La Tribune (Algiers)

Algérie: Situation économique en Algérie : adaptation de la réglementation commerciale dans la perspective de l'adhésion à l'OMC

Mohamed Medjahdi

15 Novembre 2003


Située au centre de l'Afrique du Nord, l'Algérie constitue une interface naturelle d'échanges commerciaux sur le plan régional et méditerranéen, rôle qu'elle peut jouer de manière plus importante au vu des potentialités offertes par les multiples partenariats.

Cependant, en matière de commerce extérieur, la majorité des exportations algériennes sont constituées d'hydrocarbures à une hauteur moyenne de 95%, le reste étant composé de produits pétrochimiques, de produits agricoles et autres biens manufacturés (400 millions de dollars par an). L'Algérie est donc un pays mono-exportateur, dont les importations tournent à près de 13 à 15 milliards de dollars par an (équipements, intrants à la production, produits alimentaires, produits pharmaceutiques ). Les principaux partenaires commerciaux de l'Algérie sont la France (premier fournisseur), l'Italie (premier client), l'Espagne, les Etats-Unis, l'Allemagne, la Turquie, le Canada et la Chine. Le rapport sur la situation économique en Algérie indique par ailleurs que, depuis 1998, l'Algérie est membre observateur de l'Organisation mondiale du commerce. Les négociations multilatérales en vue de son adhésion à part entière ont repris en février 2001 et en sont au quatrième round, ayant pour ordre du jour les positions tarifaires (décembre 2002). Sur le plan de la politique commerciale, l'introduction en Algérie de produits étrangers a été longtemps soumise à une valeur administrée, faisant de ce pays l'un des marchés les plus protégés.

La valeur administrée a été supprimée et remplacée, dès 2001, par un nouveau barème de taxes. Il s'agit du Droit additionnel provisoire (DAP). Cette taxe douanière oscille entre 10 et 60%, selon les produits, et devra disparaître totalement six ans après son application. Pour cela, une baisse annuelle de 12% est inscrite chaque année dans la loi de finances.

Démantèlement des barrières douanières

Le démantèlement des barrières douanières entre aussi bien dans le cadre de l'Accord d'association avec l'Union européenne et celui de l'adaptation de la réglementation commerciale en vue de l'adhésion à l'OMC.Pour l'heure, les négociations avec les principaux partenaires (Union européenne, Etats-Unis, Canada et Turquie) ont été finalisées, ainsi que celles bilatérales et devraient prendre fin en 2004, année à laquelle le gouvernement algérien a annoncé être en mesure d'adhérer à l'OMC en tant que membre à part entière, après la révision de près de 70 textes de loi et de réglementation. En attendant, la diversification des échanges, soit la promotion des exportations hors-hydrocarbures, reste l'une des priorités du gouvernement. C'est au centre de cette problématique que se situe l'effort de mise à niveau en Algérie, qui reçoit l'aide et le soutien de l'Union européenne (programme MEDA) et de l'ONUDI. En effet, et au-delà des avantages comparatifs sur les coûts de revient et le bas prix de la main-d'oeuvre, les produits nationaux butent sur les barrières des normes auxquelles très peu répondent.

Dans l'attente d'un nouveau code maritime

Conformément aux encouragements de l'OMC aux pays membres pour que ces derniers s'intègrent dans les ensembles régionaux, il est à noter dans ce sens que l'Algérie a paraphé l'accord pour l'instauration d'une zone arabe de libre-échange (comprenant tous les pays arabes, à l'exception de la Tunisie et de la Libye). Cet accord est entré en vigueur dès 2003. Dans cette veine, un programme de modernisation de l'administration douanière (par l'informatisation) et une décentralisation dans la gestion des ports commerciaux du pays (7 au total) ont permis une certaine accélération du traitement des marchandises. Mais cet effort reste insuffisant, sans l'entrée en vigueur du nouveau code maritime qui allégera l'intervention de l'administration et confiera les activités commerciales et de services aux opérateurs privés. De même, il est enregistré un retard dans l'instauration de la zone franche de Bellara, située dans le port de Djendjen, et qui reste une importante infrastructure (wilaya de Jijel, 450 km à l'est d'Alger). Quant à la promotion des produits dits exportables (agricoles et manufacturés, notamment), ce sont deux organismes, à savoir l'Office national des foires et manifestations (SAFEX) et l'Office national de promotion du commerce extérieur (PROMEX) qui jouent le rôle d'interface et de soutien aux producteurs algériens. La SAFEX est l'organisatrice de la Foire internationale d'Alger, qui enregistrera en 2003 sa 36ème édition. Le troisième organisme qui partage cette fonction est la Chambre algérienne de commerce et d'industrie (CACI), en organisant plusieurs fois par an des foires et des rencontres au profit de ses membres à l'étranger. Au niveau organisationnel, les chambres régionales de commerce et d'industrie se sont organisées en confédération en octobre dernier, cependant que la CACI constitue la traduction au niveau central de l'ensemble de ces organismes.

41 000 opérateurs agréés aux opérations d'import-export

Le secteur du commerce en Algérie est dominé par le retrait progressif de l'Etat (libéralisation des prix et des services de la distribution), accompagné d'une plus grande implication des opérateurs privés. En décembre 2001, le nombre d'opérateurs agréés aux opérations d'import-export était de 41 000. Ce chiffre devrait baisser sensiblement suite à la réorganisation du secteur induite par la loi de finances 2003.Enfin, au chapitre de la grande distribution, la dissolution des Entreprises de galeries algériennes (EDG), dans les années 1990, a privé le pays d'un opérateur à même de couvrir un immense territoire et des centaines de grandes surfaces, autrefois emplies de produits subventionnés. Depuis 2001, le marché de la distribution, de grands groupes privés nationaux et internationaux annoncent leur intérêt pour la filière. On citera le groupe Blanky (évoluant dans le trading international, l'agroalimentaire), le leader européen CFAO et le prestigieux américain People Market qui sont en train d'étudier chacun des segments de marché et les besoins de consommation. Pour l'instant, c'est le groupe algérien Blanky qui semble décidé à investir le plus. Traditionnel connaisseur du marché algérien, cet opérateur a déjà monté sa centrale d'achat et s'apprête à monter ses unités de distribution au sein des ex-galeries qu'il vient d'acquérir, à la mi-2002.

Nouvelle organisation du tissu industriel

L'Algérie s'est attachée, depuis 1995, à restructurer son paysage industriel et s'apprête aujourd'hui à franchir une nouvelle étape, celle de la privatisation du secteur industriel public. Dès les années 1990, l'Algérie s'est engagée dans un processus de restructuration de son secteur industriel, constitué à 80% d'entreprises publiques (les 20% restants étant des PMI-PME privées). La nouvelle organisation du tissu industriel détenu par l'Etat a commencé en 1995, avec la création de holdings qui avaient pour mission de préparer les entreprises publiques à ouvrir leur capital, avec l'objectif de trouver des partenaires à même de maintenir l'emploi, d'équilibrer leur trésorerie et de les mettre à niveau. Les grands complexes industriels sont ENIE (électronique), ENIEM (électroménager), SIDER (sidérurgie) et SNVI (mécanique). Le géant de la sidérurgie SIDER a réussi son partenariat avec la firme indienne ISPAT LNM. Les deux autres complexes (ENIE et ENIEM) ont été mis sous la direction de comités de pilotage (MPPI, Syndicat, SGP) chargés de développer des solutions. Quant à la SNVI, les négociations avec Renault V. I. (véhicules industriels) et MAN (Allemagne) sont en cours. A la fin de 2000, la restructuration, menée par les holdings publics, a redimensionné et filialisé le secteur industriel public en 400 entreprises. Toutes les activités filialisées sont opérationnelles. Celles-ci couvrent l'ensemble des industries manufacturières : activités de base (mécanique, sidérurgie, métallurgie), composants électriques et électroniques, agroalimentaire Selon les chiffres du ministère de l'Industrie, il est enregistré un retour à la croissance du secteur industriel (+8%) dès 1998. Cependant, en dehors des activités liées aux dérivés des hydrocarbures, des baisses annuelles de l'indice général de la production sont enregistrées (-2% en 2001 et -1,3% en 2002). Cela, en dépit des 9 milliards d'euros que l'Etat a injectés ces dix dernières années pour éponger le déficit du secteur industriel public, et qui n'ont pu éviter l'enlisement de certaines branches, à l'image des filières textiles et cuirs, sidérurgie-métallurgie et celle dite du papier bois. D'autres, comme la mécanique, l'électronique ou l'agroalimentaire, ont réussi leur adaptation, grâce au concours de l'Etat, en raison de l'importance des grands complexes industriels et du nombre d'emplois qu'elles génèrent.

Mise à niveau des entreprises privées et privatisations

Quant à la privatisation, cette option s'inscrit en droite ligne dans la politique de restructuration des entreprises publiques qui ambitionne de les préparer à la privatisation. La première étape étant le partenariat avec, pour objectif, d'aboutir à la mise à niveau des unités industrielles et à l'accroissement de leur compétitivité. Cet effort est soutenu par des aides multilatérales, dont la plus probante reste, notamment, le programme MEDA de l'Union européenne (140 millions d'euros pour l'Algérie, dont 5 millions d'euros pour l'industrie). Pour l'heure, près de 89 entreprises sont déjà inscrites dans ce processus, dont 30 entreprises privées. Durant cette même période, le secteur privé a connu une nette évolution. Le nombre des entreprises privées dans e secteur industriel s'élève à 25 000 (selon le ministère de l'Industrie et de la Restructuration). Il est classé loin devant le secteur public dans plusieurs filières, notamment l'agroalimentaire (Coca-Cola, Pepsi ).

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