Bernard Saminaden
15 Novembre 2003
Port Louis — Cehl Meeah, détenu pendant trois ans à la prison de la Bastille, n'a eu à sa sortie qu'une requête: rencontrer le Premier ministre pour lui faire part du traitement qui lui a été infligé derrière les barreaux. Il a eu l'occasion mercredi de faire sa plainte à Paul Bérenger mais n'a pas voulu révéler publiquement de quelle manière il a été "maltraité".
A l'instar de Cehl Meeah, ils ont été nombreux depuis le début de cette année à se plaindre de l'administration. L'ombudsman reçoit en moyenne chaque mois 300 plaintes, la Commission des droits de l'homme, une cinquantaine. Cela représente une hausse moyenne de 50% par rapport à l'année précédente, selon les deux instances.
Toutefois, précise Soleiman Hatteea, ombudsman, contrairement à ce qu'allègue Cehl Meeah, il est surtout question de problèmes "d'intendance" : mauvaise qualité de la nourriture, non-respect des droits de visite, agressions jugées injustes par les prisonniers, etc. "Dans la grosse majorité des cas, les plaintes sont vraies," indique l'ombusdman. Mais il ajoute que c'est un phénomène mondial. Car le prisonnier, dans sa tête, reste "libre". Et la moindre restriction, aussi infime soit-elle, à son espace de liberté déjà restreint lui est intolérable.
RESPECTER LE DROIT DES PRISONNIERS
Les responsables de l'administration pénitentiaire, de leur côté, persistent à affirmer que tout est mis en oeuvre pour que soient respectés les droits des prisonniers, qui leur sont désormais lus à leur arrivée à la prison. Les standing orders régissant le fonctionnement interne sont observés. Preuve que la situation est correcte, dit Dass Joganah, responsable de l'inspection des prisons depuis quelques mois, le système de recours aux instances de réparation fonctionne.
Il est vrai cependant que de prison en prison, le traitement varie. Car il faut savoir que le prisonnier est orienté vers telle ou telle prison suivant la gravité de l'offense et la durée de la peine. A La Bastille, où était incarcéré Cehl Meeah, la vie est plus rude qu'ailleurs. Trois mois dans cet établissement est d'ailleurs la sanction suprême en cas d'indiscipline pour les prisonniers détenus dans les autres établissements.
A Beau-Bassin ou à GRNO, divers travaux - menuiserie, jardinage, cuisine - occupent les prisonniers. A Richelieu, où sont hébergés les prisonniers sur le point d'être remis en liberté, ils ont le droit de quitter l'enceinte de la prison pour des travaux. En revanche, à Phoenix, de même qu'à Petit-Verger où sont expédiés les dangereux criminels, l'espace de liberté est plus restreint.
A la prison dite de haute sécurité de la Bastille à Phoenix, où seuls 20 prisonniers sont incarcérés, le détenu reste en cellule 22 heures d'affilée. Il n'en sort qu'une heure durant le matin et une heure l'après-midi pour faire quelques exercices physiques. Comme cela se fait ailleurs, les lumières sont éteintes à 20 heures. Elles sont rallumées à 6 h 30, heure à laquelle la matraque du garde-chiourme glisse le long des barreaux pour sonner le réveil. Pas de parties de dominos après le dîner (servi à 16 h 15), contrairement aux autres prisons. Mais ils ont droit, comme les autres, à la radio.
La prison de la Bastille n'a rien d'inhumain, soutient cependant Dass Joganah. «Elle est calquée sur les prisons de haute sécurité comme il en existe dans les pays développés», dit-il. En outre, bien qu'enfermé une grande partie de son temps, le prisonnier a une certaine marge de mouvement : la cellule a la superficie moyenne d'une chambre à coucher, 10 mètres par 12.
Que dire du traitement différencié entre prisonniers, comme l'allègue également Cehl Meeah? Ayant passé trois ans à la prison de Beau-Bassin, Ah Koy Ramdally, ancien culturiste âgé de 35 ans, confirme que des détenus sont privilégiés par rapport aux autres. « Certains fauteurs de troubles ne sont nullement inquiétés parce qu'ils collaborent d'une certaine façon avec les surveillants en leur donnant des informations cruciales sur des détenus.»
Dass Joganah est confiant. La réforme des prisons est enclenchée. Tout comme le Premier ministre a promis à Cehl Meeah «d'agir vite», l'ancien assistant commissaire de police est convaincu que tout travers que l'on peut reprocher à ces institutions est en passe d'être corrigé.
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