Libération (Casablanca)

Maroc: Le résidanat va très mal

Mokhtar Ghailani

17 Novembre 2003


Les médecins internes et résidents font le diagnostic de leur cursus de spécialisation

Injustice. Le résidanat, aussi bien en médecine, pharmacie, qu'en chirurgie dentaire, se porte mal. Il a mal dans son statut comme dans les conditions dans lesquelles il est exercé au Maroc. Le statut et les conditions actuelles ne sont pas de nature à favoriser la recherche et la spécialisation dans des domaines de santé où le Maroc accuse un déficit énorme. Une situation déplorable d'autant que le résidanat, et depuis 1996, constitue la seule voie d'accès à la spécialisation dans les disciplines citées en référence. En sont touchés, les médecins, les pharmaciens ainsi que les chirurgiens-dentistes qui viennent au résidanat après deux années d'internat, suite à un concours à partir de la 5ème ou la 6ème année de leurs études de médecine, et les étudiants qui, aussitôt après la soutenance de leur doctorat, se portent candidats au même concours. Les résidents appartenant à ces deux catégories se disent victimes d'une flagrante injustice. A commencer par le fait qu'ils ne peuvent prétendre à leur intégration dans la fonction publique qu'à partir de la 3ème année de leur cursus de résidanat et dont la durée peut varier de 4 à 5 ans. Et jusqu'à cette échéance, les médecins, pharmaciens et chirurgiens-dentistes qui auront fait le choix du résidanat n'ont qu'à se contenter d'une indemnité mensuelle n'excédant pas la somme de 4.700,00 dh.

Paradoxe. Jusqu'à cette échéance, aussi, les résidents ne bénéficient pas de couverture sociale. Un paradoxe qui fait vivre les résidents dans une insupportable incertitude surtout lorsqu'on sait les risques professionnels auxquels ils sont exposés. Les exemples ne manquent pas d'ailleurs. Comme celui de ce médecin résident transplanté rénal qui, dans l'exercice de ses fonctions, a attrapé une maladie grave, une tuberculose multifocale. A la suite de cet accident qui a mis ses jours en danger, le médecin-victime a été hospitalisé pendant pas moins de six mois. Quel paradoxe de voir des professionnels de santé privés de couverture sociale?

Une fois intégrés à partir de la 3ème année -grâce à une réforme entrée en vigueur en 1999-, les résidents perçoivent un salaire aligné sur celui d'un médecin généraliste et voient leurs deux premières années de résidanat non prises en compte dans le calcul de leur ancienneté.

Contactés par "Libé", des membres de la Commission nationale des médecins internes et résidents (CNMIR), structure où sont représentées les associations des trois catégories de résidents, nous ont confié qu'en raison des multiples aberrations qu'il consacre, le système actuel de résidanat n'encourage pas la recherche.

Selon eux, et c'est leur principale revendication, les résidents devront être intégrés depuis le début de leur cursus. Avec ce que cela engendre comme jouissance de la couverture sociale. Les quatre ou cinq années, selon les spécialités, qui composent le cursus de résidanat doivent être comptabilisées dans le calcul de l'ancienneté, indiquent-ils. Des revendications, en fait, que les résidents étaient pratiquement sur le point de voir aboutir en les faisant admettre par deux de leurs ministres de tutelle au gouvernement Youssoufi. Thami Khyari, pour la Santé, et Najib Zerouali, pour l'Enseignement supérieur.

Les deux responsables gouvernementaux avaient, en effet, apposé leurs signatures respectives sur le texte du projet de loi portant sur la révision de la législation à l'origine de l'"injustice" dont se plaignent les résidents. Etaient plus particulièrement visés par cette révision, l'article 27 du décret n° 2-91-527 et l'article 18 bis du décret portant n° 2-99-651. Sauf que depuis l'arrivée de la nouvelle équipe gouvernementale, cas n'a plus été fait de ce projet de loi. Il s'est perdu dans ce que l'un des membres de la Commission nationale des médecins internes et résidents appelle le "labyrinthe ministériel".

Détermination. En vue de relancer leur dossier, les quelque 2400 résidents qu'abritent les quatre Centres hospitaliers universitaires (CHU) que compte le Maroc (Rabat, Casablanca, Marrakech et Fès), ont depuis quelques semaines entrepris une série d'actions. Ils sont déterminés à faire aboutir leurs revendications qu'ils jugent "légitimes".

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