Libération (Casablanca)

Maroc: Des scientifiques au chevet du cèdre du Moyen Atlas

Kamal Mountassir

14 Novembre 2003


Marocains, Américains, Italiens, Japonais, Hollandais et autres chercheurs internationaux de différentes disciplines sont venus de Gibraltar à Khénifra pour présenter les résultats de leur étude sur la mortalité du cèdre du Moyen Atlas et des dangers qui le guettent.

Il s'agit-là encore d'une initiative louable de la part de l'Association Oum Erabia pour l'environnement et la culture qui a pu convaincre ces chercheurs internationaux de venir exposer les conclusions de leur étude.

Cette rencontre scientifique destinée à la sensibilisation des différents intervenants et surtout la presse, a présenté un constat alarmant sur le sort de la cédraie au Maroc qui a des avantages à plusieurs niveaux : régulation de l'écoulement des eaux, protection des sols, procuration d'énergie et plantes médicinales et reste une opportunité de loisirs et de tourisme donc pour le développement durable.

Selon ces spécialistes qui opéraient une visite post-conférence, (rencontre de Gibraltar), la forêt du cèdre au Maroc représente la plus grande superficie de cédraie en Méditerranée. Mais l'arbre et son milieu sont sujets à la surexploitation et aux ravages. Aujourd'hui, la cédraie marocaine est en réel danger. Cette forêt est importante non seulement pour les espèces, mais aussi parce qu'elle constitue un écosystème complexe, composé d'espèces animales qui ne peuvent survivre ailleurs.

Sa disparition constituerait une perte de la biodiversité et aurait des conséquences graves sur les êtres humains et des répercussions inquiétantes sur les conditions socio-économiques.

Alors à part l'action de l'homme, quelles sont les causes naturelles de la mortalité du cèdre?

Pour le professeur Mohamed Mouna de l'Institut scientifique de Rabat, les chenilles appelées processionnaires causent des dégâts graves sur les cèdres et les pins et des désagréments pour l'homme (urtications, accidents respiratoires )

Mais les plus dangereuses de ces chenilles sont certainement les tordeuses (acleris unulanar) qui attaquent l'arbre quel que soit son âge et se nourrissent essentiellement sur les nouvelles feuilles. Plus désastreux encore, c'est le cycle d'apparition de ces deux chenilles qui est complet et ne laisse aucune trêve au cèdre pour récupérer à travers le chevauchement dans le temps. Ces chenilles sont un danger inquiétant pour la cédraie marocaine. Les xylophages, autre espèce de chenille, donnent le coup de grâce à l'arbre puisqu'elles interviennent à l'étape qui suit l'affaiblissement de l'arbre.

Hormis ces chenilles, le singe magot ou le macaca sylvanus, qui est un animal typiquement lié à l'écosystème de la forêt au Moyen-Atlas, a été au centre d'une certaine polémique : Est-il responsable de la dégradation de la forêt du cèdre?

Pour les chercheurs internationaux présents à la rencontre de Khénifra, la réponse est presque négative. Certes, le magot utilise l'écorce de cinq espèces pour obtenir un complément nutritionnel et de l'eau mais seulement dans les saisons sèches où il ne peut trouver de l'eau ou lorsqu'on l'empêche d'atteindre les points d'eau. De plus, ce phénomène est localisé, selon ces études scientifiques, dans certains massifs seulement. De toute manière, cette étude tente de minimiser l'impact du singe magot par rapport aux autres facteurs dévastateurs de la cédraie. Elle conclut que l'animal ne tue jamais l'arbre. D'autre part, les produits du cèdre restent les moins appréciés par le magot.

En ce qui concerne sa pullulation liée à l'absence d'un prédateur naturel tel le lynx ou la panthère, les chercheurs se demandent comment dans un milieu hostile et dégradé peut multiplier une espèce animale qui dépend étroitement des conditions dans ce milieu.

Pour eux, c'est le contraire qui s'est produit : la densité des singes a été de 28 individus au km2, en 1995 et a régressé 16/km2 en 2002.

Pour ces spécialistes venus des quatre coins du monde au chevet de la cédraie, le singe et le cèdre constituent deux éléments essentiels d'un même écosystème ayant fonctionné en parfait équilibre et harmonie depuis des centaines de milliers d'années. La conclusion est que le but recherché doit être une utilisation rationnelle et adéquate de l'ensemble de la biodiversité, dont la cédraie, pour un développement durable de la région.

La cédraie est certainement un patrimoine naturel universel unique et fragile qui doit être protégé. Pour ce faire, il est impératif d'ouvrir un nouvel horizon de collaboration efficace et fructueuse entre scientifiques, population, ONG locales et gestionnaires. Et la rencontre de Khénifra organisée par l'Association Oum Erabia pour l'environnement s'inscrit dans cette dynamique.

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