Le Phare (Kinshasa)

Congo-Kinshasa: Goma: La salle d'opération de l'hôpital général ressemble à un abattoir

Clément Tshiaba

17 Novembre 2003


Kinshasa — Les images ramenées de Goma par la mission multi-bailleurs qui y a séjourné dans la première semaine de ce mois de novembre devrait faire réfléchir ceux qui ont dirigé les territoires de l'Est du pays pendant cinq ans, de 1998 à 2003. En effet, selon le gouverneur du Nord-kivu, Eugène Serufuli qui s'adressait à cette délégation, l'hôpital général et les institutions universitaires de Goma sont dans un état de délabrement total. Ainsi, à l'hôpital général de cette ville touristique, les matériels médicaux ne sont plus stérilisés parce que la salle de stérilisation a foutu le camp depuis belle lurette. Par ailleurs, ce matériel n'a jamais été renouvelé depuis la création de cette formation médicale en 1986. Les pièces de rechange font également défaut.

La salle d'opération de l'hôpital manque d'appareils de réanimation, d'ampoules, de sorte qu'on ne peut plus opérer la nuit. Pourtant, indique-t-on, cet hôpital provincial de référence d'une capacité de 204 lits enregistre une centaine d'interventions chirurgicales par mois effectuées sans aucune anesthésie, comme dans un abattoir. L'hôpital de Goma n'a pas non plus reçu de subsides de l'Etat depuis 1990. Les recettes proviennent donc des paiements effectués par la province en faveur des malades envoyés dans cette formation médicale, souligne le médecin directeur qui précise que l'hôpital fonctionne sous un système d'autofinancement pour approvisionner sa pharmacie, payer la prime du personnel et assurer sa maintenance.

On y enregistre entre 100 et 150 naissances par mois tandis que les malades viennent de Goma et de l'intérieur de la province. L'hôpital a récemment acquis deux couveuses pour sa maternité dont le taux de mortalité est de cas par an. Les maladies courantes dans cet hôpital sont le Sida dont le taux de prévalence est de 10%, les traumatismes, les anémies... A la pédiatrie, les maladies courantes sont le Sida, le paludisme, les pneumopathies ou des infections respiratoires, les anémies, la méningite et les maladies gastro-entérites.

La prise en charge des malades du Sida pose de sérieux problèmes à cause du manque de moyens. La chirurgie est débordée parce que l'hôpital enregistre beaucoup de malades qu'il est obligé de transférer ailleurs. Il n'y a pas de matériels de rééducation des blessés graves dont la plupart sont démunis et désespérés Pas d'ambulance pour le transport des malades. Le laboratoire manque d'équipements et de réactifs pour des analyses biochimiques, hématologiques, parasitologiques ainsi que quelques cultures bactériennes. Pourtant, ce ne sont pas les techniciens qualifiés de labo qui manquent. Pour le VIH' Sida, le labo a testé 23 cas en septembre 2003 dont 11 séropositifs et 12 séronégatifs.

Centre universitaire de Goma: un vieux chantier inachevé Ici, chaque étudiant est obligé de monter avec une brique pour contribuer à l'achèvement de la construction de cette bâtisse de trois étages qui date de 1960 et qui a été occupée par des militaires jusqu'en 1998. Actuellement, quatre institutions d'enseignement supérieur y cohabitent et chaque étudiant paie 190 dollars par an pour le minerval. Mais comme ailleurs en RDC, le calendrier académique n'est pas respecté. Tandis que les professeurs viennent de Bukavu, Bujumbura et Kinshasa. A Goma, il y a l'insécurité comme à Kinshasa parce que les militaires touchent 3 dollars au lieu de 30 dollars promis par leur hiérarchie. Par conséquent, on enregistre beaucoup de viols des femmes. Une femme violée qui a osé dénoncer ses violeurs a vu ses lèvres arrachées par ces derniers. Selon des activistes des droits de l'homme , plusieurs cas de viols nécessitent des interventions chirurgicales tandis que d'autres sont traités avec des antibiotiques.

Une économie sinistrée

Pour le vice-gouverneur du Nord-Kivu chargé des questions économiques, l'éruption du volcan Nyiragongo a provoqué l'exode de la population vers l'intérieur. Aussi les besoins prioritaires sont la sécurité des personnes et de leurs biens, la réhabilitation des transports et de la télécommunication, l'aménagement des sources d'adduction d'eau potable, la réhabilitation et l'extension des infrastructures sanitaires, la promotion des écoles des métiers, l'encadrement technique de l'agriculteur et de l'éleveur, l'électrification, la réhabilitation des infrastructures scolaires et surtout techniques, la conservation des parcs et des sites touristiques, le dédommagement de la RDC à la suite des dégâts causés par les réfugiés ruandais.

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