Fraternité Matin (Abidjan)

Côte d'Ivoire: U.E: 'L'argent est là, mais réunifiez d'abord le pays'

Paulin N. Zobo

14 Novembre 2003


Abidjan — Le président de la Commission européenne, M. Romano Prodi a achevé hier, sa visite de travail de 24 heures à Abidjan. Il a eu plusieurs échanges notamment avec le Président de la République Laurent Gbagbo, le Premier ministre Seydou Elimane Diarra, le Comité de suivi de l'accord de Linas Marcoussis, les signataires de Marcoussis, les responsables des cultes et les opérateurs économiques.

L'audience que lui a accordée le Chef de l'Etat à la mi-journée s'est déroulée en présence du président de l'Assemblée nationale, le Pr Mamadou Koulibaly, du président du Conseil économique et social, Laurent Dona-Fologo, et du ministre d'Etat, ministre de l'Economie et des Finances. Rien n'a filtré de ces discussions à huis clos mais on imagine aisément qu'il a été question de l'assistance financière de l'Union européenne à la Côte d'Ivoire et "des problèmes politiques très graves" dans notre pays, évoqués déjà le mercredi soir à son arrivée. Au terme de son séjour, il a animé une conférence de presse à l'hôtel Tiama au cours de laquelle il s'est prononcé sur le processus de paix dans l'impasse depuis près de deux mois. Mais aussi sur les implications négatives dans les différents secteurs: économie, social et humanitaire. "Une crise profonde".

M. Prodi a fait état de sa préoccupation par rapport à la crise ivoirienne qui perdure depuis son déclenchement le 19 septembre 2003. Une préoccupation suivie toutefois d'un peu de désespoir. "Il faut faire vite, a-t-il supplié, pour aller à la réunification du pays". Le président de la Commission européenne a réitéré l'engagement de Bruxelles. "L'UE est engagée par la paix en Côte d'Ivoire. Et la paix c'est l'accord de Linas Marcoussis", estime-t-il. Présent à Klébert, il a soutenu que le monde en est sorti satisfait de ces échanges. Aussi ne comprend-il pas le blocage actuel. En tout cas, il s'est refusé à décaisser des fonds tant que la réunification, la paix, le désarmement ne sont pas devenus réalité. Sinon les 400 millions d'euros, promis sont disponibles mais gelés par prudence. Pas de financement pour la stratégie de développement et l'aide à long terme. Seul geste, l'aide humanitaire.

Si la non-application intégrale de l'accord de Marcoussis apparaît comme les causes de l'impasse, Romano Prodi estime en revanche que les responsabilités devraient être partagées. En effet, de ses échanges avec le Chef de l'Etat, il retient que Laurent Gbagbo "est engagé en faveur de Marcoussis mais ça dépend aussi de l'autre côté". L'hôte de la Côte d'Ivoire est d'avis avec le Président, que les ministres des Forces nouvelles qui ont quitté le conseil de gouvernement doivent le réintégrer. "Je suis absolument d'accord car nous ne pouvons admettre que le pays soit divisé en deux. Il faut pacifier les esprits, arrêter la violence, lutter activement pour mettre fin à la division du pays".

L'Union européenne a-t-elle des moyens de pression politique pour contraindre le pouvoir ivoirien ? "Aucun bâton, seulement la carotte", a affirmé le conférencier. Le seul bâton n'est que le cri de cœur que poussent les pays membres.

M. Romano Prodi, estimant que la crise ivoirienne a de sérieuses répercussions dans les pays de la sous-region, a décidé de se rendre également au Burkina Faso hier à 18h.

Paulin N. Zobo

• "La solution est interne"

Il n'y a aucune possibilité pour la Côte d'Ivoire de sortir de la crise sans aide financière", par contre "la solution politique ne dépend que des Ivoiriens". A affirmé, hier, le président de la Commission européenne, M. Romano Prodi, après des échanges avec le Premier ministre Seydou Diarra et des membres du gouvernement. Il y a quelques semaines, de retour d'un voyage à l'étranger, le Cardinal Bernard Agré avait proposé cette même piste. Les partis politiques signataires des accords de Linas-Marcoussis, tout en reconnaissant et saluant les efforts fournis par la Communauté internationale, sont tous désormais convaincus du rôle prépondérant que les Ivoiriens doivent jouer pour parvenir à la réunification du pays et à la paix. "Ce n'est pas au niveau des communautés européennes que les blocages vont être levés, c'est chez nous", a soutenu M. Noël Némin du PDCI après un bref échange, hier, à l'hôtel Tiama avec M. Prodi et sa délégation. Ce qu'il faut, suggère-t-il, c'est "la volonté de réussir (... ) donc il nous appartient de prendre les dispositions mentales, intellectuelles, morales pour résoudre notre crise". Le Pr Alassane Salif N'Diaye (UDPCI) a été, lui aussi, sensible à l'exhortation de M. Prodi. "C'est un appel qu'il nous a lancé, pour que nous mettions toutes nos énergies ensemble, que nous ramions dans la même direction, afin que les souffrances de nos populations puissent cesser". La solution proposée, a pour sa part fait remarquer le Dr Cissé Ibrahim Bacongo du RDR, est "la délégation effective des pouvoirs" du Président de la République au Premier ministre. Mais aussi que "les ministres puissent nommer de façon responsable et autonome leurs collaborateurs directs et les responsables des structures sous tutelle". Cet effort, a-t-il ajouté, doit être l'œuvre du Chef de l' Etat, car " seul détenteur du pouvoir exécutif ". Venu, a-t-il répété, "pour essayer de contribuer à la paix et à la réconciliation dans le pays", M. Romano Prodi s'est par ailleurs inquiété de la violence qui caractérise les médias ivoiriens. "Des médias partisans et violents de part et d'autre" alors qu'ils devaient contribuer à la pacification des esprits.

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