la demande, surtout avec les nouveaux hôtels qui seront construits au Morne, à Bel-Ombre et à St.-Félix.
"Cette centrale permettra d'augmenter les capacités de production d'énergie pour faire face à la demande croissante, de mieux équilibrer la fourniture électrique au niveau du réseau national et de desservir de manière plus efficiente la région en diminuant les pertes sur les lignes de transmission vers le sud de l'île", ajoute Jacques d'Unienville.
D'une capacité de 30 MW, la centrale, qui ne fonctionnera qu'au charbon, nécessitera des investissements de Rs 1,3 milliard. Les travaux de construction ont été confiés à la compagnie mauricienne Sotramon Ltée. La centrale sera en opération en octobre 2005.
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